En pleine tourmente de la cinquantaine

Bande dessinéeÉtienne Davodeau évoque avec une grande justesse de ton les affres d’un cap délicat. Ses «Couloirs aériens» touchent au cœur. Rencontre.

La couverture des «Couloirs aériens». Le roman graphique dessiné par Étienne Davodeau suit avec humour et tendresse les déboires d’Yvan, un jeune quinquagénaire traversant momentanément une mauvaise passe.

La couverture des «Couloirs aériens». Le roman graphique dessiné par Étienne Davodeau suit avec humour et tendresse les déboires d’Yvan, un jeune quinquagénaire traversant momentanément une mauvaise passe. Image: ÉD. FUTUROPOLIS

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On appelle ça un sérieux coup de moins bien. S’il galope dans la neige comme un cabri au début de ce très beau roman graphique qu’est «Les couloirs aériens», Yvan n’en mène pas large. Coup sur coup, ce solide gaillard aux cheveux poivre et sel a perdu sa mère, son père et son job. Et pour ne rien arranger, le voilà quinquagénaire. Cinquante balais! Le genre de cap un peu casse-gueule, pas forcément facile à passer.

Ce virage, Yvan ne l’a pas trop bien négocié. Englué bien malgré lui dans une tourmente qui ressemble aux «cinquantièmes hurlants», il essaie de se ressourcer au cœur du Jura français. Des copains lui ont prêté une maison, manière de prendre un peu de recul loin de ses enfants sortis du nid et de sa femme avec laquelle il communique par Skype. L’heure est au bilan. Au rebond peut-être?

Sensations mutualisées

Subtil dans les couleurs comme dans la narration – on songe volontiers à certains albums de Cosey –, plein d’une tendresse teintée d’amertume, ce récit d’une grande justesse de ton est signé par un trio de potes. Étienne Davodeau, Joub et Christophe Hermenier ont le même âge (54 ans) et se connaissent depuis le milieu des années 1980 quand ils fréquentaient l’université, à Rennes.

Ces trois-là ne se sont jamais perdus de vue, les deux premiers traçant leur route dans la bande dessinée, le troisième dans la photographie. «Cette histoire, on l’a beaucoup nourrie de nos interrogations de quinquas, en y évoquant ce trouble qui peut saisir ceux qui franchissent cette étape symbolique», raconte Étienne Davodeau, de passage à Genève récemment. Auteur d’une trentaine de livres, alternant le reportage BD («Les ignorants», «Rural») et la fiction («Lulu femme nue», adapté en long-métrage avec Karin Viard), ce natif de l’Anjou sait de quoi il parle. «Personnellement, je n’ai pas pris mes 50 ans comme une baffe. Mais mes copains oui. On a mutualisé nos sensations», explique le dessinateur des «Couloirs aériens».

À Yvan, leur personnage principal, les trois amis ont donné une biographie proche de l’un d’entre eux. L’année de ses 50 ans, Christophe Hermenier a réellement perdu ses parents et son travail. Un moment compliqué qui a servi de déclencheur. «On s’est dit: ne subissons pas. Transformons cette mauvaise passe en une fiction.»

Le trio a élagué, transformé, amplifié les faits, discutant avec leurs proches afin d’étoffer la riche galerie de figures féminines et masculines gravitant autour de leur héros. «Aucun de nous trois n’a photographié une jeune femme nue pendant son sommeil», précise Étienne Davodeau en référence à une scène importante de l’album. «En revanche, les photos-vignettes qui rythment la narration sur des doubles pages sont bien réelles.»

Étienne Davodeau

Au moment de vider l’appartement de ses parents décédés, Christophe Hermenier a décidé d’immortaliser les menus objets de leur quotidien: une pile d’assiettes, une boîte à cure-dents en forme de hibou, des moulins à café, une paire de lunettes… «Comme des madeleines de Proust, tous ces biens anodins parlent en creux de l’envie d’un surclassement social, de l’arrivée de l’électroménager ou de la guerre d’Algérie. On y a vu l’amorce de notre album.» Une démarche originale qui a touché les lecteurs. «Les gens que l’on rencontre lors de nos séances de dédicaces nous parlent énormément de ces séquences avec les objets. Ça les touche beaucoup.»

Histoire d’amitié

Située dans un coin de campagne jurassienne que les trois auteurs connaissent bien – «J’ai le souci d’ancrer mes BD dans des lieux réels», précise Davodeau –, cette belle histoire d’amitié porte un titre un brin mystérieux. «Les couloirs aériens évoquent ces lignes droites que doivent suivre scrupuleusement les pilotes d’avions. Dans le Jura, celles-ci concernent les appareils en approche de Genève. Il s’agit d’un concept, purement virtuel. Des couloirs aériens, à l’image d’Yvan, on en a tous plein la tête. À 50 ans, c’est peut-être le moment de les reconsidérer.»

«Les couloirs aériens», Davodeau, Joub et Hermenier. Éd. Futuropolis, 112 p.

Créé: 15.11.2019, 14h35

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