«Il a fait ses premières chansons d’amour pour elle, avant de chanter pour les enfants»

HommageMary-Josée Destraz est décédée samedi. Epouse d’Henri Dès durant 53 ans, elle avait encouragé et veillé sur la carrière du musicien. Ses enfants Pierrick et Camille la racontent.

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«Ma mère est décédée deux heures après la fin du concert. Elle a même attendu que mon père ait fini son repas, car sinon il est de mauvais poil.» Pierrick Destraz sourit, un peu. Samedi soir, il accompagnait à la batterie son Henri Dès de papa sur la scène du Chant du Gros, au Noirmont. Le succès fut monstre, comme d’habitude quand le chanteur met le souk dans son répertoire avec ses Grands Gamins, en version adulte et électrique. Mais le cœur n’y était pas. Tous savaient que Mary-Josée vivait ses dernières heures, hospitalisée depuis juillet pour un cancer qui l’a emportée cette nuit-là, à l’âge de 76 ans. «J’ai pris la route immédiatement, continue son fils. J’étais à la hauteur d’Yverdon quand j’ai reçu l’appel de l’infirmière. Je suis arrivé 20 minutes en retard.»

Discrète mais solide, Mary-Josée était le roc sur lequel Henri Destraz, bientôt Dès, a bâti sa vie et sa carrière. Le couple s’est rencontré en 1962, à la Radio romande. Elle à la caisse, lui à la table de montage. Le mariage a lieu deux ans plus tard, il durera cinquante-trois ans! «Ils étaient très différents mais s’appuyaient totalement l’un sur l’autre, raconte Camille Destraz, leur fille cadette. Leur complicité était rare.» Encouragé par sa femme, le chanteur débutant monte à Paris flatter son étoile, au registre d’une chanson réaliste qui ne trouve pas son public. «A Paris, c’est elle qui gagnait leur vie, reprend Pierrick. Mon père ne rapportait pas un rond, elle faisait du secrétariat pour remplir la marmite quand il enchaînait les cabarets. Quand il a appris qu’elle était condamnée, il m’a dit en pleurant: «Je ne suis rien sans elle. Si je ne l’avais pas rencontrée, je serais resté toute ma vie à bosser à la radio, je serais un alcoolo à la retraite.»

Sa femme et sa conseillère

Le talent du chanteur aurait-il trouvé une autre façon de se révéler? La présence de son épouse, en tout cas, lui donne assez de confiance pour créer sa propre société discographique, logiquement intitulée Productions Mary-Josée. Et l’arrivée de Pierrick en 1970, leur second enfant après le décès à la naissance de Julien, un an plus tôt, dirige l’inspiration d’Henri Dès vers les chansons pour enfants qui feront son succès. «Elle était sa femme et sa conseillère, sa première fan et la première personne à qui il faisait écouter ses nouvelles compositions, juge Pierrick. Il a fait ses premières chansons d’amour pour elle, avant de composer pour les enfants.»

Le succès frappe à la porte à la fin des années 1970, il sera maous durant les décennies suivantes. «Maman trouvait la célébrité de papa parfois envahissante, mais elle le vivait bien, précise Camille. On pouvait la croire effacée, mais elle était là en soutien et savait donner son avis. Avec beaucoup d’humour, toujours, et une grande bienveillance. Jojo était adulée par ses quatre petits-enfants – Papou aussi! Elle était très accueillante envers tous. C’est dingue le nombre de nos ex, à Pierrick et à moi, avec qui elle est restée en excellents termes!»

Du côté du fils, la relation fut moins simple. «Enfant, j’idolâtrais mon père, confesse Pierrick, et ma mère en faisait les frais. Elle était aimante mais aussi assez distante affectivement avec moi, en réaction à ma façon de la rejeter facilement. Et puis il y avait entre nous le tabou de la mort de Julien, et ce sentiment de culpabilité à donner de l’amour à un second fils venu si vite, comme en remplacement. On n’était pas dans les câlins, dans les «je t’aime». Mais nous nous sommes retrouvés peu avant sa maladie. Je me suis excusé pour les conneries que je leur ai fait subir. Quand je la veillais, nous avons eu des moments d’affection et des mots que nous n’avions jamais eus auparavant.»

Cérémonie laïque

La suite, personne n’y pense vraiment. La famille prépare la cérémonie d’adieu, vendredi. Une fête laïque entre amis dans une salle de spectacle de la région, avec une scène où chacun pourra venir jouer un peu de musique. «Papa a de la peine à parler de maman, confie Camille. C’est une immense douleur, il n’a pas encore réussi à admettre sa disparition et à imaginer la vie sans elle. Mais c’est un mec droit dans ses baskets. Il nous a promis qu’il n’allait pas lâcher. Aussi étrange que ça puisse paraître, ce concert de samedi était un dernier truc entre eux. Je sais que Pierrick ne voulait pas y aller. Mais maman nous avait demandé de ne pas annuler. Elle savait que, pour papa, jouer était aussi une thérapie. Il a été porté par le public, ça lui a fait du bien. Elle avait envie qu’on soit ensemble à partager un moment de vie plutôt que de penser à la mort.» (24 heures)

Créé: 12.09.2017, 21h31

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