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La présidentielle visionnée à l’écart du tapis rouge

L’Agence MYOP a suivi la campagne française et produit des images non alignées, réunies dans un livre. Exposition à Nyon

L’écrivain Laurent Binet légende ainsi cette image de Nathalie Kosciusko-Morizet: «Je me rappelle cette phrase attribuée à Hegel: «Il n’y a rien à voir au-delà du miroir des apparences.» Eh bien si: derrière le reflet de NKM, il y a le peuple. Ou le vrai visage de Dorian Gray.»
L’écrivain Laurent Binet légende ainsi cette image de Nathalie Kosciusko-Morizet: «Je me rappelle cette phrase attribuée à Hegel: «Il n’y a rien à voir au-delà du miroir des apparences.» Eh bien si: derrière le reflet de NKM, il y a le peuple. Ou le vrai visage de Dorian Gray.»
Olivier Laban-Mattei/Myop

La présentation du gouvernement Macron 2, la semaine dernière, l’a encore une fois démontré: la mainmise des communicants sur le travail des photographes de presse est devenue quasi totale. Malgré l’assignation à ne prendre des images de la nouvelle équipe ministérielle qu’en sages rang d’oignons, certains photographes ont osé braver l’interdit et prendre la nouvelle troupe en dispersion sur la pelouse.

L’audace peut paraître très relative, mais elle exprime au moins une opposition de principe à un verrouillage de chaque instant. L’Agence MYOP n’a pas attendu la victoire d’Emmanuel Macron pour se rebeller contre cette domestication du travail de la presse. Dès le début de la campagne présidentielle, ses photographes ont décidé de tenter le pas de côté et les perspectives alternatives. Un livre, Politique Paillettes, et un échantillon exposé à la galerie Focale de Nyon témoignent d’une démarche combative, non alignée.

«L’initiative revient en grande partie à Guillaume Binet, détaille Stéphane Lagoutte, lui-même membre du collectif revendiqué. Il avait la campagne de 2012 en tête, avec sa boulimie d’images, son effervescence et ses groupies face à leur star. Il en était sorti gavé et il a eu l’idée du livre pour continuer à produire des images, malgré le système des communicants.» Un défi à l’heure d’un contrôle extrêmement pointilleux. «Le boulot est parfois très compliqué, poursuit Lagoutte. L’accès à certains événements devient limité, voire réservé à des photographes engagés par les équipes politiques. Ce qui pose d’ailleurs des problèmes, puisque leurs images finissent parfois par paraître dans la presse sans que cela ne soit dit.»

Plutôt que de se maintenir à la bonne distance, de réaliser les images attendues, au téléobjectif, de candidats prêchant la bonne parole derrière leur pupitre, les membres de MYOP se sont donc lancé leur propre consigne. «Nous étions prêts à tout, sauf à ce que l’on attendait de nous! L’idée était de peaufiner notre regard, de trouver notre écriture et de s’amuser. Personnellement, j’ai juste pris un Leica 35 mm et un petit flash pour m’obliger de partir à la rencontre de l’action, de la foule. D’autres ont ajouté des contraintes aux contraintes, comme Jean Larive, qui a décidé de ne prendre que des photos verticales, alors que les horizontales sont plus évidentes si on veut prendre du champ, montrer les gens.»

Le public des meetings (ou de manifestations) apparaît souvent, parfois dans des contrastes crus, en juxtaposant une image du public du Louvre – le soir du 2e tour – parqué derrière des barrières géantes et les écrans d’une cour déserte diffusant la liesse des fans de Macron dans une réalisation qui rendait les grilles invisibles… «Je crois que notre lutte contre cette société du spectacle politique a plutôt été victorieuse», conclut Stéphane Lagoutte.

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