Les Printemps de Sévelin réchaufferont février

DanseLe festival dédié à la création chorégraphique contemporaine lève son rideau un mois plus tôt que d’habitude.

La danseuse et chorégraphe japonaise Kaori Ito sera avec son père, à Pully, sur la scène de L’Octogone qui accueille l'une des soirées

La danseuse et chorégraphe japonaise Kaori Ito sera avec son père, à Pully, sur la scène de L’Octogone qui accueille l'une des soirées "événements" du prochain festival des Printemps de Sévelin.

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Il avait fait de mars son champ d’expérimentation. Comme une mise en bouche au réveil printanier. Une fois n’est pas coutume, pour sa 19e édition, le festival Les Printemps de Sévelin allumera ses feux en février, du 3 au 20.

«Dégivrer février!»

Un choix dicté par la multiplication des manifestations qui collisionnent le mois suivant, avec une Fête du Slip (4-6 mars) qui trouve de plus en plus ses aises dans le quartier de Sévelin et Programme Commun, le nouveau rendez-vous des arts de la scène (10-20 mars) lancé par Vidy et l’Arsenic et grâce auquel Lausanne devient durant dix jours une capitale européenne de la création contemporaine. «Avec les vacances scolaires (ndlr: qui débutent le 20 février), ça devenait trop serré, confie le directeur, Philippe Saire. C’est l’occasion, pour une fois, de dégivrer février!»

Un dégel qui misera – au Théâtre Sévelin 36 et, pour une soirée, du côté de son partenaire L’Octogone à Pully – sur la scène émergente, les prises de risque et quelques artistes confirmés. «Cet événement constitue une occasion unique de faire découvrir au public le travail exigeant, novateur et sensible d’artistes suisses et internationaux, parfois aux antipodes de nos habitudes», rappelle le chorégraphe lausannois et fondateur du festival.

Coups de pouce

Outre son traditionnel rendez-vous «crash-test» proposé à la scène émergente – ses Quarts d’Heure, qui présentent deux soirs de suite les premiers pas scéniques de sept créateurs –, Les Printemps de Sévelin donnent un coup de pouce, cette année, à plusieurs jeunes compagnies. Lesquelles peuvent, souvent, profiter d’un encadrement professionnel ou d’une période de résidence au sein du théâtre.

Les 17 et 18 février, le festival ouvre ainsi son plateau à Company Idem, fondée en 2011 par Clément Bugnon et Matthias Kass. Avec Exposed, les deux compères dévoileront une toute nouvelle pièce dédiée à la nuit qui «nourrit l’imaginaire, réveille quelque chose de sensoriel et provoque des sensations».

Visée internationale

«Ce projet est encore en plein développement et le résultat final reste un mystère, observe Philippe Saire. Mais j’ai repéré il y a quelque temps déjà le travail de cette compagnie basée à Sainte-Croix et je trouve important de montrer que la création, dans le canton, ne se limite pas qu’à Lausanne.» Dans le même registre mais avec une visée internationale, le festival propose de découvrir le travail performatif du Grec Euripides Laskaridis ou celui du quatuor hongrois Hodworks.

«On aime également suivre les artistes et soutenir leur émancipation sur le long cours. C’est pour cela, par exemple, que l’on accueille pour la quatrième fois Yasmine Hugonnet, notre artiste associée jusqu’en 2017.» Passée par les Quarts d’Heure il y a quelques années, la Montreusienne a pu régulièrement faire du festival une vitrine de son développement artistique. Cette année, elle dévoilera une ronde à quatre corps tissée «autour d’un trou de mémoire». Plus avancée dans sa carrière, la Zurichoise Simone Truong revient à Lausanne avec (To) come and see, accompagnée de quatre autres danseuses.

Premières suisses

Quand Philippe Saire voyage, il en profite pour jouer les découvreurs. De quoi proposer, pour cette édition 2016, un certain nombre de premières suisses d’artistes confirmés, parmi lesquels la Belge Ayelen Parolin (à qui revient l’honneur d’ouvrir le festival) et le Français Noé Soulier (figure montante de la scène hexagonale). Sans oublier le spectacle Fit/Misfit, collaboration entre la compagnie irlandaise Iseli-Chiodi et Lux Boreal (Mexique).

Alors que Kaori Ito créera l’événement du côté de Pully (lire ci-contre), à Sévelin c’est Ann Van den Broek qui devrait époustoufler le public avec The Black Piece, pièce sacrée de l’Oscar de la meilleure création 2015 au Dutch Dance Days Festival.

A noter, encore, la carte blanche proposée à l’équipe du Cinéma d’art et d’essai Bellevaux qui a concocté une sélection de courts films autour du mouvement. A voir le 6 février. Une semaine plus tard, c’est l’Association vaudoise de danse contemporaine qui lancera les festivités de son 30e anniversaire, en vernissant un ouvrage qui trace un panorama de la danse dans le canton. (24 heures)

Créé: 24.01.2016, 10h21

Gros plan

Sans conteste l’un des moments forts du festival: la dernière création de la danseuse Kaori Ito. Le public se souviendra sans doute de ses passages à Lausanne, du côté du Théâtre de Vidy en 2012 avec «Plexus», d’Adrien Bory, ou à L’Octogone, avec «Asobi». Le 13 février, c’est sur la scène du théâtre pulliéran, partenaire du festival, que la Japonaise revient.

Son titre annonce que «Je danse parce que je me méfie des mots». Mais le spectacle – montré à Genève en novembre dernier – vient d’emblée mettre en doute cette assertion. En effet, Kaori Ito l’introduit d’une longue litanie de questions à la première personne diffusées par les haut-parleurs: «Pourquoi j’ai toujours peur de perdre quelque chose? Pourquoi j’ai peur en avion? Pourquoi tu mets ton T-shirt à l’envers? Pourquoi j’ai quitté le Japon?…»

Ses interrogations infinies l’amènent à remonter le temps. Jusqu’à l’enfance tokyoïte, puis à ces années 90, quand, ballerine prodige de 16 ans, elle s’envole pour Londres et les Etats-Unis se frotter aux artistes qui la font rêver. Son père sculpteur, sa mère créatrice de bijoux, son frère peintre l’y encouragent.

Elle enfilera alors à son collier de perles des collaborations avec Philippe Decouflé, Angelin Preljocaj, James Thierrée, Alain Platel, Sidi Larbi Cherkaoui ou, au théâtre, Denis Podalydès. Avant d’oser des premières créations en son nom dès 2008. Celle-ci, qu’elle signe à 35 ans, la met nez à nez avec l’essentiel: sa relation à son père. Ce père aussi secret que vénéré, que sa culture désormais cosmopolite lui permet d’aborder en courbant les retenues extrême-orientales.

Présent en chair et en os sur le plateau, Hiroshi Ito se tient tantôt assis à?l’écart, dans une concentration de samouraï, tantôt se déhanche malicieusement sur des tubes de variété avec sa?fille. Quant à elle, elle s’écartèle entre spasmes impudiques et câlineries dansées à deux avec son cavalier paternel. Même éloignés, leurs corps s’imbriquent. Là où la communication verbale ne suffit plus à traverser les distances, la danse se déploie.

Katia Berger

Pully, Théâtre de l’Octogone
Ve 5 fév. (20h30), Rés.: 021 721 36 20
www.theatre-octogone.ch

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