Propulser les jeunes acteurs sur les scènes

ThéâtreDifficile de passer du cocon de l’école de théâtre à la réalité du métier. Une association accompagne l’éclosion de talents émergents, comme le fait déjà Vidy.

L’an dernier, le metteur en scène Gabriel Dufay a donné un atelier aux étudiants des Teinturies, à Lausanne, autour de la pièce «A deux heures du matin», de Falk Richter. Le succès a été tel qu’il a donné naissance à un spectacle.

L’an dernier, le metteur en scène Gabriel Dufay a donné un atelier aux étudiants des Teinturies, à Lausanne, autour de la pièce «A deux heures du matin», de Falk Richter. Le succès a été tel qu’il a donné naissance à un spectacle. Image: Ecole des Teintureries

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Les écoles de théâtre leur ont offert un écrin garni d’expériences galvanisantes, de rencontres exaltantes. Ouvrant le champ de tous les possibles. Blottis dans un cocon tout en évoluant dans un cadre exigeant, les futurs comédiens se projettent sur les planches des grandes institutions, dirigés par les créateurs qu’ils vénèrent dans des spectacles porteurs de sens. Et puis, la désillusion. Pour ces jeunes acteurs bourrés de talent, le passage de l’école à la réalité du métier se révèle souvent abrupt.

Observatrices aux premières loges de ce phénomène, Nathalie Lannuzel et Anne Mermoud Ottiger, duo à la tête de l’école des Teintureries, à Lausanne, ont fait de la nécessité de dresser un tremplin vers la scène une priorité. Une urgence.

Un chemin semé d’embûches

Fraîchement créée, la joliment nommée association Et Après s’est donné pour mission d’accompagner les jeunes pousses dans leur éclosion professionnelle. Une chimère? Le duo le sait bien, le chemin sera semé d’embûches. Mais l’association a déjà un atout dans sa manche: une première pièce, A deux heures du matin, de Falk Richter. Un spectacle ambitieux qui n’a en rien à rougir face aux productions actuelles. Il sera présenté dès mardi au Théâtre du Reflet à Vevey, avant le Grütli à Genève et la Grange de Dorigny, dans une mise en scène signée Gabriel Dufay (lire ci-contre). «Tout est parti d’un atelier animé par Gabriel au printemps 2016 autour de ce texte. Il y a eu une magie. J’ai été estomaquée, raconte Nathalie Lannuzel. On a donc repris l’atelier deux mois plus tard et on a invité des directeurs de salles. Le Reflet, le Grütli et la Grange de Dorigny ont été enthousiastes. C’est là que l’on s’est dit: comment on fait pour porter cet atelier à la scène?» Car le rôle de l’école n’est pas celui de producteur. La graine était plantée. Ne restait qu’à l’arroser.

Le vide et l’attente

«L’ambition de l’association est de jeter un pont entre l’école et le métier via un objet artistique concret», souligne Anne Mermoud Ottiger. Cet objet, c’est l’atelier. L’idée étant de repérer ceux qui pourraient éclore en spectacle et les accompagner dans ce processus. La démarche a séduit Gabriel Dufay. «Il est vrai que les jeunes comédiens peuvent vite perdre leurs illusions face à la réalité du métier, lorsqu’ils sont confrontés au vide et à l’attente, observe le metteur en scène. Ce projet leur donne une opportunité de construire du sens ensemble.»

Le vide et l’attente, Chady Abu-Nijmeh, l’un des acteurs du spectacle, les appréhende la boule au ventre. «Je ressens souvent cette peur de ne plus rien faire, qu’on ne pense plus à moi, confie le jeune homme, diplômé il y a une année. C’est une chance de pouvoir monter ce spectacle avec Gabriel Dufay. Désormais, il n’a plus de rôle pédagogique, il nous rend de plus en plus autonomes.»

Reste à savoir si la frénésie générée par cette première création saura se transformer en émulation pérenne. Si nécessaire soit-elle, la démarche reste fragile. «On doit tout prouver par ce projet, démontrer qu’on est capable de financer et de produire un événement, expose Anne Mermoud Ottiger. Or, dans le cas précis d’A deux heures du matin, nous avons obtenu les financements par les trois coproductions et par les demandes classiques.» Une tâche ardue attend l’association Et Après: décrocher un soutien financier pour elle-même et non au coup par coup.

Une fourmilière créatrice

Ces incertitudes ne tempèrent en rien les desseins du duo des Teintureries – qui a d’ailleurs réuni plusieurs acteurs du microcosme du théâtre romand au sein du comité de l’association. Par ailleurs, les directeurs de salles connaissent la problématique et ouvrent de plus en plus leurs scènes aux talents émergents. La preuve à Vidy, fourmilière créatrice où se côtoient stars de la scène et jeunes artistes prometteurs. En juin dernier, la promotion 2017 des Teintureries y dévoilait son spectacle de diplôme, L’Abattage rituel de Gorge Mastromas. «Nous leur amenons l’expérience des équipes de Vidy et ses spectateurs, souligne Vincent Baudriller, directeur. Lausanne compte deux belles écoles de théâtre, Il est naturel de leur ouvrir des portes.»

Le théâtre du bord du lac va encore plus loin dans cette démarche d’accompagnement. En 2015, Vincent Baudriller a offert un tremplin à la jeune metteuse en scène Magali Tosato, repérée dans son école à Berlin. «Je lui ai proposé une collaboration de deux ans, un parcours post-école pour la lancer.» Cette saison, Vidy développe le concept avec deux créateurs fraîchement diplômés de la Manufacture, Jean-Daniel Piguet et Mathilde Aubineau. Pour les promouvoir dans sa riche programmation, Vidy les a nommés les «new comers». (24 heures)

Créé: 24.09.2017, 14h46

«Une puzzle sensoriel sur le monde d'aujourd'hui»

«J’ai eu un véritable coup de foudre pour cette pièce de Falk Richter, dont le propos est extrêmement contemporain», confie le metteur en scène Gabriel Dufay.

Ecrit en 2015 par le célèbre dramaturge allemand, A deux heures du matin braque le projecteur sur quatre femmes et trois hommes en proie aux vicissitudes du monde impitoyable de l’entreprise. A la fois acteurs et victimes de l’économie néo-libérale, ils luttent contre le système, cherchent des repères et tentent de se battre contre une inévitable solitude. Un texte fort, créé pour la première fois sur la scène francophone.

Monter cette pièce avec de jeunes comédiens s’est révélé comme une évidence pour Gabriel Dufay. «Un texte de Richter interprété par de jeunes acteurs prend une dimension particulière.» Chady Abu-Nijmey, l’un des sept comédiens du spectacle, confirme: «Ces thématiques nous parlent énormément. Notre génération se reconnaît là-dedans.»

Pour révéler cette urgence, l’énergie exprimée par la jeunesse, le metteur en scène a tissé le spectacle autour de l’improvisation, de la musique et de la danse. Il résume: «C’est un puzzle sensoriel sur la jeunesse et le monde d’aujourd’hui.» En constante quête de sens, il a étoffé le propos en y entrelaçant des extraits de deux autres textes de Falk Richter, Sous la glace et Trust. Qui abordent, aussi, la confusion du monde.

Vevey, Le Reflet
Du 26 au 29 sept. (20 h)
Lausanne, Grange de Dorigny
Du 2 au 4 nov.
www.lereflet.ch

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