La radio s’ouvre à la télé pour être mieux entendue

MédiasLes caméras se multiplient dans les studios. L’émission «Forum» sur la Première a passé le cap

Tania Sazpinar, Pietro Bugnon et Esther Coquoz (de dos), les journalistes de l’émission politique «Forum» sur la Première en pleine préparation dans le nouveau studio situé à la Sallaz, à Lausanne.

Tania Sazpinar, Pietro Bugnon et Esther Coquoz (de dos), les journalistes de l’émission politique «Forum» sur la Première en pleine préparation dans le nouveau studio situé à la Sallaz, à Lausanne. Image: RTS/PHILIPPE CHRISTEN

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Dans l’attente de la climatisation, les ventilateurs peinent à rafraîchir l’air surchauffé de la régie du studio flambant neuf de «Forum» sur la Première, filmé en direct sur RTS Deux depuis lundi 3 juin. Mercredi soir, pour cette troisième émission, l’équipe technique est encore doublée afin de former chacun à cette nouvelle façon de faire de la radio avec des caméras automatisées dernière génération.

«Pendant une heure, c’est la liberté avec 1000 aventures possibles, glisse en coulisses Joël Marchetti, rédacteur en chef adjoint de l’émission. Mais à 19 h 00 moins 8 secondes, tout doit s’arrêter.» Les imprévus ne se font pas attendre. En studio, les journalistes Élisabeth Logean et Esther Coquoz mènent le débat du jour d’une vingtaine de minutes sur le service civil avec quatre intervenants, le grand rendez-vous de cette nouvelle formule. Mais, manque de chance, l’invité suivant est en retard, bloqué au Flon à 18 h 45 alors qu’il est attendu dans les locaux de la Sallaz à la même heure. Personne ne panique. Avertis par la régie via leurs oreillettes, les journalistes prolongent la discussion. À 18 h 54, il arrive enfin, est installé juste à temps pour 6 minutes d’antenne, sans que ni l’auditeur ni le téléspectateur ne s’en rendent compte. «Nous faisons de la radio filmée et pas de la télévision, ce qui nous permet cette souplesse.»

Marier image et son ne date pourtant pas d’hier. L’érosion progressive des audiences radio, en Suisse comme en Europe, a poussé les directions des médias à aller chercher depuis les années 2000 leur public là où il se trouve: sur les téléphones portables et les réseaux sociaux. En 2014 déjà, un des directeurs du groupe Radio France résumait clairement les enjeux radiophoniques à l’ère du numérique dans le journal «Le Monde»: «Le débat philosophique sur «doit-on ou non filmer la radio» est dépassé. Le vrai débat, c’est comment filmer la radio. Il suffit de regarder comment nos enfants la consomment.» Les Belges ont été des précurseurs en la matière. «VivaCité, une des chaînes généralistes de la RTBF, a mis des moyens colossaux pour filmer sa matinale, explique Ambroise Jolidon, chef d’antenne de la Première. Ils ont réussi à gagner en audience radio et télévision.» À la RTS, outre les équipes de Couleur 3 qui avaient commencé avant tout le monde (lire encadré), la radio filmée a vraiment démarré avec «La matinale» de la Première en 2016. Depuis, toutes les autres émissions ont suivi avec des moyens techniques toujours plus pointus, jusqu’au nouveau studio qui accueille «Forum» et, à terme, les autres rendez-vous de l’actualité.

Les codes radio restent en place

Les lieux ressemblent à s’y méprendre à un plateau de télévision. Pourtant beaucoup d’éléments les distinguent. «Nous avons 10 caméras et un travelling automatisés de manière à simplifier le travail de réalisation», poursuit Joël Marchetti. Deux techniciens gèrent l’audio et deux autres la vidéo. «En télévision, c’est l’image qui prime. Ici, c’est l’inverse: ce qui se passe dans le studio donne le rythme, et l’image s’adapte», précise Ron Hochuli, rédacteur en chef adjoint de l’actu radio sur la Première. Les codes radiophoniques perdurent: à l’instar du signe du doigt du journaliste pointant vers la régie pour entrer en contact. «Il n’y a pas de prompteur, pas de dress code, les invités ne sont pas maquillés. Les journalistes ont juste remplacé le gros casque par deux oreillettes et non pas une seule comme en télévision. Les chaises ne sont pas non plus fixées au sol», détaille Joël Marchetti. Un écran tactile permet d’enrichir le contenu visuel avec des images, infographies ou la retransmission des images des intervenants filmés dans les studios régionaux.

«Nous souhaitons que la présence de la caméra renforce l’oralité, observe Ron Hochuli. Mais la feuille sous les yeux des journalistes ne va pas disparaître car elle est propre au média radio.» Et Laurent Caspary, rédacteur en chef de l’actualité de rajouter: «Filmer n’est pas une obsession. Pour «Forum» on fait ce pari. On cherche à occuper de nouvelles cases. Sur RTS Deux, nous espérons toucher un public de niche. Sur les réseaux sociaux, on sait bien qu’un son sans image n’est pas écouté. Les caméras permettent de valoriser nos contenus.» Des extraits des débats, disponibles sur internet, alimenteront les réseaux sociaux dès la fin août.

Créé: 08.06.2019, 16h07

On veut surtout éviter la lourdeur de la télévision»

La journaliste Élisabeth Logean, figure du petit écran pendant 20 ans («Mise au point», «Infrarouge», etc.) a rejoint la radio et l’émission politique «Forum» depuis janvier comme coproductrice.

Quels sont les avantages et les contraintes de la radio filmée?
Les avantages sont clairement le fait de pouvoir réutiliser les séquences et interviews sur les réseaux sociaux, et d’offrir une plus-value au public. C’est un peu trop tôt pour parler des désavantages. On veut surtout éviter de tomber dans la lourdeur de la télévision.

Les caméras ne sont-elles pas un frein à la spontanéité?
Non, car nous ne sommes pas sur un plateau de télévision traditionnel. Par exemple ici, on voit les changements d’invités ou les interviews téléphoniques à l’antenne: une hérésie en télévision! On peut aussi utiliser Skype. Si la personne est indispensable et ne peut être sur place, on pourra toujours la joindre par téléphone. On veut vraiment garder cette souplesse et spontanéité liées à la radio.

Quels sont les principaux changements pour vous dans cette nouvelle présentation?
De ne jamais oublier l’auditeur car il reste notre objectif numéro un. On est sur la Première. Cela demande une rigueur dans les mots que l’image ne corrige pas. Il faut des formules assez claires. Un silence doit être comblé, par exemple. Ne pas oublier de décrire ce qui se passe. On travaille sans prompteur.

Effectivement. À l’écran, on voit le journaliste lire ses notes.
Les Belges ont été précurseurs dans ce domaine et ils se sont rendu compte que les journalistes eux-mêmes arrivaient à changer un peu leur écriture et narration, à lever plus souvent les yeux, ce qui est toujours bon dans une interview car les regards sont importants. Mais on ne va pas leur demander d’abandonner leurs notes.

L’humour cartonne

Les deux Vincent et leurs capsules «120 secondes» sur Couleur 3 ont ouvert la voie à la radio filmée en 2011. «C’était d’abord des sketches filmés, précise Nicholae Schiau, chef de l’unité musique et divertissement sur Couleur 3. À cette époque, il n’y avait pas de stratégie.

Vincent Veillon, qui s’était formé à l’ECAL, savait manier une caméra et ils ont juste décidé de l’utiliser.» Avec le succès qu’on leur connaît.

Selon les premières statistiques en 2012, «120 secondes» comptabilisait en moyenne 1 million de vues par mois sur le site et les applications de la RTS. Aujourd’hui, à Couleur 3, certaines émissions sont même devenues web first, comme «Point barre», consacrée aux nouvelles technologies.

«La force de la radio filmée est de pouvoir redécouper du contenu et de l’enrichir.» Après Kucholl et Veillon, c’est toujours l’humour et Yann Marguet avec sa chronique «Les orties» qui cartonne sur les réseaux sociaux.

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