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«Je ressens sans cesse le besoin de me réinventer en profondeur»

Recordman d’apnée retiré de la compétition après avoir failli y rester, le Français Guillaume Néry a fait de son sport un art. Interview.

Guillaume Néry en toute liberté dans les eaux de la Méditerranée, au large de Nice.
Guillaume Néry en toute liberté dans les eaux de la Méditerranée, au large de Nice.
Boris Horvat, AFP

Écolo aussi bien dans son discours que dans sa manière de vivre, Guillaume Néry (37 ans) a choisi de passer énormément de temps dans le train, plutôt que de prendre l’avion à tout va. Il en profite pour parler de sa vie avec calme, cherchant à chaque fois l’expression exacte, le mot le plus précis. Seuls les soucis de réseau interrompent son flot de paroles. Et à chaque tunnel, on a l’impression qu’il est reparti plonger...

Vous avez des prédispositions naturelles à la pratique de l’apnée. Mais vous avez aussi des prédispositions pour en parler!

J’ai grandi en pratiquant cette discipline qui a fait l’adulte que je suis aujourd’hui. J’imagine que si j’en parle bien, c’est parce qu’elle fait partie de moi. J’ai appris à dompter le public sur le terrain, en commençant les conférences il y a une quinzaine d’années, quand j’avais 23 ans. Un âge où on ne se sent pas forcément à l’aise quand il faut prendre la parole devant des gens plus âgés que soi. À un moment il faut se lancer, dans un mélange d’engagement et d’audace. J’ai assez vite compris que pour être intelligible, il fallait que je trouve les bons mots pour exprimer mon voyage intérieur. Désormais, je préfère presque donner des conférences que des stages d’apnée. Les cours s’adressent à un public déjà conquis. Celui qui s’assied dans la salle est souvent encore à convaincre.

Chaque plongée est différente. Comment faire pour que chaque conférence le soit aussi?

Dans le rapport que j’ai à la vie en général et plus précisément dans mon processus créatif, j’aime être dans la nouveauté. Ça m’a beaucoup accompagné dans mes entraînements. Je ressens sans cesse le besoin de me réinventer en profondeur. Pour mes interventions publiques, c’est pareil. Maintenant c’est clair que je vais pas raconter des choses radicalement différentes à chaque fois, parce que j’ai des messages importants à faire passer. Le fond reste le même, mais la forme change. Lors de ma dernière intervention TEDx, je faisais une entrée sur scène en apnée, sans prononcer le moindre mot.

Les conférences, c’est le prix à payer pour vivre de votre passion?

Disons que le choix de laisser tomber mes études pour le monde de l’apnée a été un choix risqué. Là je ne parle pas de risque vital, mais de chemin de vie. Mon mentor, mon exemple, Loïc Leferme (ndlr: décédé d’un accident inexpliqué à l’entraînement en 2007 à l’âge de 36 ans) l’a emprunté avant moi. Je lui dois tout. Il a donc fallu créer tout un univers pour pouvoir vivre de ma passion. J’ai cherché ce qui me faisait vibrer et partager mes expériences à l’extérieur du monde de la plongée est exaltant. Si je le faisais uniquement pour l’argent, ça se verrait que c’est du chiqué. Les gens savent bien quand la personne en face d’eux n’est pas authentique et ne vit pas ce qu’elle dit.

Vous devez sans cesse être approché par des causes environnementales. Comment choisir?

Il y a certaines actions pour lesquelles j’ai décidé de m’engager, comme la campagne de Sea Shepherd autour de la prise de conscience de l’impact de notre consommation des produits de la mer. Mais pour ça il faut l’incarner, alors j’ai arrêté de manger les produits de la mer, puis des produits d’origine animale. Donc aujourd’hui, je suis un porte-parole légitime. Je suis végétarien, je mange local et ça a un réel impact. Ensuite il y a d’autres causes qui sont plus compliquées. On me demande d’être ambassadeur des océans. Alors évidemment que je suis ambassadeur des océans: je fais attention à ma consommation de plastique, je suis quasi à zéro déchets, j’ai construit une stratégie pour faire mes courses avec des bocaux, etc. Après il reste des points noirs...

Comme le fait de vivre entre Nice et Moorea?

Voilà. Mais je prends l’avion une fois et reste cinq mois en Polynésie. Ce n’est pas parfait, mais c’est le mieux que je puisse faire. Je refuse les trois quarts des propositions qu’on me fait et qui nécessiteraient de voler plusieurs fois par mois. C’est assez touchy, mais je prends quand même la parole pour défendre l’environnement. En France, je prends le train, même si ça me fait perdre énormément de temps. C’est un choix. Mon métier m’amène à devoir voyager, mais j’ai changé tous mes comportements. Chaque action est pensée et réfléchie en fonction de son impact environnemental. Je ne veux donc pas être un donneur de leçons; chacun fait ce qu’il peut.

Se réinventer en s’imposant des contraintes (le manque d’oxygène, la pression de l’eau, la glace au-dessus de votre tête), c’est l’histoire de votre vie?

Ah c’est vrai! Et ça rend l’existence moins morose. La base de tout, c’est la discipline. Je le dis en ouverture de mes conférences. Il ne faut pas voir cela comme quelque chose de négatif, comme un sacrifice. C’est un contrat qu’on établit avec soi-même, et le respecter devient un petit jeu, un défi. Et ça donne de la saveur à la vie, je vous le promets!

L’apnée est à la mode. Pourrait-elle devenir le nouveau yoga?

Non. Elle n’a pas vocation à remplacer le yoga, mais ce sont deux disciplines très complémentaires. Le yoga va apporter de la souplesse grâce aux postures, aux étirements. En apnée, on vise plutôt le relâchement total. Par contre au niveau de la recherche de bien-être, d’évasion, de méditation et de retour à la nature, l’apnée est le pendant aquatique de la randonnée, de la marche en forêt. On peut aussi bien faire un petit tour en famille que gravir un sommet. C’est pareil sous l’eau. Deux approches similaires, simples et sans artifices ou technologie.

Avez-vous parfois du mal à remonter à la surface ou les choses ont changé depuis que vous êtes papa (ndlr: d’une petite Maï-Lou, 8 ans, qu’il a eue avec sa compagne également apnéiste, Julie Gautier)?

Non, j’ai toujours pris beaucoup de plaisir en bas – parfois j’aimerais que certaines apnées durent un peu plus longtemps – mais j’aime toujours autant revenir à la surface. Je reste un humain. Un humain aquatique.

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