Le rêve pompéien des archéologues de l’UNIL

CultureUne équipe de spécialistes de peinture murale antique étudient des fragments de fresques dans le cadre d’une convention signée avec le célébrissime parc archéologique. Récit.

Michel Fuchs et son assistante Alexandra Spühler ont étudié des fragments de peintures issues de la Maison des peintres au travail, à Pompéi.

Michel Fuchs et son assistante Alexandra Spühler ont étudié des fragments de peintures issues de la Maison des peintres au travail, à Pompéi. Image: ODILE MEYLAN

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«C’est le rêve de tout archéologue que de pouvoir travailler sur des fresques de Pompéi!» Michel Fuchs, professeur associé à l’Institut d’archéologie et des sciences de l’Antiquité de l’Université de Lausanne, se montre aussi enflammé qu’intarissable dès lors qu’on aborde son sujet de prédilection: la peinture murale antique. Il nous accueille dans son laboratoire, où des centaines de fragments, minuscules pour certains, ont été méticuleusement disposés sur des tables. Mais ceux que ses étudiants ont eu la chance d’examiner, des trésors provenant des murs de Pompéi, ne sont plus à Lausanne depuis plus d’une année. Qu’importe: leur retour au bercail a permis à l’UNIL de signer une convention avec le célébrissime parc archéologique du pied du Vésuve. Et d’étudier de nouvelles pièces remarquables.

Recomposer un puzzle

Comment des fragments pompéiens se sont-ils retrouvés à Lausanne? Michel Fuchs raconte: «En 2017, nous avons été contactés par Jean-Paul Descœudres, professeur à l’Université de Genève. Il avait fouillé la Porta Marina quelques années auparavant et en avait rapporté un certain nombre de fragments. Il nous les avait confiés pour permettre à nos étudiants de les analyser. Puis il est parti à la retraite et nous a demandé de les ramener à Pompéi.» L’archéologue et des étudiants descendent alors en Campanie à bord de l’un des bus de l’institut. Ils remettent les précieux vestiges et rencontrent Massimo Osanna, directeur du parc. Les premiers contacts sont pris. C’est là que l’aventure débute.

La Maison des peintres au travail, sur le site de Pompéi. (Image: Philippe Nicolet)

«Nous sommes retournés sur place en mai 2018 pour leur demander si nous pouvions étudier d’autres peintures, reprend l’archéologue. Tout l’enjeu était de montrer ce dont on était capables du point de vue de la reconstitution de fragments.» Car c’est là la spécialité de Michel Fuchs et de son assistante, Alexandra Spühler: l’art de recomposer un puzzle à partir de petites pièces plus ou moins bien conservées. Un savoir-faire minutieux qu’il enseigne au sein de l’atelier de peinture fragmentaire proposé aux étudiants de l’institut.

«Différents motifs s’y distinguent, tels que des griffons, des oiseaux ou des animaux fantastiques»

Retournons à Pompéi. Sur place, on propose aux spécialistes lausannois de l’étude des peintures murales – ou plutôt toichographologues, selon le terme admis par l’Académie française – d’examiner les trouvailles mises au jour dans la Maison du bracelet d’or et dans la Maison des peintres au travail. Cette dernière retient toute leur attention. Des centaines de fragments issus de la demeure fouillée dans les années 1990 par l’archéologue italien Antonio Varone n’attendaient qu’à délivrer leurs secrets. Ils avaient été placés dans une petite maison attenante, disposés sur des étagères. «Renato Miele, un ancien collaborateur du Parc archéologique de Pompéi, avait déjà amorcé un superbe travail, reconstitué des ensembles, souligne Michel Fuchs. Nous avons été sidérés de la manière dont l’organisation de l’espace avait été faite.»

Un fragment orné d’un paon miniature sur une corniche, découvert dans la Maison des peintres au travail. (Image:IASA, UNIL, M. FUCHS AVEC L’ACCORD DU PARC ARCHÉOLOGIQUE DE POMPÉI)

Mais l’équipe lausannoise – composée de Michel Fuchs, Alexandra Spühler et trois étudiantes – avait du pain sur la planche. Trois semaines durant, à la fin de l’été dernier, les toichographologues ont scruté une myriade d’échantillons de fresques antiques. «Il s’agit de fragments complexes, présentant des structures caractéristiques des plafonds, détaille le professeur dans un enthousiasme communicatif. Différents motifs s’y distinguent, tels que des griffons, des oiseaux ou des animaux fantastiques.» Son assistante complète: «L’un de nos résultats majeurs a été de constater que ces fragments venaient d’au moins deux plafonds différents, peut-être davantage.» À l’issue de ce travail diligent, l’équipe lausannoise a signé une convention de trois ans, renouvelable, qui offrira aux étudiants de l’UNIL un laboratoire de rêve lors de stages de perfectionnement.

Tout l’enjeu désormais sera de valoriser ces trésors. «Nous publierons nos résultats dans la «Revue des études pompéiennes» puis dans un volume, reprend Michel Fuchs. Il s’agira de comprendre l’ensemble de la maison, de découvrir qui était son propriétaire et d’établir si ces peintures murales s’inscrivent dans un programme iconographique.» Dans un second temps, les fragments pourraient être restaurés et replacés sur leurs murs d’origine. Histoire que les millions de visiteurs de Pompéi puissent à leur tour les admirer.

Créé: 26.01.2019, 17h01

L’éruption du Vésuve a-t-elle eu lieu deux mois plus tard?

Un graffiti écrit au charbon, à peine lisible. Deux petites lignes a priori anodines. Et pourtant, l’inscription découverte dans la Maison au jardin, lors de fouilles récentes sur le site pompéien, a fait grand bruit dans le microcosme archéologique.

Le graffiti mentionne la date du «XVI K NOV» (le seizième jour avant les calendes de novembre), soit le 17 octobre. Or les livres d’histoire nous apprennent que l’éruption du Vésuve a eu lieu le… 24 août 79 ap. J.-C. Comment cette inscription a-t-elle pu se retrouver là deux mois après le désastre?



Pline le Jeune se serait-il mélangé les pinceaux? C’est en effet au sénateur romain, témoin direct de la catastrophe, que l’on doit cette datation au 24 août. Il écrit, dans une lettre adressée à l’historien Tacite: «Le 9 avant les calendes de septembre, aux environs de la septième heure, ma mère lui apprend (ndlr: il est question de l’oncle de Pline) qu’on voit un nuage extraordinaire par sa grandeur et son aspect.»

Imprécision de la part du neveu de Pline l’Ancien? Fake news antique? Il semblerait plutôt que l’erreur émane d’un copiste médiéval peu à son affaire.

Pourtant, un faisceau d’indices laissait déjà supposer que l’éruption volcanique avait eu lieu en automne et non en été. «Des archéologues ont notamment relevé que les vêtements retrouvés sur le site n’étaient pas très estivaux, ou que les restes de nourriture étaient plutôt ceux que l’on consomme en automne», souligne Michel Fuchs.

Mais le texte de Pline avait une telle autorité que les observations de ces spécialistes ont été reléguées au rang des théories fumeuses. Jusqu’à la découverte du graffiti de la Maison au jardin. N.R.

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