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Le Richard III exhibe le triomphe de l’hypocrisie à Lausanne

Le metteur en scène, Thomas Ostermeier, confère un punch fou à la pièce de Shakespeare.

Comédien exceptionnel, très physique, Lars Eidinger incarne un Richard manipulateur, à l’allure de rock star maléfique.
Comédien exceptionnel, très physique, Lars Eidinger incarne un Richard manipulateur, à l’allure de rock star maléfique.
ARNO DECLAIR

L’explosion inaugurale (de décibels, de paillettes, de pagaille festive) en remontre d’office à l’art de chorégraphier le chaos. Vincent Macaigne peut prendre des notes… Cette ouverture du Richard III mis en scène par Thomas Ostermeier signale aussitôt, par la modernité des costumes de ses acteurs titubants (l’accession au trône d’Edouard IV ou une fête d’actionnaires?), que le propos de la pièce ne se laissera pas reléguer dans l’histoire.

Avançant par étapes féroces, la mise en scène du capitaine de la Schaubühne, présentée de jeudi à samedi dernier à l’Opéra de Lausanne en collaboration avec le Théâtre de Vidy, ne fait pas dans la dentelle. Le sang y coule à gros jets lors du meurtre de Clarence, frère de Richard… La violence déchire les apparences, mais c’est encore une fois dans le personnage de Richard que les accents les plus subtils et signifiants sont à trouver.

Un bossu flamboyant

Incarné par un Lars Eidinger magistral de présence, l’assassin assoiffé de pouvoir ne se laisse pas réduire à un concentré de malfaisance. Malgré sa bosse et sa démarche bancale, il manifeste une aisance physique forte et souple, à la mesure de ses plans et de son discours, très assurés, filant avec constance vers la mort de ses concurrents à la couronne. Avec lui paradent la désinvolture et le cynisme, triomphent l’hypocrisie et le calcul.

La séduction fait aussi partie de son arsenal de psychopathe. On ne s’étonne pas de voir Lars Eidinger cracher au micro un rap d’Eminem. Même dans la fureur, Richard opte pour des formes populaires… Lars Eidinger n’hésite pas à voler des bonbons pour la gorge à un spectateur du premier rang, s’amuse des surtitres qui ne traduisent pas tout ou harangue directement le public en lui demandant de scander des insultes.

Son jeu disruptif et anachronique instaure une connivence avec Richard, cette star du mal qui fait le show – presque un stand up! Les rires fusent, la salle est conquise par tant d’effronterie. Le début du titre «robotique» O Superman de Laurie Anderson souligne son génie flamboyant, mais aussi son inhumanité.

Cette manière d’enfourcher un discours affable en décochant un clin d’œil pour montrer que personne n’est dupe et d’amuser la galerie sans répit ne laisse pas de place au doute: c’est bien d’aujourd’hui que nous parle ce Richard III. L’hypocrisie triomphe. La pièce aussi.

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