Rock fiction à la Nuit des Images

Musée de l’ElyséeThe LP Company invente groupes et albums qui finissent par prendre corps dans la réalité. Rencontre

Patrick Claudet (à g.) et Laurent Schlittler, The LP Company,
révèlent à l’Elysée l’album «Elysium» de The Project. Tout est faux,mais tout devient vrai.

Patrick Claudet (à g.) et Laurent Schlittler, The LP Company, révèlent à l’Elysée l’album «Elysium» de The Project. Tout est faux,mais tout devient vrai. Image: Florian Cella

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Il y a deux ans, un curieux ouvrage recensait 50 «trésors cachés de la musique underground». Pochettes et chroniques dévoilaient des albums inconnus, même du plus averti des chroniqueurs. Et pour cause: ils n’existaient que dans l’imaginaire des auteurs du livre, les Lausannois Laurent Schlittler, 48 ans, et Patrick Claudet, 42 ans, cachés sous le pseudo de The LP Company. «LP» pour «long play», le fameux format du 33 tours vinyle, et pour la première lettre de leurs prénoms.

«Nous travaillions dans le même bureau et la musique nous a révélés l’un à l’autre», confessent Laurent et Patrick, par ailleurs écrivain et scénariste qui ne devaient pas toujours s’amuser pendant leurs heures de travail. Depuis, leur projet fictionnel – certains parleraient de canular – a pris de l’ampleur. Preuve en est, ce samedi à la Nuit des Images du Musée de l’Elysée, leur présentation d’un nouveau groupe, The Project, et de son chant du cygne, l’album Elysium de 1999, dont des groupes réunis par le label Two Gentlemen donnent leur version.

Entre-temps, un éditeur français, Le Mot et le Reste, a publié une version augmentée de cette sélection de disques improbables, et des musiciens, comme le chanteur Albin de la Simone, lui-même amateur de musiques de films qui n’existent pas, ont commencé à réaliser des reprises de morceaux pourtant parfaitement fictifs. Un festival de Livourne a commandé l’an dernier à des groupes de la région la «reprise» intégrale de l’album Fiumicino de Scotty Pone et a sorti l’album hommage. «Pour nous qui pratiquons l’exercice très solitaire de l’écriture, c’est aussi une occasion en or de faire des rencontres de toutes sortes», se réjouissent ces spécialistes en addenda à l’histoire du rock. «Un rêve enfoui de rock stars?»

Pas experts
Mais les complices ne se voient pas en purs fanatiques. «Nous sommes évidemment des amateurs de musique, mais nous ne sommes pas non plus des experts qui pourraient parler pendant des heures de la drone music ou des Dead Kennedys», minimisent-ils tout en concédant avoir lu qui le défunt magazine Best, qui Les Inrockuptibles. «En fait, le matériau d’un album – la photo de la pochette, la liste des titres – est un moyen de parler du monde avec une part personnelle très forte. Il y a une part poétique. Ce projet nous permet en fait de dire des choses sur notre bureau, sur notre famille, le Musée de l’Elysée ou sur Arles.» Le duo présente en effet son travail dès juillet aux Rencontres de la photographie.

Pour la Nuit des Images, The LP Company a soigné l’aspect visuel des pochettes de la discographie complète de The Project en puisant au hasard dans la collection du musée. Des photos de Warhol, d’Ella Maillart et de Nicolas Bouvier rythment les œuvres du groupe, de 1985 («date de création du musée») à 1999, année de son ultime enregistrement, le bien nommé Elysium. Les clins d’œil à l’institution se retrouvent même dans les titres des chansons. «Two Meter Square of Smoke fait référence à l’époque où il était encore permis d’y fumer.»

Créé: 26.06.2015, 10h43

La Nuit des Images

Projections Pendant la Nuit des Images, le jardin de l’Elysée s’allume – bâtiment compris – au gré de projections qui multiplient les présentations photographiques sur des thèmes comme «Corps à corps», «Paysages» ou «Ainsi va le monde», avec à chaque fois plusieurs propositions. Tout un chacun est même invité à projeter ses images dans le cadre de «Bring Your Own Beamer», pour fans affûtés de soirées diapos!
Cartes blanches Plusieurs institutions participent au rendez-vous. En voisin qui fête ce week-end son centenaire, le Musée olympique est évidemment de la partie avec des extraits de films officiels des Jeux olympiques (signés Lelouch ou Saura). Le Pôle muséal, le Centre d’enseignement professionnel de Vevey, le Fotomuseum de Winterthour, la Haute Ecole d’art et de design de Genève (HEAD) et même l’Association de photographie contemporaine islandaise participent aux projections.
Hommage Le Grand écran de la Nuit des Images rend hommage à une figure historique en la personne de Sabine Weiss, qui sera présente lors de la projection du film de
Jean-Baptiste Roumens «Les 1001 vies de Sabine Weiss». Originaire de Saint-Gingolph, la photographe qui compte plus de 70?ans de carrière a posé son objectif devant les plus grands artistes, mais a aussi pratiqué le photojournalisme en promenant son regard sensible, magnifié par le noir blanc, de par le monde.
Animations Les enfants ne sont pas oubliés avec un atelier qui permet de créer son propre sténopé, à savoir le plus basique des systèmes photographiques: une boîte avec un trou! Toute la famille pourra aussi s’amuser à se «chronophotographier». Les amateurs de sons et de mots «écouteront» les photos avec les slammers de «Photos inouïes». Le duo du batteur Julian Sartorius et du bassiste Louis Schild jouera à l’heure de l’apéro (18?h).

Lausanne, Musée de l’Elysée
Samedi 27 juin (dès 15h)
www.nuitdesimages.ch

L'album

Selon les sources de The LP Company, la Française Ella Couturier et l’Anglais Nicholas Adams se rencontrent en 1985 – tiens, la même année que la fondation du Musée de l’Elysée, qui fête ses 30?ans – lors d’un concert des Smiths. Leur alliance amoureuse – scellée par un lancer de roses blanches du chanteur – et artistique – le duo The Project –, s’étendra sur quinze?ans et 12 disques. Il est désormais possible de se faire une idée d’«Elysium», ultime production de ce groupe trop mal connu (car fictif) et puisant ses influences chez My Bloody Valentine, Talking Heads ou Cocteau Twins, avec l’hommage que lui rendent des artistes réunis par le label lausannois Two Gentlemen, «A Tribute to Elysium». Un enregistrement ludique que Laurent Schlittler et Patrick Claudet jugent très «cohérent». «Les artistes ont joué le jeu des indications.» Sur les dix reprises de cet album conçu comme «mélancolique, mais évoquant aussi la joie des débuts», il y a Great Black Waters, Mark Berube, Nicolas Nadar (ex-Fauve), Anna Aaron, Rodolphe Burger, Peter Kernel…

A Tribute to Elysium
Divers artistes
Two Gentlemen
Vernissage (18?h?45), concert (23?h?30)

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