Roselyne Bachelot griffe la ménagerie des machos

RencontreDans «La petite fille de la Ve», la «panthère rose» revient sur ses combats en turbulente sexagénaire.

Image: CORBIS

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Entorse à la rencontre, Roselyne Bachelot préfère babiller au téléphone. Le timbre chantant de Castafiore n’autorise aucun doute, si souvent caricaturé, si délicat dans le rire tonitruant. Depuis la rue Vaugirard, à Paris, le style se devine à l’ouïe, «mi-kitsch, mi-Empire». Ou même Marx, tendance Groucho. En Grande-Bretagne, quand il fallut lire Cinquante nuances de Grey à la BBC, le mannequin crevette Kate Moss fut élue. Sur D8, ce fut «la» Bachelot qui haleta les émois érotiques d’Anastasia. Tout un symbole. Bonne joueuse, la ministre et pipelette star de la télé se livre volontiers à l’interview, «pour avoir pratiqué avec des gens parfois indélicats d’ennui». De quoi s’installer dans la ouate de ses souvenirs, thème de La petite fille de la Ve .

Constante de ces Mémoires, la bagarre menée contre le «machisme gras» qui dès son premier mandat, l’assomme dans les fumerolles de cigares. «Ça vous choque aussi, j’imagine! Bien sûr, la cause des femmes a progressé depuis la Libération. Mais la soi-disant parité contemporaine cache souvent une discrimination qualitative. Voyez les cris de poule pour moquer une écologiste à l’Assemblée en 2013! Un couvercle a été posé mais la marmite glougloute encore.»

Conciliante, Roselyne Bachelot ne se plaint pas trop. «J’ai reçu les bénédictions qui conviennent, puis l’onction du suffrage universel» admet-elle en gamine du sérail. Fille d’un grognard gaulliste, «initiée aux codes de survie contre les poignards cachés», elle enrage d’avoir pu être félicitée pour son «charmant sourire», ironise sur le titre goguenard de son livre. «J’ai subi le paternalisme qui sous couvert de bonté, étouffe. Il a fallu conquérir sur mon nom, pas par grâce ou faveur.» Au poignet pourtant, la respectueuse porte la montre offerte jadis par le paternel. Gravé au dos, le nombre 25703: ses tout premiers fans dans les urnes. «Il me disait de prendre les choses de travers pour les voir bien droites.»

La donzelle virée de la Pension Sainte-Agnès pour «tempérament voltairien» s’est mariée en plein Mai 68 et en blanc. Elle ne supporte aucune intrusion dans sa sphère intime. «Je maintiens l’étanchéité de ma vie privée, je refuse les photos en famille pour Paris Match, je ne mange pas de ce pain-là. Si vous ouvrez la porte de la cuisine, il ne faut pas s’étonner de retrouver un indésirable dans la chambre à coucher. Sous la drôlerie, Roselyne Bachelot cultive ses principes. «Je me moque des sondages. Je ne cherche pas «les coups». Cela fragilise. Je garde la longue main, prête à aller contre les vents contraires.»

Elle a connu revers et humiliations, a «perdu Chirac, président de cœur, comme Sarkozy, président de raison». «Et quand bien même! Je m’aime «franche-tireuse» comme titrait un quotidien. Mes grands-mères abolitionnistes, ma mère, m’ont inculqué la liberté, valeur et attitude suprêmes. Cet acquis m’a isolée, il m’a aussi confortée.» Au point d’endosser avec élégance un autre surnom. «La Panthère rose! J’adôooore» s’exclame celle qui prise le fuschia pour ses tailleurs. Elle fredonne le thème du film de Blake Edwards. «Chaque fois que je visite le lycée de mon ancienne circonscription, les élèves entonnent l’air de Mancini.»

Et d’évoquer une passion, Verdi, Offenbach. «Je n’oublierai jamais La Grande-duchesse de Gérolstein par l’Opéra de Lausanne.» La diplomate veille, même si «l’animal politique» a quitté «le bateau ivre» de l’institution. «Je me suis cuirassée, je me méfie de mes affections», avance celle qui garde une arme de séduction massive, l’humour. «Celui de Georges Clémenceau, surtout.» Roselyne Bachelot se déclare fière d’appartenir au Cercle des amis du vachard légendaire, qui persiflait: «Il y a deux organes inutiles: la prostate et le président de la République». Par prudence, la brune, ex-visiteuse médicale, milite d’ailleurs pour «des carrières courtes», fustigeant «les barbons qui devraient s’habituer au zapping, oublier les cinquante ans de carrière!»

En 2012, elle a scandalisé, glissant de l’arène nationale au zoo audiovisuel. «Il aurait fallu que je me terre chez moi en dame patronnesse du comité d’honneur pour le soutien à la Haute-Volta!» Elle en sourit. «Je suis passée du côté obscur de la force, dans le «je t’aime, moi non plus» que la France entretient avec les médias. Moi, vendue à l’ennemi, pff! Ils attendaient que je me casse la figure. Mais non.» Ses nouveaux et jeunes collègues se montrent-ils plus tendres? «Vous connaissez la formule: la confraternité est une haine vigilante.» Le langage fleuri n’empêche pas les épines. Elle sait les éviter. «Je veux savourer la coupe de la vie, le suc de ses fruits coule dans ma bouche.»

Créé: 30.05.2015, 14h15

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