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La RTS soigne ses séries aux urgences

Avant TF1, la RTS prescrit «The Good Doctor», la nouvelle ordonnance du Dr House.

Cette vieille carne en blouse blanche de Dr House a engendré un bienheureux émule, «The Good Doctor». Du moins les toubibs possèdent-ils la même souche, l’auteur David Shore. Déjà populaire aux Etats-Unis, au point d’y battre les records d’audimat de routards confirmés comme «NCIS», avec près de 20 millions de spectateurs hebdomadaires, ce nouveau héros a priori, ne ressemble en rien au champion cynique des séries médicales, le célèbre affreux jojo boiteux toujours prêt à fustiger ses internes, expert cruel en humour noir face aux fesses de ses patients. Loin du mandarin machiavélique, le Dr Shaun Murphy pose en angelot tombé du ciel. Et pour cause.

Atteint du syndrome d’Asperger, ce chirurgien prodige tout juste diplômé affiche un physique d’adolescent attardé et un sourire pur qui ignore le concept même de manipulation maligne. La plupart du temps, le drôle de gamin oppose aux adultes un air de perpétuel éberlué, façon Dustin Hoffman dans «Rain Man». Dès le deuxième épisode, le toubib pose la question sans malice: «Mais à quoi sert le sarcasme?» Le Canadien David Shore l’a imaginé 7 ans après avoir largué House, médecin misanthrope accro à Vicodine et à la méchanceté durant 8 saisons et près de deux cents épisodes. «The Good Doctor» serait-il l’antidote? L’auteur et producteur s’est inspiré d’un «soap» coréen, qu’il a dopé avec ses vieilles obsessions. Car malgré les apparences, «The Good Doctor» cultive le profil du marginal asocial.

Le Dr House portait sa misanthropie en bandoulière. Le bon docteur autiste provoque le rejet par des élans de sincérité irrépressible. Le voir débiter son diagnostic avec une franchise crue à un patient atteint de cancer avancé. La drôlerie, fatale, ne semble pourtant jamais calculée. «Le manque d’émotions chez les autistes, explique Shore dans ses notes d’intention, relève d’une croyance erronée. Ils ressentent des trucs. Et le simple fait de dire «ils», m’embarrasse. Car chacun d’entre eux m’apparaît comme une créature spécifique et singulière. Mais il y a toujours cette idée qu’ils sont intelligents, marioles, sympas, parce qu’ils s’inscrivent dans une communication étrange qui peut soudain se bloquer. C’était le piège de cette série, du scénario à l’interprétation, aller vers ces facilités.»

Natif de London, dans l’Ontario, David Shore, 59 ans, a surtout usé de sa potion magique. Après avoir imposé Hugh Laurie en Gregory House, l’audacieux a embauché un autre Britannique, lui aussi diplômé de l’Université de Cambridge avant même d’être un comédien aguerri. Il lui fallait de l’étoffe sous la candeur. Car au-delà d’un excellent concept, «The Good Doctor» se devait de casser la fable doucereuse du singe savant, ses clichés du surdoué miraculeux. «Toutes les bonnes séries se basent sur des questions d’éthique, affirme volontiers David Shore. Un drame efficace en revient toujours à jeter le héros dans des situations où il doit choisir: tourner à droite ou à gauche?»

Le dilemme pousse à l’identification. Même si le Dr Murphy ne prête pas au tutoiement, à la claque sur l’épaule et autre familiarité. D’où la nécessité d’injecter dans ce personnage venu d’une autre planète, un juste taux d’humanité ordinaire. Et là, Highmore se montre à la hauteur. Mieux, sa pudeur finit par trouver de curieuses empathies, un langage codé même. Avec un naturel aussi confondant qu’au temps d’«Urgences» et de George Clooney s’inquiétant des gaz du sang, le génial praticien pose son bistouri sur «une occlusion endovasculaire ressurgente dans le ballon de l’aorte». Soudain, l’ampleur du chantier sanglant devient un drame intime. Mieux, sans jamais pleurnicher dans la manche du spectateur, l’acteur à la bonne bouille réussit à émouvoir sans donner l’impression d’y toucher.

À 26 ans, Freddie Highmore affiche de sacrés états de service. Fils de l’agente de Daniel Radcliffe, ex-sorcier Potter, l’Anglais précoce est révélé par le réalisateur suisse Marc Forster dans «Neverland». Son partenaire Johnny Depp le recommande à son pote Tim Burton, qui l’engage dans «Charlie et la chocolaterie». Puis Luc Besson le ramène en Europe, en héros de la trilogie «Arthur et les minimoys». Lancé, le jeune premier passe le test des «méchants», s’appropriant la psyché tordue de Norman Bates dans la série «Bates Motel» durant 4 ans. Comme le Dr Shaun Murphy, le prodige réussit même l’exploit de jouer la candeur avec un charme persuasif. Le talent des vieux pros.

«The Good Doctor», saison 1 David Shore 8 x 42’, RTS, dès di 19, 20 h 55. TF1, dès lu 28, 21 h. Titre

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