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Avec Ruwen Ogien une voix singulière s’éteint

Grand spécialiste de l'éthique, le penseur français s'en est allé laissant derrière lui une oeuvre stimulante.

Le philosophe français Ruwen Ogien.
Le philosophe français Ruwen Ogien.
DR

De l’expérience du dépérissement de son corps, Ruwen Ogien disait ceci, dans son dernier ouvrage, Mes Milles et Une Nuits (Grasset): «Je sais maintenant que je vivrai tout le temps qui me reste à vivre avec cette maladie, comme un couple mal assorti.» Fataliste mais jamais désespéré, le philosophe français était parvenu à transformer la longue expérience nosocomiale à laquelle il était confronté en un prodigieux laboratoire d’idées. Et comme toujours, les considérations éthiques – la relation à la douleur, la position du corps médical, la fin de vie… – y brillaient parce qu’elles empruntaient, dans cet ouvrage, des chemins escarpés et que le lecteur y était pris à contrepied.

Cette investigation, qui attaquait frontalement le «dolorisme» (la douleur perçue dans sa valeur rédemptrice et comme vecteur de compréhension du soi et du monde) a été la dernière. Ruwen Ogien s’est éteint jeudi à Paris, laissant derrière lui un corpus d’œuvres foisonnantes. Toutes ou presque ont creusé la relation entre le bien et le juste, en partant d’interrogations en apparence simples. Comme celle-ci, par exemple: que faire sur un radeau en perdition demandant à être délesté: jeter à l’eau un chien pour sauver les quatre hommes à bord? Et que faire si ces derniers ont un passé de nazis criminels et que le chien, lui, a sauvé des vies? De cette éthique qu’il qualifiait de minimale, on en trouve les développements partout, de L’influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine et autres questions de la philosophie morale expérimentale (Grasset, 2011), à Philosopher ou faire l’amour(Grasset, 2014), de Penser la pornographie(PUF, 2003) à Un portrait logique et moral de la haine(Editions de l’éclat, 1993).

La voix singulière de Ruwen Ogien a ainsi procédé, avec finesse et parfois humour, à la déconstruction des contraintes d’une certaine morale. Celle du paternalisme, celle portée par toutes formes de prohibition. Sa morale à lui, grande et minimale à la fois, ne répondait qu’à une exigence: ne pas nuire à autrui.

Rocco Zacheo

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