Une sacrée rencontre avec «Le garçon du dernier rang»

ScèneLe metteur en scène français Paul Desveaux se saisit de la pièce qui a inspiré à François Ozon son film «Dans la maison». Un spectacle de haut vol à voir mercredi à Vevey.

«Le garçon du dernier rang» subjugue par la justesse avec laquelle les détails sont agencés.

«Le garçon du dernier rang» subjugue par la justesse avec laquelle les détails sont agencés.

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C’est avec un spectacle virtuose que le public à rendez-vous au Théâtre Le Reflet. Fraîchement créé au Centre dramatique fribourgeois, à Givisiez, d’après la pièce de l’Espagnol Juan Mayorga, Le garçon du dernier rang brille par sa mise en scène et sa scénographie intelligentes, son interprétation minutieusement réglée et la finesse du regard porté sur l’adolescence, qui navigue entre pulsions galopantes de la jeunesse et cynisme des adultes.

Le grand public a pu découvrir cette histoire en 2012 avec Dans la maison, long-métrage de François Ozon avec Fabrice Luchini dans le rôle-titre. L’intrigue raconte comment un professeur de français (Nicolas Rossier, sur scène), un écrivain frustré dépité par la médiocrité de ses élèves, va se retrouver subjugué par le talent littéraire de l’un d’entre eux. Et risquer un jeu dangereux en l’encourageant à poursuivre sa quête voyeuriste qui nourrit des rédactions livrées telle une correspondance épistolaire. Tom (Martin Karmann) a pénétré l’intimité familiale de l’un de ses copains de classe (Raphaël Vachoux). Avec un sens aigu de l’observation, le jeune homme hardi scrute les états d’âme du couple parental (Alexandra Tiedemann et Frédéric Landenberg) engoncé dans des faux-semblants. Il observe la vacuité de cette petite bourgeoisie au bord du précipice, pervertissant le jeu de son insolence. Sans toujours maîtriser clairement le pouvoir que lui confère son innocence. Entre séduction et manipulation, mais sans le manichéisme simpliste distillé par François Ozon sur grand écran. Face à l’écolier, il y a l’enseignant et son épouse (Geneviève Pasquier), directrice d’une galerie menacée de fermeture. Aux nombreuses considérations sur les codes littéraires filées par la pièce s’ajoutent ainsi de nombreuses observations sur l’art contemporain. Au-delà de sa fable, Le garçon du dernier rang traite de la création, du sens et de l’utilité de l’art. De sa duperie, aussi.

Toute la force du projet de Paul Desveaux – qui avait, entre autres, impressionné le public romand avec son Frankenstein en 2013 et signe, ici, la mise en scène et la scénographie – repose sur la pertinence avec laquelle il fait se superposer les différents niveaux de récits et plans de l’action. Les dialogues s’enchevêtrent avec les scènes familiales (re)jouées ou lues. Les espaces (la maison familiale et le salon du professeur, séparés par un tulle) s’interpénètrent. Se contaminent subtilement. Plus l’histoire avance, plus les personnages vont glisser de l’univers réel à un espace fictionnel fantasmé par Tom sur papier. Le réalisme s’évapore. Les frontières de la représentation se retrouvent violées. Le jeu des interprètes s’intensifie, ose la caricature et même des «arrêts sur image» audacieux qui font tournoyer les temporalités et propulsent le spectateur au cœur de l’action. Brillant!

Ce Garçon du dernier rang subjugue par la justesse avec laquelle les détails sont agencés. Autant dans le mouvement que dans l’interprétation des comédiens. Curieusement, alors, on s’étonne de l’excès de jeu de Geneviève Pasquier. Inutile pour appuyer un propos déjà suffisamment clair, sa véhémence crée une tension là où il n’en faut pas. Paul Desveaux aurait pu également s’économiser les quelques projections (mentales) qui n’amènent rien de très saillant. Puisque, avec les moyens du théâtre (et certes de nombreux effets technologiques), il réussit une proposition tellement cinématographique.

Créé: 08.03.2016, 14h56

«Le garçon du dernier rang»

Vevey, Théâtre Le Reflet
Mercredi (20 h), Rés.: 021 925 94 94
www.lereflet.ch

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