«On ne sait même pas où on fera notre lessive»

InterviewLe 20 juin, Vincent Veillon et Vincent Kucholl se jettent dans l’aventure du Knie, pour la bagatelle de 120 représentations romandes. Une première avec ses fantasmes et ses inconnues.

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«Samedi matin, on part juste les deux, dans notre bus rempli de bordel, direction Bâle pour les répétitions. Les garçons de la balle. J’aime bien l’idée.» Finalement, Veillon a succombé à l’appel du chapiteau. À quelques jours de la première date romande à Delémont qui verra les deux Vincent démarrer un marathon de 120 représentations du Knie, étalées sur 73 jours, une excitation raisonnable règne dans les bureaux lausannois des deux V. «Ces derniers jours, j’ai pas très bien dormi», convient Kucholl, le plus immédiatement enthousiaste quand tomba la proposition que le duo comique le plus célèbre de Suisse romande rejoigne la troupe du plus fameux cirque suisse.

Comment va se passer votre entrée chez Knie?
Vincent Kucholl: Nous aurons cinq jours pour mettre nos pièces dans le puzzle et voir comment elles fonctionnent. On remplace le duo Giacobbo & Müller, qui a fait la tournée alémanique, donc on sait déjà où on se placera dans le spectacle.

Concrètement, cela donnera quoi?
Vincent Veillon: On a 5 sketches, dont 4 de 6 minutes. Dans le premier, on jouera sapés comme sur l’affiche, en garçons de piste, et on fera les Suisses alémaniques hyperrigides, des cousins de Inäbnit le militaire. On incarnera la suprématie alémanique sur les arts circassiens, avec des consignes au public sur quand et comment rire. Je ferai aussi un clown en fin de course, qui cherche un remplaçant et le trouve dans le public en la personne de Gilles Surchat. V.K.: On fera intervenir quelques personnages clés de la galaxie «120 minutes»: Inäbnit, Surchat, le tox, le reggaeman.

Quand Knie vous a contactés, votre réaction n’a pas été unanime: Kucholl était fan, Veillon moins, juste?
V.K.: J’étais fan quand j’étais gosse. Je suivais le démontage, les éléphants en ville. Je rêvais d’être aux poursuites. Depuis vingt ans, j’y allais tous les cinq ans environ, et franchement les dernières éditions ne me convainquaient pas toujours. On a vraiment été rassurés de constater la qualité du show du jubilé. Le nouveau chapiteau, sans poteaux verticaux, permet de retrouver la sensation qu’on avait gosses d’entrer dans un immense Panthéon. V.V.: Moi, je n’ai jamais été très cirque, j’ai dû y aller une fois dans ma jeunesse. Je ne l’approche pas avec de la féerie dans les yeux, je pense plus à comment on va poser nos sacs, assurer les changements de costumes, tenir là-dedans. Au début, j’ai refusé. J’avais pas vraiment d’affinités avec le cirque, que je trouvais un peu kitsch. Ensuite, je pensais qu’il serait impossible de caser une telle tournée dans la production de notre émission mensuelle «120 minutes». J’avais même proposé que Kucholl y aille seul. V.K.: Il y avait la famille surtout. Tu allais être jeune papa, tu te demandais comment faire si tu devais être loin trop longtemps. J’avais résolu ça en proposant que tu fasses ton enfant plus tard…

Vous avez vraiment pensé y aller seul?
V.K.: Non. De toute façon, ils ne voulaient pas. Mais il y a eu des idées d’enregistrer des trucs en vidéo, en duplex. V.V.: Et puis les feux ont commencé à passer au vert, on a trouvé des solutions avec la RTS, comme celle d’enregistrer des émissions à l’avance, dont une qui sera tournée au cirque. (Il regarde Kucholl) Finalement, c’est juste un acte d’amour pour toi, pour que tu ne rates pas le rêve d’une vie. V.K.: Et puis il y a le challenge. Sortir de sa zone de confort, se mettre en danger…

Justement, n’est-il pas risqué de s’associer à l’image du Knie? Tous les comiques qui s’y frottèrent n’étaient pas au top de leur carrière…
V.K.: Un pote nous a demandé: «C’est déjà maintenant que vous faites le Knie?» Mais toutes les autres réactions ont été enthousiastes. La cote de sympathie du cirque est sidérante. V.V.: Je ne suis pas persuadé que les gens sont si surpris. Ils ne voient pas ça comme un pas de côté mais comme un truc en plus dans notre parcours de dix ans. V.K.: Notre gros souci était plutôt de ne pas être trop présents: entre le spectacle, l’émission, le cirque et Paléo, ça fait beaucoup cette année. V.V.: On sait déjà qu’on va calmer le jeu l’an prochain.

Durant 73 jours, vous allez assurer 120 représentations, avec des après-midi et parfois des matinées. Giacobbo & Müller ne faisaient que les soirées…
V.V.: Oui, on a vu ça après avoir signé. (Ils rient, un peu) On est payés à la journée, on reçoit le même cachet que l’on joue une fois, deux fois ou trois fois le même jour. V.K.: T’es sûr? Je crois que la deuxième ne change rien, mais que la troisième est un peu mieux payée.

Et ça paie bien?
V.K.: Contractuellement, on n’a pas le droit de dévoiler le montant. Ça paie correct parce qu’on en fait beaucoup.

C’est un tarif syndical ou ça se négocie? Marie Thérèse a touché la même chose?
V.K.: On ne sait pas. Il y a une certaine opacité dans le système Knie, ça reste une SA privée, sans subvention. On ne connaît pas la fréquentation, ni le budget. On peut estimer le chiffre d’affaires mais rien ne filtre.

L’occasion des 100 ans est-elle un plus au niveau du spectacle?
V.K.: Clairement. L’an passé, j’avais des réserves. Les drones, bof. En plus, on était allés un mardi et il n’y avait qu’un demi-chapiteau… On riait jaune. Là, à Zurich, c’était plein, le spectacle était top, notamment les chevaux. Franchement, c’est un numéro incroyable, ils ont mis le paquet. V.V.: Ce qui m’excite le plus, c’est le principe de la scène circulaire et de jouer devant une audience plus sauvage. Les gamins, c’est vite le bordel.

Avez-vous adapté votre humour à ce public extrêmement large?
V.V.: On n’a jamais ciblé notre écriture en fonction du public. Là, une fois ou deux, on s’est dit: «Tiens, ça va bien marcher avec les enfants.» Mais on a peu changé notre sauce.

Vous préparez-vous à un challenge physique avec ce marathon?
V.V.: Oui. Les autres artistes ont un seul numéro, nous 5. On reste donc bloqués durant les 2 heures et demie du spectacle.

En même temps vous ne devrez pas sauter dans un cercle de feu à 12 mètres de hauteur.
V.K.: Non. V.V.: C’est surtout un rythme qu’il faudra prendre. Emporter assez de livres. V.K.: Quand il y a 3 représentations, Joseph (ndlr: Gorgoni) nous a prévenus: tu ne sais plus le jour ni l’heure, tu vis sous un chapiteau avec 7 h 30 de boulot dans les pattes, et le lendemain tu es cuit.

Vous aurez votre propre roulotte: allez vous intégrer la troupe?
V.V.: Aucune idée. Peut-être que ce sera superpro et qu’on se saluera à peine les uns les autres, peut-être que ce sera la monstre noce tous les soirs. V.K.:
On ne sait pas ce qu’on va bouffer, où on fera notre lessive, etc. Tout ce qu’on nous dit c’est (accent suisse toto) «On regarde à Bâle!» L’autre jour, j’appelle Fredy pour lui poser une question. «Oui, allô, je rentre en scène, je te rappelle tout de suite après.» Et un quart d’heure plus tard il me rappelle effectivement, même pas essoufflé. C’est un métier.

Créé: 15.06.2019, 12h31

Les rois du rire



Emil
Anticipant d’une année le succès cinématographique des «Faiseurs de Suisses», la Romandie tombe sous le charme d’Emil en 1977 qui, le premier, assure tout seul une tournée nationale… parlée! En format sans paroles, Dimitri l’avait précédé dès 1970.
(Photo: JEAN-PIERRE GRISEL)




Marie-Thérèse Porchet
Aussi groupie de Fredy que de Darius, la Genevoise compte depuis 2001 quatre tournées du Knie à son actif, dont deux nationales – la dernière en 2018. Les plus jeunes ne comprennent pas tous son obsession libidineuse pour le directeur, mais l’énergie fait le reste.
(Photo:PATRICK MARTIN)



Cuche & Barbezat
En 2008, le duo neuchâtelois a animé les dates romandes de la tournée. Un rêve de gosses pour ces fans d’Emil et de Dimitri, l’un et l’autre découverts sous la toile du grand chapiteau.
(Photo: DOMINIC FAVRE)

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