Le Programme commun réunit les théâtres

ScènesUn nouveau paysage scénique naît autour de Vidy, l’Arsenic, Sévelin 36, la Grange, l’ECAL et les Docks. Présentations.

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Il n’était un mystère pour personne que l’arrivée de Vincent Baudriller à la tête de Vidy en 2013 allait non seulement modifier le visage de l’institution théâtrale, mais aussi remodeler le paysage théâtral lausannois et romand. A quelques jours du Programme commun, cet événement qui croise les programmations de plusieurs lieux – Vidy donc, mais aussi l’Arsenic, Sévelin 36, la Grange, l’ECAL et les Docks – vient encore le prouver sur un mode fédérateur. A l’heure des dogmes du décloisonnement et de la pluridisciplinarité, le nouveau directeur a rapidement pris l’initiative d’alliances d’autant plus faciles à contracter qu’il connaissait déjà certains responsables lausannois, comme Sandrine Kuster, de l’Arsenic, du temps où il dirigeait le Festival d’Avignon.

«Déjà lors de son projet de candidature, Vincent Baudriller a particulièrement séduit avec l’idée d’une création de pôle lausannois, se souvient Fabien Ruf, chef du Service de la culture de la Ville. Même si Vidy comme phare européen demeurait une priorité.» Après des collaborations avec l’Elysée et la Collection de l’art brut, le Programme commun vient couronner ce tissage de liens revendiqué. «J’ai ressenti ce besoin pour Vidy de travailler avec d’autres, assure son timonier. A un niveau national, avec Bâle, Zurich, Berne. A un niveau régional, avec la Comédie, Saint-Gervais, le Loup. Et bien sûr à un niveau local.»

Le dialogue s’est donc rapidement instauré avec l’Arsenic et une Sandrine Kuster «ravie» de ce renfort de poids qui, de fait, a mis la danse et le théâtre contemporains au centre des débats, alors qu’ils restaient périphériques il y a encore quelques années à Lausanne. «C’est un virage à 180°», assure la programmatrice, pourtant consciente du rôle historique de Vidy; une lignée que Vincent Baudriller n’entend d’ailleurs pas perturber: «Il faut relativiser, il n’y a pas de changement radical. Vidy a toujours invité des artistes importants de son temps.»

La complémentarité entre des lieux de recherche et l’exposition prestigieuse de Vidy (80 programmateurs se déplacent pour Programme commun) est saluée par tous, comme par Philippe Saire, de Sévelin 36, qui relève l’«émulation» du dispositif. «Nous n’aurions jamais pu programmer le récent et trop cher Christian Rizzo, qui était pourtant venu chez nous en solo il y a deux ans. De nombreuses affinités existent.»

«Il y a une ouverture formidable, observe Michel Caspary, directeur du Théâtre du Jorat, qui accueille en septembre En avant, marche!, d’Alain Platel, l’ouverture de saison de Vidy, délocalisée. Mais je vois aussi le danger d’une collaboration trop étroite qui mènerait à un mélange d’identités des lieux.» Un souci que ne partage pas Fabien Ruf, qui se félicite au contraire de voir tomber des démarcations hiérarchiques.

Vincent Baudriller rappelle que, dans Programme commun, «chacun est responsable de sa programmation», l’idée étant de croiser les envies de chacun sur un même agenda. «Cela permet aussi de mettre en avant des propositions plus radicales.» Sandrine Kuster l’exprime avec plus d’exubérance: «C’est un peu brutal pour le public, mais il va s’y mettre! Et j’aime ce côté orgie de spectacles.» (24 heures)

Créé: 13.03.2015, 10h14

Onze jours, six lieux, seize spectacles

Théâtre, danse, musique, performance. Durant onze jours, la première édition du rassemblement dédié aux arts de la scène à Lausanne plongera le public au cœur de la création contemporaine, d’ici et d’ailleurs, en français ou en version originale sous-titrée. Le festival fera battre le pouls de sa programmation savamment coordonnée, du côté du Théâtre de Vidy et de l’Arsenic, mais aussi de la Grange de Dorigny, du Théâtre Sévelin 36, de l’ECAL et des Docks. Coups de projecteur sur quelque rendez-vous très attendus.

Théâtre

Alors que l’Italien Romeo Castellucci devrait créer l’événement du côté de l’ECAL, avec une version «réduite» de son célèbre Giulio Cesare créé en 1997, le sulfureux Français Jonathan Capdevielle se plonge dans ses origines familiales dans Saga, à l’Arsenic. A Vidy, le public pourra découvrir deux spectacles (inédits en francophonie) de l’étonnante Espagnole Angélica Liddell. Et à la Grange de Dorigny, le Valaisan Mathieu Bertholet déploiera son aile à Lausanne avec Berthollet (notez les deux «l»!), adapté d’une nouvelle de Charles Ferdinand Ramuz et premier volet de son triptyque consacré à l’auteur suisse.

Danse

Aux Printemps de Sévelin, le Belge Pieter Ampe jouera de sa sexualité et de son corps dans So you can feel, un solo qui devrait flirter avec l’outrance. A l’Arsenic, Trajal Harrell fera se rencontrer le voguing des années 1960 avec la danse contemporaine dans Antigone Sr., un spectacle mâtiné de féminisme qui s’annonce haut en couleur.

Performance

20 minutes, du collectif suisse Schick/Gremaud/Pavillon, est l’une des démarches artistiques les plus originales du moment: un spectacle au titre évolutif qui se construit par tranches, vendues aux enchères. Pour Vidy, Vincent Baudriller a acheté les cinq dernières minutes, une exclusivité qui sera ajoutée au quart d’heure déjà joué. A l’Arsenic, Christian Garcia, ancien du groupe lausannois Velma, sera accompagné de la chanteuse Evelinn Trouble pour triturer complètement le livret de l’opéra classique.

Musique

Qui dit festival, dit fêtes et concerts. Il y en aura tous les vendredis et samedis, avec comme rendez-vous incontournable la soirée du 27 mars aux Docks, avec le rocker aux accointances littéraires Rodolphe Burger. Dans Psychopharmaka, sa guitare jouera le contrepoint des voix enregistrées par l’écrivain Olivier Cadiot, avec en invités l’actrice française Jeanne Balibar et Franz Treichler, des Young Gods. A Vidy, le musicien performer Thom Luz s’annonce également intriguant. Le Zurichois adapte l’histoire vraie d’une médium qui a reçu les visites de Liszt, de Schubert et de Chopin.

Gérald Cordonier

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