La science-fiction s’épanouit en Suisse romande

LittératureL’anthologie «Futurs insolites» ou le roman «Métaquine», du Vaudois François Rouiller, témoignent de la vivacité d’un genre qui se démocratise.

Le Vaudois François Rouiller, auteur et pharmacien, vient de publier «Métaquine» à L’Atalante.

Le Vaudois François Rouiller, auteur et pharmacien, vient de publier «Métaquine» à L’Atalante. Image: Odile Meylan

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Que sera la Suisse dans un avenir plus ou moins lointain? Quatorze auteurs de science-fiction, Romands pour la plupart, ont livré leurs scénarios dans Futurs insolites. Parmi ces plumes figure François Rouiller. Hasard du calendrier, ce pharmacien de Rivaz, qui se plaît en parallèle à inventer des histoires, vient de livrer Métaquine, le roman sur lequel il travaille depuis huit ans. Des sorties rapprochées qui témoignent d’une belle productivité des auteurs de science-fiction en Suisse romande.

L’intérêt pour le genre n’est pas nouveau. Pilier de la SF romande, François Rouiller se souvient «qu’il y a toujours eu un petit noyau lié à la Maison d’Ailleurs, à Yverdon, et à l’Association des amis de la Maison d’Ailleurs». Mais, exception faite du thriller futuriste Forteresse, de George Panchard, paru en 2005 chez Robert Laffont, les Suisses étaient discrets dans le monde de la SF francophone.

Depuis quelques années cependant, le milieu bourdonne d’une effervescence nouvelle. En 2010, le recueil de nouvelles Dimension Suisse faisait déjà découvrir une brochette d’auteurs d’ici. Vincent Gessler, codirecteur de l’ouvrage avec Anthony Vallat, a depuis publié Cygnis et Mimosa aux Editions L’Atalante, une référence dans le domaine. Laurence Suhner, dont une nouvelle figurait dans le recueil, l’a suivi avec la trilogie QuanTika.

Démocratisation du genre

Le mouvement porte chaque année des délégations d’auteurs suisses dans les festivals. L’idée de Futurs insolites est d’ailleurs née aux Utopiales de Nantes, pour «offrir une plate-forme aux auteurs d’ici», motive Elena Avdija, qui a codirigé l’anthologie avec Jean-François Thomas, spécialiste romand de la SF. Parmi les nouvellistes, des auteurs confirmés comme Olivier Sillig côtoient des jeunes plumes. Certaines déjà bien connues dans le sérail. «Il y a une pépinière de trentenaires qui sont en train d’écrire et de publier», remarque Jean-François Thomas. «D’autres en revanche ne font pas partie du milieu», poursuit Lucas Moreno, lui-même auteur et organisateur des Mercredis de la SF, un événement qui réunit chaque mois habitués et nouveaux à Lausanne et Genève. «Avant il fallait aller aux festivals, aujourd’hui on peut se tenir au courant sans faire partie du milieu physiquement», poursuit-il. La démocratisation du genre va encore s’accentuer, selon Marc Atallah, directeur de la Maison d’Ailleurs. «L’esthétique de la SF, tout comme celle de la fantasy, a bien réussi à s’intégrer dans l’imaginaire contemporain par le biais du cinéma, des mangas, de la bande dessinée américaine ou des jeux vidéo, et la Suisse est très imprégnée par ces influences.»

Ce que l’on nomme volontiers la culture geek est en passe de devenir la culture dominante, selon le spécialiste. «Elle est aujourd’hui accessible à tout le monde et inspire davantage d’auteurs.» Ce mouvement suscite donc des vocations hors de la famille SF et une hybridation des genres, comme les romans de Frédéric Jaccaud, qui a publié ce printemps Exil dans la collection Série Noire de Gallimard.

Objet d’étude à l’université

En Suisse, le genre est légitimé jusque sur les bancs d’université. Egalement maître d’enseignement et de recherche à l’UNIL, Marc Atallah en témoigne: «Aujourd’hui je n’ai plus besoin de justifier cet objet d’étude, il est admis que l’université doit s’y intéresser aussi.»

Enfin, les auteurs d’ici trouvent désormais des ressources pour publier en Suisse. Editrice de Futurs insolites, la maison veveysanne Hélice Hélas vient de lancer une collection liée à la science-fiction. «Nous voulons promouvoir la SF littéraire, explique Alexandre Grandjean. Avec l’anthologie, on souhaitait aussi faire parler et attirer l’attention sur la scène romande, en suscitant une réflexion littéraire sur la Suisse, pour ouvrir des ponts avec un lectorat plus large.»

François Rouiller sera en dédicace mercredi soir à la Librairie La Fontaine à Vevey dès 16h30 (24 heures)

Créé: 10.05.2016, 23h02

Sous la loupe

Des histoires sans frontière

«Futurs insolites» Au fil de quatorze nouvelles se dévoilent autant de visions, d’hommages ou de critiques de la Suisse. Le pays se trouve tour à tour fustigé pour son secret bancaire déployé au niveau de la galaxie, asséché par le pompage de l’eau de tous les lacs et rivières retenue dans un gigantesque barrage ou objet d’étude d’une intelligence artificielle. Trois auteurs s’emparent du thème du suicide assisté, dans un traitement émouvant chez Florence Cochet, grinçant chez Denis Roditi et empreint d’humour noir chez Vincent Gerber. Les récits font voyager loin dans l’espace et le temps. De quoi montrer que si les auteurs romands sont bien présents en science-fiction, et si le recueil a choisi d’évoquer la Suisse, il n’existe pas pour autant une «SF romande».

«Métaquine» Auteur de nouvelles et d’essais tels que «Stupéfiction», traitant des drogues dans la science-fiction, François Rouiller livre son premier roman. Au fil des deux tomes totalisant près de 1000 pages, il imagine une galerie de personnages plongés dans un monde dominé par la Métaquine. Un médicament qu’une puissante compagnie pharmaceutique distribue d’abord pour canaliser les enfants dissipés, puis pour toutes sortes de maux. Dans cet univers, tant les cadres dynamiques que les militants écologistes finissent par carburer à la fameuse molécule, rapidement vendue sous divers noms. Un monde où par ailleurs, chacun, muni d’une calotte qui scanne en permanence le cerveau, risque de se faire happer définitivement dans les tréfonds de la virtualité. Une fuite qui ne sera pas sans conséquences sur le réel. Après un premier tome centré sur le médicament, le deuxième livre dévoile, dans une traversée hallucinée du miroir, que le monde n’est pas forcément celui qu’on croit. Passionnant.



«Futurs insolites»
Anthologie dirigée
par Elena Avdija et
Jean-François Thomas
Hélice Hélas, 380 p.



«Métaquine, t. I et II»
François Rouiller
L’Atalante, 848 p.

Le site www.metaquine.com prolonge l’univers du roman

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Paru le 13 décembre.
(Image: Bénédicte) Plus...