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Sculpteur, Zaric dansait sur le fil de la tendresse

Partageant ses forces et ses émotions avec une rare générosité d’artiste, le Lausannois est décédé mardi. Il avait 56 ans.

Au Rôtillon, à Lausanne, des fleurs ont été déposées en hommage au sculpteur.
Au Rôtillon, à Lausanne, des fleurs ont été déposées en hommage au sculpteur.
DR
Au Rôtillon, à Lausanne, des fleurs ont été déposées en hommage au sculpteur.
Au Rôtillon, à Lausanne, des fleurs ont été déposées en hommage au sculpteur.
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Le jeu, une constante comme ici au parc Hentsch à Genève.
Le jeu, une constante comme ici au parc Hentsch à Genève.
Olivier Vogelsang
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L’énergie de créer, encore et encore, ce monde où l’animal et l’homme ne font qu’un pour élever une dimension autre, pour célébrer la poésie, pour s’abandonner à une générosité absolue. Cette énergie, Zaric l’a sublimée même dans la douleur pour espérer en la vie et dans l’impossibilité du renoncement face à la maladie. Il a créé pour Bex & Arts 2017 où ses «hom’animaux» offrent au parc de Szilassy le souffle d’une puissance fragile mais aussi toute la beauté d’une marche vers l’avant.

Il a créé pour son exposition à la Jedlitschka Gallery à Zurich, à voir jusqu’au 9 septembre. En juin, le sculpteur a encore créé le mouvement édifiant l’âme en communion fusionnelle avec La Flûte enchantée du Béjart Ballet Lausanne. Ses petits carnets de notes, confidents et creusets de ses inspirations, alternaient alors les mauvaises nouvelles et ses envies de caresser les êtres et le monde avec son art. «Jusqu’au bout il a modelé, souffle son ami, l’éditeur de livres d’art, Pierre Starobinski. Il modelait pour que le vide devienne plein et, maintenant, c’est lui qui laisse un vide assourdissant.» Zaric est décédé mardi, à peine quelques jours après son 56e anniversaire.

«Comme tous les grands artistes, appuie Michel Thévoz son ami et ancien conservateur de la Collection de l’Art brut, Nikola n’a pas seulement exercé son talent dans son œuvre, mais dans sa vie, dans ses rapports aux autres et à la nature. Il avait beaucoup d’amis, il les a tous enrichis par sa générosité, son humour et son allégresse.» Le sculpteur lausannois, on peut aussi dire l’homme au chapeau noir, l’homme aux yeux d’animaux, l’activiste de la défense des autres artistes – il avait organisé avec Visarte les expositions de sculptures au parc Mon-Repos – ou l’altruiste qui n’avait pas à compter ses amis sur les doigts d’une main était aussi Nikola. Un prénom venu avec lui d’ex-Yougoslavie et baladé, enfant, sur les terres maternelles à Martigny, le regard déjà tourné vers la nature et la montagne qu’il ne cessera d’escalader sans jamais oublier… ses carnets! Pierre Starobinski était là: «Je l’ai vu dessiner en montant à peaux de phoque.»

Un réseau d’énergies

De retour à l’atelier – son antre de poussière et de connaissances, son livre de souvenirs et de références – la chimie du mystère et de l’humour tendre prenait forme dans la terre matrice avant d’être sanctuarisée dans le béton. Griffées, piquées, tatouées, ses Barbilapins, Femlièvres, Homboucs, ses fables sculptées portent les marques de la mémoire tout en s’inscrivant dans l’éternité. Partout où elles passent comme au Jardin Alpin de Champex en 2012, partout où elles posent leur silence confident comme devant la Bibliothèque de l’UNIL, partout où elles se perchent en invitation à la méditation comme sur le Glacier du Trient ou partout où elles s’accrochent comme sur la façade du Gymnase de Chamblandes, ces fables diffusent leurs énergies positives.

«C’est incroyable la place que cet œuvre s’est fait dans l’espace public, on le constate à Lausanne, à Genève, à Zurich. L’univers poétique de Zaric marque les gens et, poursuit son ami Marc Agron de la Galerie Univers, c’est très émouvant de voir à quel point elle les attire. Sa vie, c’était la sculpture même s’il est venu à l’art tard et après des études et des débuts d’ingénieur forestier. D’ailleurs sa mère m’a raconté que, petit à table, il ne pouvait s’empêcher de créer, déjà, des personnages avec la mie de pain.»

Le jeu… Zaric l’évoquait souvent en parlant de son art et, lorsqu’il avait fait du Jardin Alpin de Champex son Olympe – ce monde d’humour et de rêve faisant surgir l’invisible qui rassure –, il s’était dit si heureux d’avoir ce lieu pour «jouer, avec toute l’implication de l’enfant, sa gravité, sa liberté, celle que l’artiste met une vie à trouver.» La sienne lui a laissé le temps de conduire en chamane-poète son bestiaire bienveillant vers la postérité d’un grand artiste. Mais elle le prive de la grande exposition que ses amis préparent pour la rentrée 2018 au Musée Arlaud à Lausanne. Ses «émotions» disait-il, «passent en premier par le dessin». Aujourd’hui, le dessin est triste.

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