Un siècle d’évolutions et de révolutions sous chapiteau

SpectacleLe patriarche Fredy Knie junior (72 ans) garde précieusement l’ADN équin du cirque national, mais reste très ouvert aux suggestions de son beau-fils Maycol Errani, figure désormais centrale des Knie.

Maycol Errani en conversation dans les coulisses avec son beau-père Fredy Knie junior.

Maycol Errani en conversation dans les coulisses avec son beau-père Fredy Knie junior. Image: HERVÉ LE CUNFF

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Depuis sa fondation – après les années de Knie Arena – en 1919, le cirque national a traversé un siècle d’évolution et de petites révolutions. Retour en arrière sur les chapitres majeurs de ce siècle sous chapiteau avant de braquer le spot sur Maycol Errani, beau-fils du patron Fredy Knie junior et mari de la nouvelle directrice artistique Géraldine Knie, qui représente l’avenir.

1920-1929: l’ascension
C’est la quatrième génération des Knie qui lance l’entreprise de l’ère moderne. Les frères Friedrich, Rudolf, Charles et Eugen avaient des qualités et des personnalités très différentes, mais ont toujours été unis par leur amour du cirque et leur force de travail. C’est leur solidarité et l’impressionnante variété des numéros présentés qui ont permis au Cirque Knie de décoller de manière fulgurante.

1930-1939: la crise
Rien ne semble pouvoir freiner le succès des Knie, qui, en bons acrobates, sont habitués à trouver leur équilibre, quelles que soient les circonstances. Ils troquent leur petite arène à ciel ouvert pour un chapiteau de grande taille, un pari gagnant. À Zurich, en 1931, ils sont donc 5000 spectateurs à se presser au spect­acle. En 1934, l’entreprise familiale devient, dans la douleur, une société anonyme. Deux ans plus tard, le 18 juillet, une tempête réduit en lambeaux le chapiteau de 52 mètres ainsi que la tente de la ménagerie des éléphants. Les dommages s’élèvent à 80 000 francs. À force de folie des grandeurs, le Cirque Knie est menacé de faillite et décide de regagner l’amour du public grâce à un show plus authentique.

1940-1949: les temps difficiles
L’entreprise familiale ressent les conséquences de la Seconde Guerre mondiale et le cirque national subit lui aussi le rationnement alimentaire. Les médias questionnent la nécessité de poursuivre en ces temps austères, mais soulignent aussi l’importance de redonner le moral à la population. Le 17 juin 1943, le général Guisan assiste à une représentation et remercie par écrit le cirque pour son engagement en cette période de guerre.

1950-1959: le succès mondial
L’après-guerre est synonyme de succès retrouvé pour le cirque national, qui fait voyager son public grâce à une multitude de numéros exotiques. En même temps, la famille Knie se produit aussi à l’étranger. Le 15 octobre 1953, à Vevey, Charlie Chaplin assiste pour la première fois à une représentation. Le comédien honorera désormais le Cirque Knie de sa présence à chacun de ses passages en Suisse romande.

1960-1969: les animaux
Une décennie chargée pour les Knie avec l’ouverture du Kinderzoo de Rapperswil en 1962 et trois programmes en six mois à l’affiche d’Expo 64. Les animaux sont les rois du chapiteau et les Knie une référence mondiale en matière de dressage.

1970-1979: les clowns
Durant les années 1970, on associe deux visages bien connus des théâtres et des cabarets au cirque national. Il s’agit de Dimitri et d’Emil. La poésie et l’humour provocateur humanisent le spectacle entre deux numéros animaliers.

1980-1989: les invités
Avec des artistes de Taïwan, une troupe de trapézistes mexicains en 1982 ou douze acrobates du Cirque de Chine sur un seul et même vélo en 1984, le Cirque Knie propose le meilleur des arts circassiens à son fidèle public.

1990-1999: le retour de la tradition
La recette qui plaît dans les années 1990 est un mix de numéros traditionnels présentés avec une mise en scène moderne. Les spectateurs trouvent leurs repères avant d’être emmenés ailleurs.

2000-2019: le mélange des genres
Mariages, naissances, passages de témoin, le Knie continue à séduire malgré la concurrence. En 2015, les éléphants tournent pour la dernière fois. S’ils manquent toujours au public, leur absence pousse le cirque à se réinventer. Avec bonheur.

L’avenir selon Maycol Errani

Membre officiel de la famille Knie depuis son mariage avec Géraldine en 2009, Maycol Errani (34 ans), lui-même descendant d’une famille circassienne italienne, incarne à lui seul l’évolution dans la continuité de son clan d’adoption. Acrobate, mais aussi dresseur – et surtout toujours le premier arrivé sur place et le dernier à quitter le chapiteau –, l’Italien est conscient de la nécessité de se réinventer et du poids de l’histoire du clan Knie.

«En 2005, mes frères et moi avons été invités à tourner avec le Knie. C’est là que Géraldine et moi avons eu le coup de foudre. À la fin de la saison, ça a été le drame: nous avions deux ans de contrat en Allemagne à remplir. Puis ma future femme et mon futur beau-père m’ont dit: «Maintenant ça suffit, tu reviens à la maison.» Et ça fait donc douze ans que mes frères et moi faisons partie de la famille Knie.» Douze ans aussi que l’Italien s’est mis au dressage des chevaux, en plus d’imaginer un nouveau numéro d’acrobaties en famille pour chaque tournée. «Ça me semble tellement plus facile que le travail avec les chevaux! Il faut trois ans d’entraînement pour réussir à le faire se cabrer. J’adore ça, relever les challenges. Je suis Italien, donc orgueilleux. Mais plutôt que de ressentir de la pression de toute la tradition Knie au moment d’imaginer la tournée suivante, je ressens surtout de la fierté. Chaque année, les gens ont rendez-vous avec les membres de la famille Knie. Ils viennent nous voir grandir, vieillir, changer. Ils viennent voir notre vie…»

Avec son épouse et son beau-père, Maycol Errani se charge de concocter chaque année un cocktail gagnant. «La concurrence est dingue. Je le vois avec ma fille Chanel qui est tout le temps sur YouTube. Elle a accès aux meilleurs numéros au bout de ses doigts. Surprendre le public est chaque année plus difficile. Mais le cirque reste un spectacle en live, sans ralentis, sans gros plans, sans replay (ndlr: grand fan de foot et de la Juventus, Maycol dresse des parallèles sportifs). C’est cette absence de filet de sécurité qui rend notre univers magique.»

Créé: 15.06.2019, 08h23

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