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Slobodan Despot, ancien conseiller d’Oskar Freysinger, assombrit le tableau politique

L’auteur du «Rayon bleu» frise le code du roman d’espionnage. Rencontre avant son rendez-vous avec les lecteurs, ce samedi

Slobodan Despot, auteur d’un roman filant les secrets d’État.
Slobodan Despot, auteur d’un roman filant les secrets d’État.
PATRICK MARTIN

Certains auteurs cultivent le sens du détail. Quand Slobodan Despot pose son carnet de notes sur la table, on ne peut s’empêcher de remarquer qu’il est orné du motif d’un ancien téléphone mural à cadran, objet central de son dernier roman, Le rayon bleu. «Je l’ai découvert chez Le Cadratin, à Vevey, dont je suis client. Il me le fallait.» Ce «téléphone immobile», comme il le qualifie dans son récit, aurait dû donner son titre au livre, mais son éditeur, Gallimard, lui a préféré l’évocation fallacieusement romantique d’une lueur nucléaire.

«Ils sont de bon conseil, mais je pense qu’ils ont fait une erreur», commente l’auteur de 50 ans, lui-même éditeur chez Xenia, maison qu’il a fondée à Sion. «Je vais abandonner mon poste de directeur. Mon frère va le reprendre. J’écris trop pour assumer ma fonction sans avoir l’impression de voler du temps à mes auteurs.» Auteur et traducteur depuis longtemps, Slobodan Despot n’a pourtant revêtu les habits du romancier que récemment. «Je le suis devenu un peu par hasard, confesse-t-il volontiers. J’avais postulé pour une bourse d’écriture du canton de Vaud et elle m’a été accordée. Je me suis donc lancé dans une histoire, vraie et de nature biblique, que je portais depuis des années mais sans savoir qu’en faire.»

Paru en 2014, Le miel revenait, à travers la figure d’un apiculteur, sur la terre de ses origines bosno-serbes, une Yougoslavie déchirée par la guerre. «J’ai envoyé mon manuscrit à quatre éditeurs, deux que je connaissais personnellement, deux que je ne connaissais pas, Plon et Gallimard. Les deux premiers ne m’ont même pas répondu! Les autres l’ont accepté, mais j’ai dû rallonger.»

Après cette première expérience parfois un peu laborieuse, l’écrivain en herbe a passé la seconde. «J’y ai pris goût. Actuellement, j’ai trois autres romans sur le feu, sans parler d’autres projets.» Avec Le rayon bleu, le processus d’écriture s’est délié. «J’écris vite, chaque fois que j’ai un peu de temps, et je ne retouche que très peu.» Ce récit aux phrases courtes, volontiers lapidaires – «Le plus détesté des dictateurs a toujours la meute avec lui. Il tombe à l’instant où il la perd» –, lui a permis de déployer d’autres intérêts.

«Il s’agit presque d’un hommage à la littérature d’espionnage des Robert Littell, John le Carré. Un genre qui a un avantage sur le polar: on y dénombre moins de morts. Avec, en parallèle, cette obsession qui me travaille depuis toujours: cette capacité qu’a l’espèce humaine de s’autodétruire en une demi-heure.»

Le roman s’infiltre dans le passé des coulisses du gouvernement français et délivre l’image d’un univers politique où prédominent la raison d’État et un cynisme illimité. Insolite de la part de l’ami et ancien collaborateur officiel du conseiller d’État Oskar Freysinger. «J’ai en effet une certaine expérience du Prince. Chaque fois qu’un politicien est élu, il gagne à l’EuroMillions et l’on assiste à de folles explosions de narcissisme. La politique devrait être une affaire trop sérieuse pour leur être confiée.»

Problématisant la question de l’utopie confrontée à la realpolitik, Slobodan Despot étonnera peut-être ceux qui veulent voir en lui un complotiste proche des milieux de la droite dure. «Je n’ai jamais cotisé à aucun parti, UDC comprise. Et je pense qu’un écrivain se doit de créer un monde, dans un livre où il n’a rien à démontrer, sous peine de se compromettre dans l’illustration.»

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