Pourquoi sommes-nous fascinés par les films d'épidémies?

PhénomèneParadoxe si humain, mater ses peurs soigne un peu.

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En 2010, Steven Soderbergh, alors auréolé du triomphe des «Ocean’s 11», touche 68 millions de dollars, son deuxième plus gros budget, pour réaliser «Contagion». Après trois semaines d’exploitation aux États-Unis, le suspense d’anticipation peine à rentrer dans ses frais. En France, il stagne sous le million d’entrées.

Depuis quelques semaines pourtant, réanimé d’entre les morts, «Contagion» cartonne en streaming. Son réalisme hyperdocumenté tient la route, de la quête du patient zéro à l’abnégation ou à la couardise face au virus aérien. À ces infos vulgarisées s’ajoute le plaisir d’apprivoiser la peur du fond de son canapé. Voir la mort, toucher à ses mystères, redéfinir ses priorités… Et, ajoutent les psychologues, dans un phénomène d’imitation courant, partager une émotion morbide avec des milliers d’autres spectateurs: voilà qui rassure. Corollaire au virus, le phénomène d’épidémie de la peur y trouve un léger antidote.


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Hervé Dumont, ancien directeur de la Cinémathèque suisse, se passionne pour ces flux et reflux d’adhésion esthétique. «Savoir pourquoi une série, un film, existe, c’est une clé de la compréhension globale d’une société. Ce coronavirus m’a tout de suite évoqué «Game of Thrones» et sa grande menace blanche que personne ne veut voir.» Sans perdre son humour, le cinéphile note combien l’attention s’est focalisée sur le brio de la phénoménale adaptation des romans de George R. R. Martin.

«Dans ce pseudo Moyen Âge revu Renaissance façon XXIe siècle, la luxuriance a éclipsé la manière dont le Mal se répandait, comme une fausse info qui, virale, intoxique les réseaux sociaux.» Rappelez-vous ce générique où une ombre spectrale balayait les frontières aussi vite que «ces morts qui venaient grossir l’armée des zombies». George R. R. Martin matérialisait un nouveau péril. Pour Hervé Dumont, sa force visionnaire tient dans cette suggestion de «l’incroyable vulnérabilité des individus pris dans un système économique interdépendant au niveau mondial».


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Signe des temps, le cinéphile parle de série plutôt que de septième art. La discipline serait-elle plus réactive? «La série rend le spectateur captif, appartient au monde du Net, ce filet qui attrape littéralement. Elle participe d’un phénomène «métastasique»: chronophage, perverse jusque dans ses fléchissements de scénario et abrogée dès la rupture d’audimat.» Cécile Lecoultre

Créé: 25.03.2020, 12h06

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