Au sommet du rap, Maes ne veut pas quitter la «street»

MusiqueProtégé de Booba, le rappeur raconte ses galères dans «Les Derniers Salopards», disque d’or en France. Rencontre à Genève.

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Un yaourt, un jus de fruit… et des feuilles à rouler en guise de déjeuner. À Genève, Maes s’excuse de son retard. Problème de réveil? Non, le monsieur bichonnait son look: cheveux plaqués à l’eau tiède, survêtement complet à l’effigie du Bayern Munich et sneakers de marque. «J’aurais dû faire footballeur, ça m’aurait évité de démarrer ma journée avec de l’herbe», ironise-t-il. Mais Maes a choisi rappeur. Ce qui lui réussit plutôt bien. Le jeune Franco-Marocain originaire d’une cité HLM de Sevran, en banlieue parisienne, a gravi les échelons à toute vitesse. Comme c’est l’habitude aujourd’hui dans la musique, et plus particulièrement le rap. Son deuxième album, «Les derniers salopards», est numéro un en France et déjà disque d’or depuis sa sortie mi-janvier. Son concert prévu le 7 mars à l’Usine PTR de Genève, lui, est déjà complet.

«Quand j’étais petit, le rap était boudé. Aujourd’hui il est numéro un, fait beaucoup d’argent et nourrit des familles. L’ancienne génération a dû rapper longtemps avant d’être reconnue. Moi je débarque, tout est rose.» Walid Georgey, de son vrai nom, garde la tête froide, mais un œil attentif sur les chiffres de vente. «C’est une motivation qui me donne envie de me dépasser à chaque nouvel album. Ce sont des indicatifs, comme les notes à l’école. Si tu donnes tout ce que tu as pour avoir la moyenne, c’est un peu frustrant.» On croirait entendre son mentor.

En 2015, Booba découvre le nouveau poulain de son ami proche, le producteur Diosang. Le patron du rap français a le coup de cœur. Et décide de le partager avec ses millions de followers sur les réseaux sociaux, jusqu’à accorder un «feat» au jeune MC, «Madrina», qui sera l’un des plus gros tubes de l’année 2019 en francophonie. Dans «Les derniers salopards», les deux remettent le couvert avec le très dansant «Blanche». Mais ne pas s’y méprendre: Booba ne produit pas Maes sur son label 92i. «C’est un grand frère! Il ne m’a jamais proposé de contrat, par respect, assure le rappeur de 25 ans. Il savait que je voulais rester fidèle à mon équipe du début, avancer en indépendant plutôt qu’être dans son ombre.»

Un pavillon à Sevran

La fidélité, Maes l’applique aussi à son quartier des Beaudottes, à Sevran, où il vit toujours, même avec le succès, après y avoir grandi dans une famille de huit enfants. «J’suis marié à la street», chante-t-il à l’autotune dans son dernier single, «Street». «Mes amis, ma famille, ma femme, tout le monde est là-bas. Ma mère y vit depuis qu’elle a 20 ans. On est tous liés à ce quartier. Aujourd’hui, le rap m’a permis de déménager dans un plus gros appartement. Mais à Sevran. La prochaine fois, ce sera un pavillon. Mais toujours à Sevran.»

Au quartier, Maes suscite plus de fierté que de jalousie. Et n’est pas un flambeur. «Les droits d’auteur ne sont pas encore tombés», plaisante-t-il. De l’argent, il en veut d’abord pour assurer ses arrières. Et surtout prendre une revanche sur la vie. «Donne moi c’que j’mérite et plus. J’reviens d’loin comme Marco Polo», clame-t-il sur son album, qui évolue entre une trap énervée (l’excellent «Elvira») des refrains pop mélodieux (l’accrocheur «Distant») et de la chanson urbaine mélancolique (les écorchés «Étoile» et «Imparfait»). Armes, affrontements, ego-trip, deal de cannabis, «Les derniers salopards» utilise tous les codes du rap dur. «Ma vie a changé. Je ne vends plus de drogue, je ne fais plus de mal, explique Maes. Mais j’en parle encore car ce sont des souvenirs qui reviennent. Ou ce que je vois dans mon quotidien.»

La prison, c'est la petite mort

Les blessures sont encore vives. En 2016, Walid Georgey purge une peine de 18 mois de prison. Alors il gratte des feuilles, comme «un moyen d’évasion», prépare sa sortie et s’imagine «tout péter dans le rap». «Je mourais d’envie d’aller en studio. Ça m’a appris la patience. La prison, c’est la petite mort. D’un coup, t’es plus personne.»

Avant de commencer le rap à 14 ans, ce fan de Daniel Balavoine et Charles Aznavour se rêvait davantage chanteur. Mais avoue ne savoir que «chantonner». C’est surtout l’autotune qui lui permet de livrer ses mélodies. C’est avec son premier album, «Pure» (2018), qu’il en fait l’expérience «C’est comme si je mets un gros pull, j’ai l’air plus costaud, plaisante-t-il. C’est un instrument qu’il faut savoir gérer, doser. Il est moins robotique qu’avant, il permet d’accompagner le flow de manière planante.»

Créé: 08.02.2020, 20h05

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