Sur les sommets, place aux femmes

DocumentaireLa Française Liv Sansoz s’est lancé le défi de gravir tous les 4000 des Alpes. Le Festival du film alpin des Diablerets la met jeudi à l’honneur avec d’autres stars de la grimpe féminine

Le film «Liv the long Way» raconte les coulisses des ascensions de l’alpiniste Liv Sansoz vers les 4000 des Alpes.

Le film «Liv the long Way» raconte les coulisses des ascensions de l’alpiniste Liv Sansoz vers les 4000 des Alpes. Image: AARKVAD FILM

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Elles sont, certes, beaucoup moins nombreuses que leurs homologues masculins à gravir les plus hauts sommets de la planète ou à escalader des faces vertigineuses, mais un noyau de femmes alpinistes et grimpeuses s’est imposé ces dernières années et elles en ont fait leur métier.

C’est à elles que le Festival international du film alpin des Diablerets (FIFAD) rend hommage jeudi à travers la projection de deux documentaires, chacun à sa manière, très inspirants: «Voix féminines» apporte un regard nuancé sur la montagne et le petit monde de l’escalade d’élite, mais aussi sur le ressenti d’être femme dans un milieu d’hommes. On le découvre à travers les témoignages de trois figures toutes installées dans la vallée de Chamonix: Martina Cufar-Potard, ancienne compétitrice aujourd’hui grimpeuse et mère de famille, et les deux alpinistes aux multiples talents Marion Poitevin et Liv Sansoz.



Cette dernière est également au centre du deuxième film «Liv along the Way» (Voir encadré) qui retrace son ascension fulgurante dans la compétition en escalade – deux titres de championne du monde mais aussi deuxième grimpeuse à réussir un 8C +, l’une des cotations les plus difficiles – et son défi, à 40 ans, de gravir tous les sommets de 4000 mètres des Alpes, soit 82 en un an.

Avant elle, des pionnières ont ouvert la voie. Telle la Franco-Suisse Henriette d’Angeville, deuxième femme à avoir gravi le Mont-Blanc en 1838. Ou dans les années 80, la Française Catherine Destivelle, l’Américaine Lynn Hill ou la Fribourgeoise Nicole Niquille pour ne citer que les plus célèbres. Des femmes toutes dotées d’une détermination hors du commun.

Un trait de caractère que l’on retrouve chez Liv Sansoz. «Dans la vie, je suis plutôt gentille, parfois même un peu effacée, mais au temps où je faisais de la compétition je pouvais être en mode «tueuse», dit-elle en riant au bout du fil. J’aborde les projets avec beaucoup de doutes et une très grande préparation. Plus les choses sont difficiles, plus je les réussis: je me concentre et je puise au fond de moi dans mes ressources. J’ai vite compris que le corps peut faire beaucoup si le mental est performant», ajoute celle qui a également étudié la psychologie.

A-t-elle dû se battre plus que les autres pour s’imposer dans ce milieu? «Tout dépend des gens que l’on a autour de soi, relativise Liv Sansoz. Personnellement mes amis hommes m’ont toujours encouragée. En compétition, les primes hommes et femmes étaient identiques. À 15 ans, quand j’ai voulu faire du parapente, personne ne m’a dit que ce n’était pas une activité pour moi. Mon amie Marion Poitevin, elle, a vécu les choses autrement. Elle a vraiment lutté pour être reconnue dans l’élite militaire de haute montagne. Son témoignage m’interpelle.»

Si l’égalité de traitement est appliquée en compétition, la manière d’évoquer les cimes se distingue sémantiquement selon les sexes, observe l’alpiniste. «On n’utilise pas les mêmes mots. Les hommes «attaquent une voie» ou «affrontent la montagne». Je suis une femme avant d’être une montagnarde. Mais lorsque la situation se corse je dois revêtir ma veste d’homme, devenir une «guerrière».

La battante, en arrêtant la compétition suite à une blessure, n’en a pas pour autant délaissé les sommets. Base jump, parapente, ski de pente raide ont pris le relais. À 40 ans, elle a décidé de gravir des 4000. «Je me suis lancée dans un challenge à multiples facettes en combinant d’autres sports comme le parapente. Je voudrais montrer que derrière chaque grande réalisation alpine il y a une énorme préparation. Aujourd’hui on ne montre souvent que le produit fini. J’aime le côté humain de la montagne, les cordées. Je ne m’aventure pas dans des ascensions en solo de face nord. Je ne veux pas me mettre en danger inutilement. La montagne dicte les choses, et face à elle il faut rester humble et apprendre parfois à renoncer. Elle reste ma première source d’énergie.» Et d’inspiration qu’elle transmettra personnellement au public du FIFAD.

(24 heures)

Créé: 07.08.2018, 21h04

Des découvertes jusqu’à samedi

Programme

Pour son week-end d’ouverture, le FIFAD, qui vit sa 49e édition, a fait salle comble avec 800 personnes dès sa première projection («L’intelligence des arbres», suivi de la conférence d’Ernst Zurcher).

Une première dans l’histoire de la manifestation consacrée aux films alpins. Les réjouissances se poursuivent sous un soleil radieux jusqu’à samedi 11 août. Jeudi 9, après la projection des films dédiés à Liv Sansoz et aux femmes et l’alpinisme, le public voyagera avec «Capitaine de l’utopie».

Sur son voilier polaire François Bernard invite à découvrir les beautés de l’Arctique. Vendredi 10 août (14 h), les mordus de l’émission «Passe-moi les jumelles» fêteront les 25 ans de l’émission avec deux documentaires signés Benoît Aymon, qui reprendra les rênes de la manifestation en 2019. Samedi, enfin, à 18 h seront remis les distinctions des films primés pendant la semaine.

Informations pratiques

Les Diablerets, Maison des congrès

Je 9 août (14 h), projection et conférence en présence de Liv Sansoz.

Jusqu’au sa 11 août

www.fifad.ch

Liv Along The Way


En anglais

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