Sons et lumières au Jardin Botanique. C'est signé Antigel

ReportageAvec «Botanica», le festival imagine un paysage postapocalyptique. Visite d’un désert végétal.

Casque audio sur les oreilles, lumières dans les serres: scénographié par Antigel, le Jardin botanique devient «Botanica», ultime résidence des survivants d’une catastrophe écologique.

Casque audio sur les oreilles, lumières dans les serres: scénographié par Antigel, le Jardin botanique devient «Botanica», ultime résidence des survivants d’une catastrophe écologique. Image: Frank Mentha

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Nom de baptême: Botanica. Signé Antigel, qui sert depuis jeudi soir et durant tout le week-end encore le premier «Made in» de cette 8e édition. Un exercice de sensibilisation des citadins aux problématiques environnementales.

Dans sa ronde des lieux insolites, Antigel, cette fois, a jeté son dévolu sur un trésor bien connu des Genevois. Au Jardin botanique, parmi les essences rares, la foule est invitée à mettre un casque audio sur les oreilles, également un masque de protection sur le visage. Ici-bas, sur la Terre abandonnée suite à une catastrophe écologique mondiale, il vaut mieux se protéger des miasmes ambiants, indique une voix de centre commercial. On ajuste le casque. On couvre ses voies respiratoires. Il fait froid. Le masque tient chaud. Les 200 visiteurs présents pour la première tournée – complète, comme la plupart des représentations – se pressent à petits pas dans le couloir d’entrée. Du versant lacustre du Jardin botanique, on pénètre dans le parc, dirigé par les bâtons clignotants d’une équipe affublée d’une théâtrale combinaison chimique de protection. Ou serait-ce un groupe d’apiculteurs? En tous les cas, l’effet est saisissant, éventuellement inquiétant.

Paroles de survivants

«Chers habitants d’Epsilon 20-57...» Ainsi commence la visite imaginaire de ce qui constituerait, dans un avenir proche, la résidence des derniers habitants de la Terre. Vous, le public, vous venez d’Epsilon, lointain exil planétaire. Eux, ce sont les «survivants»? Pour l’essentiel, une voix féminine. Qui distille en chemin, par le biais du casque, un peu de philosophie existentialiste, un peu de son témoignage d’une vie de presque rien, accrochée à son bout de terre: «Rejoins-moi dans la serre; prends des pamplemousses, c’est dimanche.» Surtout: «Pas plus de 33 minutes de peau à peau chaque jour; toucher la peau, voilà ce qui me manque le plus…»

L’amour au temps du désastre ultime, l’éros contrarié par les pollutions de l’anthropocène, voilà qui s’avère assez évocateur pour capter l’attention du visiteur. Lequel cogite le nez en l’air en déambulant rapidement parmi les plantations. Ici l’étang moiré d’un bleu électrique, plus loin un rouge fumeux dont émerge brièvement la silhouette velue d’un anthropoïde.

Une petite danse et puis s'en va

Et l’on poursuit ainsi, marche accélérée en direction de la première serre, accompagné par une musique plus insistante à présent, cliquetis bruitistes, pulsation technoïde, retour de grâce des synthétiseurs cinématiques. Ambiance suggestive pour les tympans. Scénographie de science-fiction pour le plaisir des yeux. C’est beau, une serre la nuit. C’est étonnant, tout de même, de se retrouver dans la pénombre humide, et chaude, d’une verrière tropicale dardée de faisceaux lumineux.

À sa manière économe et rationnelle, Antigel ranime l’attrait du festival sons et lumières, cette vieillerie qu’on sert en général sur les places fédérales, les communes provinciales, pour vernir d’une émotion artistique la litanie des cultes historiques. Sons et lumières, c’est cela. Point tant d’interventions humaines alors, à peine une danse à deux sur la fin du parcours (Evita Pitara et Cédric Gagneur en justaucorps dorés). Et cet ectoplasme solitaire descendant en rappel du haut de la grande serre. Anecdotique.

Effets de serre

Mais la musique est bonne, et le texte évocateur. Signé Alexis Trembley pour les notes, Fabrice Melquiot pour la bonne parole. Et les lumières méritent qu’on applaudisse des deux mains! Signé Mario Torchio, expert en «lighting design». Lorsque cette même grande serre s’illumine en cadence, pulsant et clignotant telle une boule à facettes surdimensionnée, ambiance clubbing sur un rythme dansant, le regard embrasse alors le public aligné en contrebas, coiffé de lumignons bleus sur les oreilles. A ce moment précis, le tableau a de la gueule.

Voilà, c’est tout. On rentre maintenant. En songeant que, oui, l’idée était bien bonne d’investir ce bout de territoire urbain. Le Jardin botanique la nuit garde en effet l’avantage d’un support inédit pour rêver un peu. Et lorsque, le temps d’un silence entre deux confidences de la «survivante», on entend à nouveau les avions qui passent au-dessus de la ville, tiens, cela aussi est saisissant. Avec ou sans Antigel. Mais Antigel ne gâche rien.

Manquait-il à ce Botanica une intervention musicale ex machina, des humains courant nus sous les arbres, une partie de ping-pong, une raclette à la sortie? Par son thème – catastrophe, exil cosmique – Botanica rappelle ce précédent «Made in», Cosmoland en 2014, autrement plus foutraque et drôle. Antigel manque-t-il d’humour? Attendons de voir le projet suivant, dans les carrières du Salève ce samedi. Il y aura des pelleteuses et du motocross.

«Botanica» Sa 16, di 17 fév. Infos: antigel.ch (24 heures)

Créé: 09.02.2018, 18h29

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