«Soudain, mon ampli a pris feu!»

InterviewAC/DC revient cabossé mais toujours habité du démon du rock. Rencontre avec Angus Young, diable de guitariste.

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Sans sa légendaire Gibson SG, Angus Young fonctionne au ralenti. Le guitariste reçoit avec calme et politesse, bien loin du farfadet en cuissettes d’écolier cavalant sur les plus grandes scènes du monde. Son groupe AC/DC, 200 millions de disques vendus depuis 1973, sort Rock or Bust, nouvel album après six ans d’absence. Une période durant laquelle le gang australien a vu s’en aller vers la démence son fondateur et guitariste, Malcolm Young, aîné d’Angus.

Le jour où celui-ci nous accueille, il a de plus appris l’arrestation du batteur Phil Rudd, accusé d’avoir engagé un tueur à gages. Il sera disculpé quelques heures plus tard. «No comment!» prévient le management. Malgré son pedigree, Angus Young, à 59 ans, se serait passé d’un lancement de disque aussi rock’n’roll.

– Pour la première fois dans l’histoire d’AC/DC, vous avez dû assumer tout le travail de composition. Cela a-t-il été difficile?
Très difficile. Surtout humainement. Malcolm a réalisé lui-même qu’il ne serait plus capable de rester dans le groupe. C’était dur à encaisser car il était conscient de ce qui lui arrivait. Tout le monde espérait que ça irait mieux. Mais il souffre d’une maladie dégénérative, nous n’avons pu que constater la détérioration de son état. AC/DC était son bébé.

– Votre neveu Steve Young (ndlr: âgé de 56 ans) remplace Malcolm. Cela doit rester une affaire de famille?
C’était plus simple. Steve avait déjà joué avec nous en 1988, quand Malcolm avait eu des problèmes de boisson. A cette époque, il avait lui-même conseillé d’engager Steve en remplacement.

– Existe-t-il dans votre répertoire un standard de disque, ou de chanson, qui guide votre composition?
Un bon riff est difficile à définir. Pourquoi celui de Back in Black est-il aussi efficace? Mystère. Avant tout, j’attends d’un nouveau morceau que les gens captent tout de suite qu’il s’agit d’AC/DC. Pour Rock or Bust, nous savions juste que l’album serait compact, avec des chansons courtes et denses. Il contient aussi d’excellents riffs – Baptism by Fire, Miss Adventure…

– Privilégiez-vous des instruments et du matériel récents?
Non, on joue avec nos amplis d’époque, c’est eux qui donnent le meilleur son. Lors de l’enregistrement de Rock or Bust, mon ampli a soudain pris feu. J’étais vraiment immergé dans le morceau quand Brandon m’a gueulé dans le micro: «Angus, tu es en feu!» J’ai hoché la tête en souriant, j’ai pris ça comme un compliment. J’avais une clope, je n’ai pas senti la fumée qui s’échappait de l’ampli.

– Vous retrouvez le producteur Brendan O’Brien (Bruce Springsteen, Pearl Jam). Après quarante ans de musique, avez-vous besoin d’une oreille extérieure?
Oui, surtout en l’absence de Malcolm. Le gros du travail de production consiste à répondre à cette question: «Est-ce une bonne chanson pour AC/DC?» C’est tout ce qui nous importe.

– L’oreille extérieure vaut aussi pour vos solos?
Eh oui! Vous savez, toute ma vie j’ai eu quatre critiques musicaux assis derrière moi pendant que j’enregistrais. «Mouais, c’est pas mal Angus, mais tu peux faire mieux!» Après plusieurs prises, je deviens un automate.

– Si vous deviez comparer une chanson avec un acte sexuel, que serait le moment du solo?
Un orgasme. Multiple! (Rire sardonique.)

– Vous êtes l’un des derniers guitar heroes. Pourquoi cette race s’est-elle éteinte?
Je ne sais pas. Le rock est toujours là mais on donne moins d’importance à la guitare. Nous sommes venus d’un temps où le standard était le rock’n’roll de pionniers. On avait envie d’imiter ces types. Au début des années 1970, la guitare électrique était encore une nouveauté, on découvrait jusqu’où pousser les amplis.

– Quel est l’élément typiquement australien de votre musique?
Une façon de la tremper dans la bière? Sérieusement, il y a un truc un peu rugueux que l’on ressent en vivant dans certains coins d’Australie. On n’a jamais voulu emballer notre musique dans trop d’effets. C’est le côté authentique qui nous caractérise comme individus.

– AC/DC est aussi connu pour ses chansons que pour ses shows démesurés et son côté cirque. Est-ce parfois frustrant pour le musicien?
Non, ça a toujours fait partie du truc. A nos débuts, nous n’avons pas pu compter sur des vidéoclips ou des radios. Pour se faire connaître, on devait enchaîner les concerts et être bons sur scène. On a développé notre groupe ainsi, petit à petit. Les albums plaisaient mais les concerts scotchaient vraiment le public.

– Avez-vous déjà le concept de la tournée de Rock or Bust?
On a une petite idée mais rien n’est défini. Je ne pense pas que vous serez déçus.

Créé: 17.11.2014, 15h14

En dates

1973 Malcolm Young, 20 ans, fonde AC/DC à Sydney, avec son cadet Angus et le chanteur Bon Scott.
1976 Signature sur Atlantic du second album, High Voltage.
1978 Powerage est le disque de chevet du Rolling Stone Keith Richards.
1979 Highway to Hell, un hymne.
1980 Mort de Bon Scott. Back in Black, disque posthume chanté par Brian Johnson, devient leur plus grand succès.
1981 For Those About to Rock, We Salute You: premier numéro un aux Etats-Unis.
1985 Echec commercial et critique, Flick of the Switch est enregistré à Montreux.
1990 Porté par Thunderstruck, The Razors Edge renoue avec le succès.
2001 La tournée de Stiff Upper Lip optimise la notion de concert de stades.
2008 Black Ice se classe 1er dans 32 pays.
2014 Atteint de démence précoce, Malcolm Young doit quitter le groupe.

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