Le souffle vital de la colère traverse le Pavillon Sicli

ScènePerformance immersive, «Finalement, tout s’est bien passé» questionne le refoulement d’un sentiment omniprésent.

Gravure évocatrice sur plaque de métal.

Gravure évocatrice sur plaque de métal. Image: GENEVIÈVE FÉRAUD

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Contrôler nos émotions et surtout effacer de l’espace visible celle qui parmi toutes a les allures les plus rédhibitoires et contraires aux règles du vivre ensemble: la colère. Cette injonction est aujourd’hui déclinée sous des formes multiples, à travers des pratiques très en vogue, allant de la méditation en pleine conscience aux innombrables modules de développement personnel. Que faut-il penser de cette imposante vague sociétale? La question est au cœur d’une proposition scénique multiforme qui intrigue par l’outillage convoqué et par les lieux investis. Avec «Finalement, tout s’est bien passé», qui se déploiera dès ce jeudi et trois soirs durant au Pavillon Sicli, on touche à la fois au geste théâtral, à la création littéraire, à la performance et au répertoire de musique contemporaine.

Placé à l’affiche de La Bâtie, le spectacle se veut un essai sur la colère, une exploration réunissant des artistes dont la complicité remonte parfois à loin – Michèle Pralong, Sylvie Kleiber, Victor Roy et Rudy Decelière – et qui convoque aussi les musiciens de l’Ensemble Contrechamps. Le croisement de disciplines promet ainsi une dissection fine du sentiment colérique et répondra sans doute aux interrogations que s’est posées au départ de l’aventure l’auteure et metteuse en scène Michèle Pralong. «Un jour, alors que j’étais immergée dans la lecture, j’ai été happée par le «Dies irae» de la compositrice contemporaine Galina Oustvolskaïa. J’ai été soufflée par les frappes violentes sur le clavier et par les clusters ahurissants qui en ressortaient. Je me suis mise alors à réfléchir sur les significations de la colère, ce sentiment qu’on réprime et qui est pourtant si omniprésent comme miroir du comportement social et personnel.»

Cette première approche s’est étoffée progressivement, à travers des lectures approfondies, parmi lesquelles celle, décisive, du philosophe allemand Peter Sloterdijk et de son essai «Colère et temps». Une évidence s’impose alors au cours de cette auscultation toujours plus articulée, menée pendant deux ans en compagnie des artistes cités: «Il fallait en faire quelque chose qui sorte du biotope théâtral et de ses coulisses, explique Michèle Pralong. Nous avons alors investi le Pavillon Sicli et nous avons conçu la performance dans des temps très restreints.»

Trois soirs durant, «Finalement, tout s’est bien passé» offre donc au public la possibilité d’une déambulation libre et immersive, à travers laquelle il côtoiera surtout des univers sonores protéiformes. Ceux des extraits de textes d’une trentaine d’auteures, par exemple, qui seront dits par des comédiens. Ceux aussi d’un écrit de Michèle Pralong et, pour terminer, ceux du «Dies irae» d’Oustvolskaïa, joué en épilogue par Contrechamps. Enfin, les textes posés sur les larges vitres du pavillon compléteront cette plongée dense et sans doute nécessaire.

«Finalement, tout s’est bien passé». Essai sur la colère. Par et avec Michèle Pralong, Sylvie Kleiber, Victor Roy, Rudy Decelière; Pavillon Sicli, du 12 au 14 sept. www.batie.ch

Créé: 10.09.2019, 17h27

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