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«C’est quinze ans du budget d’acquisition du MCBA!»

Pascal Broulis ne cachait pas sa joie, mardi, après avoir pu révéler l’entrée d’œuvres d’envergure dans les collections cantonales grâce à la galeriste Alice Pauli. Une nouvelle accompagnée du prêt d’une huile enviée par le Louvre.

Anne-Catherine Lyon, Conseillere d'Etat vaudoise, Bernard Fibicher, directeur du mcb-a, et Pascal Broulis, Conseiller d'Etat vaudois, ecoutent parler Alice Pauli, galeriste, droite, devant le tableau de Pierre Soulages, 'Peinture', 1956, un don de Alice Pauli.
Anne-Catherine Lyon, Conseillere d'Etat vaudoise, Bernard Fibicher, directeur du mcb-a, et Pascal Broulis, Conseiller d'Etat vaudois, ecoutent parler Alice Pauli, galeriste, droite, devant le tableau de Pierre Soulages, 'Peinture', 1956, un don de Alice Pauli.
Keystone
Pierre Soulages(*1919 à Rodez, France) Peinture, 1956 Huile sur toile. Donation Alice Pauli, 2016.
Pierre Soulages(*1919 à Rodez, France) Peinture, 1956 Huile sur toile. Donation Alice Pauli, 2016.
FIBICHER Bernard/Donation Alice Pauli, 2016
Giuseppe Penone (*1947 à Garassio, Italie) Luce o Ombra, 2011 Sculpture en bronze, or et granite. Donation Alice Pauli, 2016.
Giuseppe Penone (*1947 à Garassio, Italie) Luce o Ombra, 2011 Sculpture en bronze, or et granite. Donation Alice Pauli, 2016.
FIBICHER Bernard/Donation Alice Pauli, 2016
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Le scénario devient presque une habitude… Certains mardis, juste avant la séance du Grand Conseil, qui a tenu et tient encore entre ses mains la concrétisation finale du projet Plateforme10, c’est l’heure idéale pour les grandes annonces! Celle faite marci a d’ailleurs le poids et la valeur «de quinze ans de budget d’acquisition du Musée cantonal des beaux-arts (MCBA)», s’enthousiasmait le conseiller d’Etat Pascal Broulis. Mais au-delà de cette politique de communication volontariste, engagée ces deux dernières années par les édiles vaudois pour faire de chaque nouvelle entrée dans les collections la marque d’un soutien enthousiaste et absolu au projet, il y a des œuvres. Des histoires. De la générosité.

En plus de s’être imposée sur le circuit des galeries internationales, Alice Pauli a cet art-là! Les trois pièces qu’elle a choisi d’offrir mardi à la collectivité, la Lausannoise les a acquises récemment dans l’idée de les lui donner. D’abord le Soulages, une huile historique de 1956, une œuvre charnière réalisée avant que le peintre français ne devienne ce maître de l’Outrenoir avec lequel Alice Pauli chemine en galeriste et collectionneuse. Mais surtout… en inconditionnelle: ses autres acquisitions sont à voir jusqu’au 23 avril à l’EPFL, dans le cadre de l’exposition «Noir, c’est noir».

«C’est Giuseppe Penone qui a choisi ce qu’il avait envie de réaliser»

Passionnée, la collectionneuse l’est aussi pour l’œuvre de Giuseppe Penone – qu’elle a exposé en 2015 –, figure significative de l’Arte povera et autre ténor de la scène internationale à faire son entrée au MCBA. «Je lui avais passé commande d’une sculpture pour moi en lui disant aussi qu’un jour elle serait pour le musée. C’est lui qui a choisi ce qu’il avait envie de réaliser.» Geste sculpté reliant la terre et le ciel, Luce o Ombra est là, avec ses 15 mètres de haut. Enigmatique. Sensuel. Sublime.

Rares sur le marché, Soulages et Penone font partie des artistes que les grands collectionneurs se disputent sur le stand de la galeriste lausannoise depuis des années à Art Basel. Par contre, impossible d’y rencontrer Anselm Kiefer: l’Allemand, qui fait œuvre de mémoire et de sagesse entre les mythes et les démons de l’histoire, interdit à ses marchands de le présenter dans ce cadre. Alors, l’idée d’une donation déjà à l’esprit, Alice Pauli a foncé à Vienne l’année dernière alors que l’artiste vernissait une grande rétrospective. «Il m’a invitée à son atelier et nous avons choisi ensemble Die Rheintöchter, 1982-2013», glisse-t-elle, le sourire de la joie du partage aux lèvres. Soutien d’importance pour un musée d’envergure dans une ville où, avec son mari et son fils, elle n’a eu de cesse de créer l’événement (galeries pilotes, Biennales de tapisserie, expositions dans sa galerie), Alice Pauli a dit ce «plaisir», avant d’ajouter sur le ton de la confidence: «Les autres suivront mais… pas tout de suite.»

Un joli chèque et un exploit A ces trois bonheurs pour l’institution s’ajoutent le don de 1 million de francs consenti par la Fondation Art et Vie – l’objectif du financement privé à 34,2 millions pour le futur MCBA est ainsi bouclé – ainsi que le prêt à long terme d’une huile du XVIIIe siècle. Une autre belle histoire. Disparue des radars entre 1844 et 2007, classée ensuite patrimoine d’intérêt majeur par la France, La tarentelle du peintre morgien Jacques Sablet (1749-1803) aurait pu y rester, convoitée par le Musée d’Ajaccio. Mais, faute de fonds nécessaires, l’œuvre est demeurée en vente et la deuxième tentative aura été la bonne pour la Fondation Gottfried Keller, qui a déjà réuni plus de 6000 œuvres à l’intention de la Confédération. «Egalement sur les rangs, ajoute la conservatrice en chef du MCBA Catherine Lepdor, nos collègues du Louvre nous envient très certainement.»

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