Stan Lee sourit d’outre-tombe

Super hérosAlors que le jeune homme araignée reprend la toile dans «Spider-Man: Far From Home», feu son boss est célébré dans un livre monumental.

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Si «Spider-Man: Far From Home» s’ouvre sur une notice nécrologique, celle-ci ne pleure pas Stan Lee, disparu en novembre dernier, mais Tony Stark alias Iron Man, La Veuve Noire et Captain America. Sacrifiés sur le front d’«Avengers Endgame» en avril, souligne ce clip in memoriam, les trois superhéros ont permis à la planète de récupérer sa population humaine promise au massacre. Les kids ressuscitent et reprennent le cours de leur vie comme si rien ne s’était passé. Et les studios Marvel de continuer à perpétuer le mythe, immortalisant encore ses chers disparus dans un générique relooké. Par contre, inutile de chercher leur génial patron dans une de ses légendaires apparitions furtives, la maladie ayant contrarié le tournage d’un caméo. Au total, le moustachu débonnaire en aura tourné plus de cinquante, jusqu’à flirter dernièrement encore, comme un jeune premier fringant de 95 ans, avec la énième incarnation de la blonde Captain Marvel, Brie Larson.

Plus sérieusement, «Spider-Man: Far From Home» vient en appendice inespéré à «Avengers Endgame». L’épisode marque aussi la fin d’une ère célébrée dans «The Stan Lee Story», monumental ouvrage riche de plus de mille documents, fac-similés inédits, confidences ultimes, archives familiales, témoignages de Jack Kirby, etc. Conçue durant une dizaine d’années par l’historien Roy Thomas, la somme réussit à dépasser l’hagiographie pure et simple par l’autodérision malicieuse de son sujet. Ainsi, en préface, le principal concerné rigole et suggère presque d’utiliser l’objet comme un haltère pour se muscler des biceps de superhéros. Durant une longue existence chahutée, Stanley M. Lieber a apprivoisé assez de Hulk et autre X-Men pour thésauriser l’humour noir comme arme fatale.

Pour tout dire, ce géant de la pop culture entame ses mémoires avec une confession: «J’aurais voulu être un acteur.» D’une enfance dans le New York de la Grande Dépression, à sa découverte de l’industrie des comics à 17 ans et à la création d’un panthéon iconique qui règne désormais à coups de milliards sur le monde, il semble avoir vécu dans un de ces «multivers» super-héroïques voués à l’infini. Cet homme, qui signait «Excelsior!» pour dérouter les imitateurs tentés de le suivre vers la plus haute gloire, s’enchanterait de voir les spéculations électriser la Toile, du moribond Mysterio toujours malfaisant dans ces avatars à répétition, à l’ambigu Nick Fury. «Mes histoires de superhéros sont des contes pour les adultes», disait-il. Et un éternel recommencement depuis la naissance de Spidey en 1962. Quand le réalisateur Sam Raimi relança Spider-Man au XXIe s., sa trilogie semblait aussi définitive que le diptyque concurrent des Batman de Tim Burton. Puis d’autres vinrent redessiner l’homme-araignée, étirer son collant sur de nouvelles préoccupations. Et tirer les fils de quelques chapitres à l’inépuisable histoire Marvel.

Créé: 02.07.2019, 18h20

Critique

Spidey, la grande illusion

«Spider-Man: Far From Home»

De Venise à Paris ou Prague, «Spider-Man: Far From Home» prend souvent des airs de mission impossible. Ou de Bond sans James, Bourne sans Jason. Par bonheur, cet ahuri de Peter Parker (Tom Holland) reste aux commandes de ce divertissement, prêt à s’ébahir avec le spectateur de la magie des effets spéciaux et du monde truqué dans lequel les ados évoluent désormais. Jouant la mise en abyme, l’intrigue porte le deuil des Avengers. Qui, désormais, pour remplacer Iron Man et ses fidèles? La combinaison semble trop stressante encore pour Spider-Man qui avec ses camarades d’école prend des vacances en Europe. Là, rattrapé par Mysterio, il va lui falloir combattre et suivre son destin de superhéros. Marvel, en énième phase de reconstruction, élabore ici une double stratégie. L’intrigue de base joue la carte jeuniste sur le mode de «La folle journée de Ferris Bueller», avec gags de potache au campus et bluette candide. Sur le fond pourtant se dégage une critique de la société moderne plutôt inédite dans la production Marvel.

En basculant sans cesse de la pure fantasia virtuelle à la réalité contemporaine, Spider-Man met le doigt ganté de capteur sur les dérives technologiques dans l’air. Du kid qui bloque son téléphone pour ne pas être localisé, aux selfies multipliés à l’infini, en passant par les sites internet spécialisés dans la propagation de fake news, tout passe à la moulinette des superlunettes léguées par le visionnaire Tony Stark à son poulain. Prénommées Edith, les fameuses bésicles bleutées du milliardaire défunt deviennent cet assistant personnel qui, à coups d’algorithmes, comprend son propriétaire mieux encore que lui ne se perçoit. Comme l’analyse Happy: «Nul ne peut égaler Tony Stark, même pas Tony Stark!» L’autodérision réside encore dans le détail. Ainsi des drones qui constituent l’armée de Mysterio, propres à projeter des écrans de fumées et d’images, et qui portent le logo des usines… Stark. Ainsi du rôle même de Mysterio qui, au-delà de sa volonté d’éliminer Spider-Man, ne précise pas vraiment ses intentions futures. «Les gens sont prêts à croire n’importe quoi» fulmine cette ambiguë créature. N’est-ce pas le premier principe du cinématographe?
C.LE

«The Stan Lee Story»
Stan Lee, Roy Thomas
Ed. Taschen, 624 p.

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