Stephen Frears au GIFF: «Les héros mal-aimés sont les plus intéressants»

FestivalLe grand cinéaste britannique était ce week end à Genève pour parler de sa série.

Stephen Frears était à Genève ce week end pour présenter le premier épisode de «A Very English Scandal».

Stephen Frears était à Genève ce week end pour présenter le premier épisode de «A Very English Scandal». Image: GEORGES CABRERA

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Invité de la dernière heure, Stephen Frears était bien au GIFF ce week end, accompagné de John Preston, auteur du livre qu’il a adapté en minisérie, «A Very English Scandal». Il s’agit de l’évocation d’une affaire qui fit couler des flots d’encre au Royaume-Uni. Connue sous le nom d’affaire Thorpe, elle implique un député et dirigeant du Parti libéral, alors accusé d’avoir une relation homosexuelle avec un garçon d’écurie qui deviendra mannequin, Norman Scott. Nous sommes à la fin des années 60, et l’homosexualité est alors illégale. La présentation du premier épisode a été l’un des événements de samedi. Dans la foulée, nous avons rencontré le cinéaste, venu parler de son travail.

Vous sentez-vous plus libre lorsque vous faites un film ou lorsque vous réalisez une série comme celle-ci?

Je n’ai pas songé à cela. Pour cette histoire, «A Very English Scandal», produite par la BBC, nous étions à la bonne place. Je n’ai subi aucune pression. Je n’ai pas eu non plus d’anxiété à cause de ces objectifs d’audience qui peuvent peser lorsqu’on tourne un film.

L’histoire que raconte la série, basée sur des faits réels, n’est pas très connue en dehors de l’Europe. Pourquoi vous fascine-t-elle?

Parce qu’il s’agit d’une histoire d’amour, qu’elle concerne tout le monde et qu’en même temps, elle est complètement absurde.

Comporte-t-elle encore une part de mystère?

Oh non, tout a été résolu. Enfin, il reste quand même un mystère: pourquoi le juge était-il si stupide? C’est incompréhensible.

Thorpe est aujourd’hui décédé mais Scott, retourné à l’anonymat, vit toujours. Avez-vous pensé à le rencontrer?

Mais je l’ai rencontré, en effet. Je peux même vous assurer qu’il est très drôle. Il est très heureux que j’aie pu faire cette minisérie car pour la première fois de sa vie, cet homme est cru. Durant des années, personne ne l’a cru. C’était sa croix, son calvaire, d’autant plus que l’homosexualité n’avait encore pas de caractère légal.

La même histoire aurait pu donner lieu à un film, vous ne trouvez pas?

Il y a des gens qui ont voulu en faire un film. Sauf qu’un long-métrage doit en général durer autour des 90 minutes. C’est un peu la norme. Et pour tout faire tenir dans cette durée, c’est difficile. Là, il aurait fallu tout expliquer, tout détailler, de l’affaire au procès qui s’est ensuivi. Cela ne tenait jamais en environ 90 minutes.

«J’ai besoin de travailler sur des personnages réels, ou qui ont vraiment existé. La vie réelle reste de toute façon plus forte que le cinéma»

J’ai l’impression que vous avez de l’affection pour les personnages mal-aimés. Quand on regarde quelques-uns de vos derniers films, c’est frappant. Florence Foster Jenkins, cantatrice ratée et ridicule dans le film du même nom. Le champion cycliste Lance Armstrong dans «The Program». Et enfin Jeremy Thorpe, joué par Hugh Grant, dans «A Very English Scandal».

Et vous pouvez rajouter la reine Elisabeth II dans «The Queen», qui revenait sur la pire semaine de sa vie, celle qui a suivi la mort tragique de Lady Diana. Les héros mal-aimés, comme vous dites, sont à mon sens les plus intéressants. Tous ceux que vous citez me passionnent. Foster Jenkins est fascinante dans sa supercherie. Et Lance Armstrong véhicule tout un tissu de contradictions. Mais j’ai besoin de travailler sur des personnages réels, ou qui ont vraiment existé. La vie réelle reste de toute façon plus forte que le cinéma.

Et la réalité virtuelle, qu’on peut tester au GIFF, cela vous inspire?

Non, cela ne m’intéresse pas. Cela n’a aucun rapport avec le cinéma.

C’est vous qui vous êtes occupé du casting de «A Very English Scandal»?

Oui, et personne d’autre. Car lorsqu’on choisit mal, tout est fichu, vous savez. Au départ, j’ai choisi Hugh Grant et ai rencontré Ben Whishaw, qui a finalement été parfait dans le rôle de Norman.

Vous aimez aussi vous entourer des mêmes techniciens d’un film à l’autre. Est-ce par commodité?

C’est surtout plus simple. Et pourtant, il y a pas mal de postes qui diffèrent d’un film à l’autre.

Vous arrive-t-il de revoir vos vieux films?

À quoi bon puisque je ne peux plus les changer? S’ils sont réussis, il n’y a rien à modifier, donc aucun intérêt à les revoir. Et s’ils sont ratés, les visionner n’engendre que de la frustration.

Songez-vous déjà à votre prochain long-métrage?

Pas du tout. Il va encore falloir attendre. Je n’ai en tout cas pas de choses conscientes à dire dans un film. Quant aux inconscientes, je ne sais pas encore. J’attends le bon script, c’est-à-dire celui qui soulagera mon esprit de toutes mes pensées. (24 heures)

Créé: 05.11.2018, 17h49

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