Du sublime alpin à la mort, «Luxe, calme» ne trouve pas d’au-delà

CritiqueA Vidy, la pièce de Mathieu Bertholet se laisse réduire à un dispositif. Décevant.

Un palace alpin pour un ballet de luxe un peu vain, entre tourisme suranné et industrie du suicide.

Un palace alpin pour un ballet de luxe un peu vain, entre tourisme suranné et industrie du suicide. Image: MATHILDA OLMI

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Invoquant le Baudelaire de L’invitation au voyage, Mathieu Bertholet émascule le poète en ne gardant que les deux premiers termes de son hexasyllabe demeuré fameux. Exit la volupté, nous voici devant Luxe, calme. Le principe de la pièce croise deux spécialités helvétiques: les Alpes en lieu de séjour haut de gamme grâce à des palaces cossus; l’assistance au suicide, nouvelle forme très contemporaine de tourisme. Le sublime et la mort.

L’idée est séduisante, même si le lien de continuité entre ces deux réalités ne relève pas de l’évidence. L’auteur et metteur en scène choisit de chorégraphier une dérive visuelle de l’une à l’autre. La pièce débute dans un hôtel élégant du XIXe, mais, malgré son décor, elle ne prend pas la forme d’un drame bourgeois ou d’un vaudeville. Les personnages, réduits à des emblèmes récitant des répliques à la numérotation clamée, entament un curieux ballet. Quiétude. Accélération. Tourbillon. Au fil des chambres qui se remplissent et se vident, une nouvelle situation prend insensiblement le pas sur scène: celle d’un mouroir clinique.

La réalisation est virtuose et confine parfois à l’hypnose. Mais cette traduction scénique d’une relation diffuse n’ouvre sur aucun développement, ne se laisse pas incarner par des acteurs ramenés à la fonction de pièces d’une mécanique. Trop formelle, la proposition se laisse réduire à son dispositif, seul argument en faveur des prémices, à part cette accusation imprécise et récurrente de mercantilisme. Le sublime finit gaussé et la mort ne fait que bâiller.

Créé: 12.03.2018, 11h21

La pièce

Lausanne, Théâtre de Vidy
Jusqu’au di 18 mars
Rens.: 021 619 45 45
www.vidy.ch

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