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Un sublime pétage de plombs à l'islandaise

Ode à une éco-guerrière contemporaine, «Woman at War» est porté par Halldora Geirhardsdottir. Actrice de choc.

Enroulée dans le velours provincial de l’hôtel Mirabeau, Halldora Geirhardsdottir savoure en princesse. La cinquantaine rugissante, la comédienne islandaise, toujours auréolée de ses succès sur la Croisette en mai, dévore les plaisirs de l’existence dans l’instant.

«Woman at War», récit picaresque de l’écoguerilla menée par une intrépide contre les investisseurs chinois dans les fjords sauvages, a dopé son énergie. Dans cette fable militante, la blonde à la stature athlétique de Viking, mue en Artémis antique qui détruit pylônes et autres installations polluant ses chers paysages. Tous les flics du pays traquent la chasseresse anonyme. «Je suis une amie d’enfance du réalisateur Benedikt Erlingsson mais il n’a pas pensé à moi tout de suite pour cette paria.» Et pourtant, l’enfant de la balle s’est taillé une réputation de pasionaria magnifique en ses terres. The Grapevine, magazine branché de Reykjavík, la présentait même comme la femme idéale à la présidence de l’Islande. «Et pourquoi pas?» s’amuse l’intéressée. Saxophoniste surdouée à 6 ans, sur les planches à 11 au National Theater de Reykjavík, leader d’un groupe de rock à l’adolescence, clown professionnel, écrivain, dramaturge, metteur en scène, la créature généreuse a même porté cinq enfants. Détail amusant, elle a mené toutes ces vies avec un patronyme impossible à caler sur une affiche, Halldora Geirhardsdottir. «Oh, j’y tiens, et chez nous, ce n’est pas un problème. Mon prénom devient Dora ou Halla, le nom se décompose en «fille de Geirhard». Mes frères sont des Geirhardsson, ma mère est «femme de Geirhard». Toute une généalogie s’exprime dans ces noms mouvant selon les périodes de l’existence.»

Le lien familial blinde aussi le scénario de «Woman at War». Sa belliqueuse héroïne, forte et solitaire, a lancé une demande d’adoption qui se concrétise par l’arrivée d’une petite Uruguayenne à l’aéroport. Pile au moment où la hors-la-loi devrait fuir la police. S’avance alors sa sœur jumelle, parfait duplicata physique au mental de nonne bouddhiste pacifiste. Miraculeuse. «Dans mon pays, les légendes vibrent encore dans l’air que nous respirons. Nous n’admettrons jamais croire dans les elfes, les trolls et autres fées mais nous les prenons très au sérieux. Ainsi nos berceuses sont émaillées de récits parfois terrifiants, des chants qui endorment nos enfants avant qu’ils soient précipités dans les torrents. Tout un écosystème…»

Entre deux fables ensorceleuses, Dora-Halla, en digne «fille de», insiste sur les racines: «La nature s’inscrit sans cesse dans nos vies, elle les rend plus dynamiques, elle sculpte notre avenir, coule dans nos veines. Cela semble si évident de la protéger. Quelle outrecuidance d’imaginer que nous pouvons changer un environnement qui fonctionnait en harmonie depuis des millénaires?»

Depuis la grave crise économique qui frappa l’Islande en 2008, la mentalité a été ébranlée, dit cette militante convaincue. «Longtemps, nous avons bataillé pour l’égalité des droits sociaux, femmes et hommes, l’écologie etc. Nous avions l’impression d’avoir acquis la liberté. Ou du moins, qu’elle était à portée de main. Désormais, dans notre toute petite sphère d’action, nous n’oublions plus cette fragilité des communautés restreintes.»

Un sourire ironique aux lèvres, la sensuelle comédienne avoue: «Et nous nous laissons rattraper par le manque de discipline. Notez, cette absence de rigueur favorise la créativité. Prenez mon cas: si j’étais plus obstinée, plus conquérante, j’imagine que je pourrais travailler à l’étranger. Mais je préfère rester un petit poisson qui nage librement dans l’océan.» D’un soupir, Hallda balaie tout compliment quant à la modernité du modèle islandais. «J’ai cinquante ans, une expérience solide, des opinions aussi respectées que celles des hommes. Et pourtant, je ne suis pas payée à l’égal de mes confrères. Voilà la réalité.»

Alors, cette présidence de l’Islande, la briguerait-elle? «Nous manquons de femmes politiciennes et nous avons vécu sous la gouvernance mâle depuis si longtemps… À notre tour d’y aller! Et les jeunes recrues ne manquent pas, ces filles m’épatent car elles s’avancent dégagées de féminisme obtus, si malignes et instruites du monde contemporain, de ses paramètres globaux.»

Petit poisson dans son bocal ou sirène en eaux internationales comme ces jours, l’artiste ne semble jamais se noyer. «C’est une aventure géniale que «Woman at War» et d’aller ainsi dans les grandes villes européennes le défendre, pourrait enivrer. D’ailleurs, ça me grise parfois! Mais ma carrière m’attend, dans ce bon vieux National Theater où je joue depuis plus de vingt ans. J’ai toujours vécu ainsi, par interludes, en mélangeant les épisodes comiques et tragiques, engagés et burlesques. Je ne veux ni m’ennuyer ni devenir un buffet d’époque rangé dans un coin de la salle à manger.»

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