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Suivre René Char, de la terre au cosmos

La Fondation Michalski à Montricher retrace dans un riche parcours trente ans de création du poète français.

Fac-similé du poème «L'alouette», enluminé par Victor Brauner, paru dans «Le monde de l’art n’est pas le monde» (Maeght Editeur, 1974), aussi déposé à la BCU à Lausanne.
Fac-similé du poème «L'alouette», enluminé par Victor Brauner, paru dans «Le monde de l’art n’est pas le monde» (Maeght Editeur, 1974), aussi déposé à la BCU à Lausanne.
Succession René Char/Victor Brauner Pro Litteris Zurich/Maeght Editeur

Albert Camus disait de lui qu’il était «le plus grand événement de la poésie française depuis Rimbaud». René Char (1907-1988) a marqué le XXe siècle en tant que poète et homme, «colosse colérique et conquérant» à l’«accent provençal à couper au couteau», disait de lui son ami Paul Veyne. Bourgeois qui s’est intéressé très tôt aux marginaux, membre héroïque de la Résistance, explorateur de la veine surréaliste dont il se détachera, ami de nombreux artistes, le Français a creusé son propre sillon poétique. Il va bien au-delà de «Fureur et mystère», son recueil le plus connu paru en 1948 et marqué par la guerre. Dans une passionnante exposition, la Fondation Jan Michalski, à Montricher, en collaboration avec la spécialiste française de la poésie du XXe siècle Danièle Leclair, met en lumière ses œuvres ultérieures et les sources de son inspiration liée à son «pays». Tant réel qu’imaginaire, son monde couvre l’enfance, son Vaucluse natal, la faune, la flore, la préhistoire ou encore le cosmos.

L’impulsion est venue de la Bibliothèque cantonale et universitaire à Lausanne (BCUL), qui héberge un riche fonds lié au poète (lire ci-contre). Le patrimoine est complété par d’autres apports venus de la Bibliothèque Jacques Doucet, à Paris, ou de collections particulières. En quatre sections, le parcours forme un itinéraire chronologique qui accompagne le créateur sur près de trente ans, depuis «Le Soleil des eaux» (1949) jusqu’à «Aromates chasseurs» (1975). Le visiteur y découvre manuscrits, premières éditions illustrées, livres miniatures, mais aussi des photos qui éclairent les lieux où il a vécu. Sans oublier des fragments écrits sur des cailloux ou des écorces que cet inlassable marcheur ramassait au fil de ses balades. Sont exposés encore des ouvrages personnels de ce grand lecteur, comme «Le Temps retrouvé» de Marcel Proust annoté par ses soins, dont il connaissait des passages par cœur. Face à la réputation d’hermétisme de René Char, le parti a été pris de présenter des textes courts pour entrer plus facilement dans l’œuvre. La démarche est cohérente pour un auteur qui a beaucoup pratiqué l’aphorisme.

Char et ses «alliés substantiels»

Au fil de l’itinéraire se donne aussi à voir la constellation d’artistes, que le poète nomme ses «alliés substantiels», avec lesquels il a nourri des dialogues féconds, tels Miró, Braque, Giacometti ou Picasso. Car l’écrivain, non content de travailler ses textes parfois sur une longue période (jusqu’à dix ans pour «Lettera amorosa»), s’impliquait aussi beaucoup dans leur composition graphique. L’exposition rappelle aussi son engagement pour la défense de l’environnement comme sa campagne contre l’implantation de missiles nucléaires sur le plateau d’Albion en 1965, mais aussi sa passion pour l’Antiquité grecque, la préhistoire ou les arts premiers. Ces temps disjoints se relient au présent par la poésie.

Enfin, la nuit devient aussi source d’inspiration, tout comme le cosmos et les étoiles, en particulier la constellation d’Orion. La figure mythologique se fait double du poète, qui se voit comme un passeur entre le passé et le présent. Le parcours présenté à Montricher éclaire ainsi l’homme et son œuvre entre ombre et lumière, mais aussi cette mission que s’est assignée René Char dans «Les Feuillets d’Hypnos»: «Le poète, conservateur des infinis visages du vivant.»

Fondation Jan Michalski, Montricher Jusqu’au 29 septembre, avec divers événements et conférences. Infos:

fondation-janmichalski.com

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