Le syndic rassure les milieux culturels: pas d'économies générales

ProgrammeUn pôle théâtral au Vallon, une maison des cultures à la Cité… Le syndic Grégoire Junod dévoile quelques grands projets et fait le point sur la politique culturelle.

«De belles dynamiques traversent nos institutions, tout comme la scène plus underground», se réjouit Grégoire Junod.

«De belles dynamiques traversent nos institutions, tout comme la scène plus underground», se réjouit Grégoire Junod. Image: Philippe Maeder

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Une année après l’entrée en fonction de son nouveau chef du Service de la Culture, Michael Kinzer, le syndic Grégoire Junod lève le voile sur quelques projets d’avenir et clarifie la politique culturelle lausannoise. Car ces derniers mois, plusieurs polémiques ou menaces de coupes budgétaires ont inquiété certains milieux artistiques. Dans l’univers de la musique classique, avec un orchestre Sinfonietta qui devra revoir ses ambitions artistiques à la baisse. Du côté des scènes théâtrales, avec une partie de la profession qui accuse la capitale d’en faire trop pour les esthétiques contemporaines au détriment de formes plus classiques. Ou, plus récemment, autour d’un audit lancé afin de définir les priorités en matière de soutien aux musiques actuelles. Interview.

Les grandes manœuvres ont-elles débuté pour réduire la voilure en matière de dépenses culturelles?

Le monde culturel est un milieu qui a besoin de soutiens publics pour vivre et, dès que l’on lance des chantiers, cela suscite des inquiétudes que je comprends et que je souhaite apaiser. Je le répète: grâce à une politique de choix, la Municipalité arrive à concilier une politique financière prudente – engagée dans un programme d’assainissement budgétaire – avec une volonté claire de préserver des développements dans des domaines prioritaires. C’est vrai pour la sécurité, la petite enfance mais aussi pour la culture.

Aucunes économies linéaires au programme?

Non, il n’y aura pas de politique générale d’économie. La culture a vocation à se développer à Lausanne, même si des choix seront effectués et certains axes développés, quand d’autres pourront déboucher sur des synergies. Malgré un contexte financier fragile, le budget 2018 a vu, par exemple, les crédits pour la culture augmenter d’environ un demi-million de francs. Pour la première fois depuis longtemps, nous avons pu renforcer nos soutiens aux manifestations ou à la création indépendante dans le théâtre et la danse, mais aussi pour les arts plastiques.

La Ville multiplie les audits et les études. Il y a celle sur les musiques, actuelles et contemporaines. Vous en avez annoncé une autre autour des publics…

Étudier les publics est fondamental pour développer une politique ambitieuse d’accès à la culture. Cela manquait à Lausanne depuis des années. D’autres suivront sur les arts visuels et la scène.

Ces études sont-elles vraiment nécessaires?

Elles permettent de nourrir nos réflexions en croisant nos connaissances avec des regards extérieurs, en consultant les gens de terrain. Notre message et notre démarche sont clairs: ces études sont engagées dans le but de pouvoir mieux soutenir la culture lausannoise. Celle-ci se porte très bien, avec de belles dynamiques qui traversent nos grandes et plus petites institutions, tout comme la scène plus underground. Cette vitalité nous offre vraiment l’opportunité, aujourd’hui, de réfléchir à la diversité de l’offre culturelle, en restant réceptifs aux nouvelles initiatives. Les réflexions lancées doivent donc nous servir à trouver le juste équilibre dans un ensemble très large, un gros bateau qui représente 70 millions de francs de budget, entre le service de la culture, environ 60 millions, et celui des bibliothèques, environ 10 millions.

Depuis longtemps, Lausanne revendique une meilleure répartition des soutiens entre Ville et État. L’arrivée de Cesla Amarelle à la tête de la culture cantonale favorise-t-elle le dialogue?

Cela se passe très bien. Nous travaillons main dans la main avec le Canton pour le projet Plateforme 10. Nous préparons, aussi, l’accompagnement culturel des Jeux olympiques de la jeunesse de 2020. Le dialogue se passe donc très bien et nous avons, par exemple, signé de nouvelles conventions tripartites autour de l’Orchestre de Chambre et de l’Ensemble Vocal de Lausanne. Cette question du rééquilibrage des subventions culturelles est vraiment un dossier au long cours. Avec l’État comme avec les communes voisines, j’ai fait le choix de conduire ces débats autour des nouveaux projets. Car c’est toujours plus facile de partir ensemble en regardant l’avenir que de corriger le passé.

L’étude prévue sur les arts de la scène est-elle motivée par la polémique qui a traversé le milieu théâtral l’an dernier?

Non, mais peut-être y apportera-t-elle des réponses! Ce débat a été un peu caricatural car cela fait longtemps, en réalité, que Vidy n’avait plus été aussi ouvert à la scène romande. Le théâtre de texte y est aussi bien présent. Je n’ai jamais été partisan des chapelles mais, en écho aux questions soulevées, je souhaite que nous puissions rapprocher le 2.21 et le Pulloff, et créer au Vallon un pôle plutôt tourné vers le théâtre de texte et destiné d’abord aux compagnies locales. Ce serait cohérent. À côté de l’axe contemporain Vidy-Arsenic, il y aurait un continuum fort entre le TKM et le Vallon. Les premières discussions ont été lancées dans ce sens.

Comment imaginez-vous la Lausanne culturelle de 2030?

Je l’imagine aussi riche qu’elle l’est aujourd’hui. Le Capitole aura été transformé en Maison du Cinéma. Plateforme 10 existera. Et j’espère que l’on pourra, d’ici là, élargir l’accès aux différents publics. C’est une question importante et d’avenir.


Trois grands projets à venir

Les théâtres du Vallon

Les discussions ont tout juste commencé. La Ville souhaite regrouper, à terme, les activités, structures et outils du Pulloff et du 2.21, deux petits théâtres qui évoluent, aujourd’hui, côte à côte à la rue de l’Industrie. À côté de l’axe Vidy-Arsenic, tourné vers les esthétiques contemporaines, l’idée consiste à développer un axe Vallon-Kléber Méleau, «plus orienté vers la scène régionale et le théâtre de texte, mais pas exclusivement», explique le syndic. «J’imagine, au Vallon, un centre d’art scénique avec plusieurs plateaux mutualisés. Cela ferait sens du point de vue des équilibres esthétiques, afin de gagner en cohérence et de proposer une offre qui accompagne la très belle dynamique du TKM.» Les premières discussions ont été lancées afin de voir si les actuels responsables de ces deux théâtres sont à même de développer un projet commun. «C’est un projet compliqué mais important car je suis convaincu qu’il permettra d’affirmer encore plus Lausanne comme un pôle important et complet de la création théâtrale.»

La Maison Gaudard

L’avenir du bâtiment qui accueille le Mudac, jusqu’à son déménagement sur le site de Plateforme 10, se dessine. La Municipalité a posé les bases du projet futur, prévu pour 2020-2021. «La Maison Gaudard restera un lieu ouvert au public et aux acteurs culturels, confie le syndic. Nous imaginons une Maison des cultures vivantes, qui concilierait un espace d’exposition – notamment pour mieux valoriser la collection d’art de la Ville mais aussi le fonds de la bande dessinée – ainsi qu’un lieu de travail dévolu aux festivals lausannois.» Les bureaux de plusieurs manifestations devraient y être regroupés, dans le but de créer une fourmilière et de favoriser les synergies et le dialogue. «Afin de permettre à d’autres ponts de se tisser, nous espérons ouvrir des espaces de coworking, y installer des ateliers d’artistes et, comme annoncé dans notre programme de législature, une résidence d’artiste, de niveau international.» Avec un bâtiment rénové il y a quelques années, ce chantier n’impliquera pas de grandes dépenses, selon Grégoire Junod.

Les écoles de musique

Alors que la fusion EJMA-Conservatoire prend du retard et ne se réalisera sans doute pas avant 2019 (et l’arrivée d’une nouvelle direction du côté de la rue de la Grotte), celle des écoles de musique communales sera effective à l’automne. Elle réunira sous la même bannière l’École sociale, l’École de musique de la Ville de Lausanne, l’institut Musica Viva et celui de Ribaupierre ainsi que l’Harmonie. «Cela nous permettra d’avoir deux pôles complémentaires en matière d’enseignement musical non professionnel, avec d’un côté l’EJMA et le Conservatoire, plus axés sur l’excellence (avec des conditions d’accès qui dépendent d’un concours et des performances des élèves) et, de l’autre, un projet à vocation plus sociale et ouverte des cinq écoles de musique. Ces formations sont accessibles sans sélection préalable si ce n’est l’ordre d’inscription. Grâce à ce rapprochement, les familles lausannoises seront aussi plus nombreuses à pouvoir bénéficier de subventions pour les écolages.»

Créé: 22.02.2018, 06h43

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