Une «Double vie» à quatre mains

TélévisionRencontre avec Marie Fourquet et Léo Maillard, coscénaristes de la nouvelle série de la RTS.

Une casquette pour deux: l’auteure dramatique Marie Fourquet et le réalisateur Léo Maillard cosignent le script d’un «vaudeville existentiel» en six épisodes, réalisé par leur ami Bruno Deville, sur la rivalité, à leur insu, de deux veuves d’un seul homme.

Une casquette pour deux: l’auteure dramatique Marie Fourquet et le réalisateur Léo Maillard cosignent le script d’un «vaudeville existentiel» en six épisodes, réalisé par leur ami Bruno Deville, sur la rivalité, à leur insu, de deux veuves d’un seul homme. Image: Lucien Fortunati

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Dès jeudi et pour les trois semaines à venir, la RTS plongera ses téléspectateurs, à raison de deux épisodes par soirée, dans un drame psychologique sur fond de vignoble de Lavaux. Après le «Quartier des banques» genevois arpenté l’hiver dernier, on fraiera désormais avec Nina et Laurence, qui se découvrent rivales à la mort de l’être aimé, ce Marc à la «Double vie». Avec Bruno Deville à la réalisation et le tandem Marie Fourquet-Léo Maillard au scénario, c’est en revanche un triangle platonique pleinement soudé et consentant qui manœuvre cette coproduction belgo-suisse inspirée d’une série flamande. On alpague les coauteurs.

Comment vous a-t-on confié le scénario de «Double vie»?

Marie Fourquet: En général, la RTS fait passer aux candidats un «pitching» – un concours de scénarios – avant de produire une série. Sur ce projet, il en est allé autrement. Françoise Mayor, cheffe de l’Unité fiction, avait eu un coup de cœur pour une série flamande, «Dubbelleven», et nous a mandatés hors pitching – du jamais-vu. Pour nous, il s’est agi de nous approprier une commande, d’adopter un bébé qui n’était pas de nous.

Léo Maillard: Avec le réalisateur, Bruno Deville, nous avions déjà collaboré avec succès. Nous formons un trio d’amis au profil commun qui fonctionne à merveille. Personne n’avait de doute là-dessus.

En quoi vos activités passées de dramaturge et de cinéaste vous ont-elles servis?

M.F.: C’est surtout notre amitié qui a contribué au résultat. Notre moteur premier n’était ni le thème de la série, ni son genre vaudevillesque, ni ses personnages, mais le fait de la concevoir ensemble et de la tirer vers nos propres préoccupations.

La tromperie, le secret et le deuil se trouvent au cœur de l’intrigue. Pourquoi creuser ces thèmes aujourd’hui?

L.M.: La garantie pour que la série marche résidait dans l’intemporalité d’un sujet universel.

M.F.: Nous avons essayé d’en tirer une fiction sur l’émancipation féminine. La question est de savoir comment deux femmes se réinventent après la perte de leur compagnon. Prenant à contre-courant notre misogynie latente, nous avons féminisé toutes les professions associées aux hommes et masculinisé les comportements communément attribués aux femmes. La version flamande avait connu un gros succès. Elle s’achevait sur un happy end Ikea, avec les familles qui se rassemblent dans le pardon généralisé. Nous avons voulu quant à nous montrer que l’épanouissement ne se joue pas uniquement dans le couple et le travail.

Dans quelle mesure avez-vous puisé dans vos vécus?

M.F.: Quand nous avons reçu la commande, mon père venait de décéder et j’étais en plein divorce. Léo, qui a connu une séparation il y a longtemps, incarne maintenant la stabilité familiale. Nous avons allègrement, sans gêne aucune, puisé dans nos expériences. Les deux premiers épisodes collent au patron flamand, les suivants s’en écartent pour nous refléter.

Marie, vous vous êtes longtemps attachée au point de vue masculin dans la relation de couple. Vous effectuez ici un sacré virage!

M.F.: Ici, on est à fond dans le «female gaze». Ce virage correspond à une étape de ma vie. La question masculine me passionne toujours, mais je tenais à relever ce défi de rentrer dans la psyché féminine. Comprendre avec Nina et Laurence que le problème concernait moins Marc que la prison qu’elles s’étaient elles-mêmes construite, dans leur rêve de splendeur familiale et des conventions qui vont avec.

Comment s’y prend-on pour écrire une série à deux?

L.M.: Pour préserver l’intimité du sujet, nous avons passé beaucoup de temps ensemble dans la «writers’ room» mise à notre disposition. Nous collions des post-it tirés de nos vies personnelles sur le canevas général, selon une méthode assez artisanale. À distance, nous utilisions Google Drive, ce qui nous permettait de partager en direct, via internet. Nous procédons de la sorte sur tous nos projets communs. La difficulté, ici, consistait à réduire une douzaine d’heures de film à une demi-dizaine au final – il ne fallait pas montrer trop de sentiments!

La RTS est-elle intervenue dans l’écriture?

L.M.: «Double vie» répond d’abord au désir de sa responsable de la fiction. Nous étions surveillés de près! Il a fallu réajuster notre première version, qui mettait davantage l’accent sur l’aspect comédie. Sur la question du mensonge, de l’adultère, du deuil, tout le monde se montre chatouilleux!

Avez-vous eu votre mot à dire concernant le casting?

M.F.: Léo est également le directeur artistique du projet. Il a ainsi été impliqué tout au long du tournage, et au-delà. En tant qu’amie, j’ai été impliquée dans les décisions aussi. Nous savions dès l’origine qu’Anna Pieri interpréterait le rôle de Nina, et le lui avons découpé sur mesure. Suite à l’initiative «No Billag», nous nous étions fixé la contrainte politique d’une distribution exclusivement suisse.

Quelle réaction attendez-vous de la part du public?

L.M.: Esthétiquement, la série sera très différente de ce que les téléspectateurs ont l’habitude de voir. Il fallait qu’on apporte un surplus de style afin de créer une atmosphère intime. Les effets de miroir entre les deux héroïnes sortent déjà des sentiers battus du héros unique ou du récit choral. L’efficacité de l’action s’efface au profit de l’élégance des réactions psychiques.

M.F.: Les thèmes plutôt passe-partout nous ont permis de soigner une forme particulière. Notre collaboration est d’ailleurs telle que nous prévoyons de pitcher pour une nouvelle série en juin, et de coécrire une comédie romantique sur l’amitié homme-femme!


«Double vie»

Diffusion dès le 10 jan. sur la RTS. Projection intégrale le 27 dans le cadre des Journées de Soleure

(24 heures)

Créé: 08.01.2019, 16h09

Double bio

1973 Naissance de Léo à Lausanne.
1976 Marie voit le jour à Calais.
2000 Léo passe son diplôme de réalisateur à l’ECAL.
2001 Marie finit l’école internationale de théâtre LASSAAD à Bruxelles.
2004 Marie arrive en Suisse; Léo crée avec Bruno Deville l’association Flair.
2011 Léo signe le script de la série «CROM», réalisée par Bruno.
2014 Marie reçoit la bourse Leenaards et rencontre Bruno.
2017-2018 Léo achève l’écriture parallèle d’«Helvetica» et de «Double vie» tandis que Marie, devenue chroniqueuse à la RTS, voit son premier scénario aboutir
à la diffusion.
K.B.

Un secret fait basculer la vie de deux femmes

C’est dans l’écrin de la Riviera et de Lavaux, à Riex entre autres, que se déroule l’intrigue de «Double vie». «Ce décor très beau est un vernis sous lequel se passent des choses plus sombres», expliquait Léo Maillard dans nos colonnes en juillet dernier, alors en plein tournage dans la région.



Ce drame familial en six épisodes adapté d’une série flamande plonge dans la vie de Laurence (Marina Golovine) et de Nina (Anna Pieri) dont les destins basculent le jour où Marc (Bruno Todeschini) meurt brutalement. Les deux femmes découvrent alors que Marc, leur compagnon respectif, menait une double vie, alternant son temps entre sa compagne, mère de ses deux enfants, et son épouse «officielle».

À l’annonce du décès de cet architecte respecté, Laurence, sa compagne depuis vingt ans, tombe des nues en apprenant l’existence de Nina, la jeune épouse de son compagnon dont personne de leur entourage n’avait entendu parler. Entre chagrin et trahison, les deux veuves vont malgré elles apprendre à coexister.

À leurs côtés, on retrouve aussi les comédiens suisses Jean-Philippe Écoffey et Thibaut Évrard. R.M

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