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Bons baisers de «Sense8»

Les couples hybrides des sœurs, ex-frères, Wachowski font leurs adieux. Forcément hors norme.

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Après des adieux définitifs de deux heures trente, le générique final de «Sense8» ne laisse aucun doute. Cette fantasia sexuelle autour du globe entre homo sapiens de toute espèce ne pouvait pas durer. Dans un pot-pourri conclusif de scènes piquées ici et là dans les débuts de ces amours, toute l’énergie du show lancé en 2015 par les Wachowski étincelle avec une joie furieuse et inventive. À l’évidence, ce pur talent à parler de passion et civilisation a perdu de sa fougue bravache quelque part au milieu de la deuxième saison. Et même si le propos des Wachowski et de leur coscénariste Joseph Michael Straczynski s’est noyé dans un honnête thriller de S.-F. classique, la seule perte de tonicité rebelle aurait pu justifier l’annonce brutale de l’arrêt de la série l’an dernier.

Plus prosaïquement, les pontes de Netflix avancent alors un budget exorbitant et exponentiel, de 4, 5 millions de dollars par épisode en première saison à neuf millions en seconde, qui ne cadre plus avec leur cahier des charges. L’action se déroule dans 23 pays, avec une kyrielle de protagonistes, suivant un montage savant souvent improvisé qui nécessite des raccords coûteux. Depuis leur changement d’orientation sexuelle, les ex-frères Wachowski, désormais Lana et Lily, fonctionnent avec des exigences parfois surprenantes. Lana ainsi, sur le tournage des derniers épisodes, se ligotait littéralement à son chef opérateur pour obtenir une flexibilité maximale.

«Amor vincit omnia»

Les fans s’en moquent, contre toute attente, ils se mobilisent sur les réseaux du monde entier. Né d’une réflexion sur les mutations opérées par Internet dans le quotidien contemporain, «Sense8» sait parler aux internautes. Qui finissent par obtenir gain de cause: pas une troisième saison, mais un épisode final hors norme. Sur la Toile, Lana Wachowski confie dans une lettre ouverte son émotion, sa gratitude, son étonnement aussi. Après la dépression sévère qui a suivi la déconfiture, la cinéaste qui croyait que l’amour ne pouvait pas changer le monde, reprend espoir. «Après ça… si cette expérience m’a appris quelque chose, c’est qu’on ne sait jamais.» Pour un peu, dans l’esprit de cette épopée chorale humaniste, l’abonné Netflix lui tendrait un mouchoir en papier. La réalisatrice renifle et cite Virgile dans le titre final, «Amor vincit omnia», l’amour triomphe de tout.

La force de «Sense8» réside dans ce cocktail de bons sentiments extrêmes infusés d’action punchy, qui pulse et enivre sous des peaux sexy, blanche, jaune ou noire. Toute la palette raciale de la planète. Pour mémoire, l’intrigue se base sur huit héros. Ces «sensate», ou sensitifs, jouissent d’un pouvoir de communication supérieure qui leur permet de partager la plus infime émotion. En réseau, ces corps pluriels se branchent en mode de compréhension sublimée. Outsiders inspirés par les mutations intimes des auteurs, ils se livrent avec une authenticité totale. De quoi répercuter un message de tolérance dans une communauté «queer» souvent brimée. Ainsi, la fratrie Wachowski est devenue le porte-parole du «outing» aux USA. Surtout qu’après Lana révélée en Fifi Brindacier à tresses rose fluo en 2008, Andy a échangé un physique de mâle costaud au crâne rasé pour devenir une Lilly.

Identification quasi automatique

Mieux encore, dans «Sense8», les couples typés qui se forment lors de péripéties romanesques parfois dignes de Barbara Cartland, déclenchent une identification quasi automatique. De la blonde fluette nordique à la princesse indienne bourgeoise, du macho homo chatouilleux au Black candide et pudique, de la Californienne libérée à la Tokyoïte furtive, les profils flashent suivant des psychologies multiples. Divers, recomposés, ils évitent aussi de lourdes redites moralisantes. À ce niveau, plaisir supplémentaire d’une série qui ne cause que de ça, les auteurs résistent aussi à la tentation d’intrigues façon feuilleton de «pipelettes». Les petits soucis domestiques restent secondaires, cantonnés dans l’une ou l’autre séquence de bluette, d’ailleurs larmoyante.

Sages scénaristes de «Matrix», les sœurs tirent le fil S.-F., un complot lancé par l’image troublante de la sirène Daryl Hannah, qui se suicide pour enrayer les manigances d’un obscur bureau de biologie génétique intergouvernementale. Longtemps demeurera son concept de l’humain du futur, «l’homo sensorium» à la devise plus philosophique que le «Love and Peace» de jadis, «Amor vincit omnia».

«Sense8» Saisons 1-2 (28 épisodes), et final sur Netflix

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