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Le «Gothard» de la RTS est inauguré avec les honneurs

Une superproduction de 10,5 millions salue le chantier du siècle. Le cinéaste Urs Egger raconte.

Ouvrage d’exception, le plus long tunnel ferroviaire du monde, est immortalisé par la télévision suisse avec Gothard. Doté d’un budget de 10,5 millions de francs, ce chantier ressemble à celui qu’il raconte à plus d’un siècle de distance. «Sur le plateau, sourit le réalisateur Urs Egger, c’était la même tour de Babel que sur le site de la construction, avec des voix françaises, italiennes, suisses alémaniques, tchèques etc.» De 1882 à 1892, l’entreprise affiche un solide classicisme qu’un souffle romanesque oxygène. Même si dans la mine, l’atmosphère polluée par les poussières contrarie souvent la respiration. Pourtant, Gothard mérite le voyage. Passant de la grande à la petite histoire, ses concepteurs creusent l’explosion de la modernité à l’aube du 20e s. Dans le petit village de Göschenen, dans le canton d’Uri, Max l’ingénieur allemand, Tommaso le mineur piémontais et Anna la jeune logeuse suisse, bossent, s’aiment, se quittent. Le réalisateur Urs Egger s’explique sur cette épopée sous roche.

Ne craigniez-vous pas la caricature, l’Allemand arrogant, l’Italien buveur?

Tommaso aime le vin et les femmes, Max est traité de «petit con arrogant», c’est vrai... mais parce qu’à mon avis, sous la caricature, il y a toujours un grain de vérité. Cette combinaison émotionnelle de personnages évitait la sécheresse du récit historique. Je ne voulais pas superposer la construction du tunnel sur un background amoureux, j’ai cherché la fusion. Pas simple... nous avons mis deux ans et sorti sept versions du scénario.

Quel était votre axe personnel ici?

Une hiérarchie, et là, je parle de faits historiques, s’est dessinée, entre les ouvriers italiens qui s’étaient fait la main sur d’autres ouvrages monumentaux, et les ingénieurs qui eux, arrivaient souvent d’Allemagne et Autriche. De là, j’ai tenu à raconter l’histoire du point de vue des gens d’en bas, et pas d’en haut.

La coproduction s’imposait-elle malgré les contraintes?

Il n’y avait pas les sites naturels adéquats en Suisse, et les reconstituer aurait été cher, compliqué. Tout chez nous d’ailleurs, coûte plus cher, et le budget aurait été dépassé de 3 ou 4 millions. Et les contraintes ne pesaient pas tant... Un exemple au hasard, nous avons été forcés de tourner à Prague mais l’accueil était excellent, avec un cofinancement du gouvernement tchèque de 20%.

Le panachage des acteurs était-il imposé, Carlos Leal par exemple?

Il est bon, non? Et très connu chez vous, n’est-ce pas? C’est amusant, car ce sont les Suisses allemands qui ont suggéré son nom. Et ça colle à l’histoire puisque son personnage, Louis Favre, était genevois. Dans le même ordre d’idée, nous avons pas mal de comédiens allemands mais parce que l’histoire l’exigeait.

Pourquoi ce format, pas la minisérie?

En Allemagne à Berlin où je travaille beaucoup, le 2 X 90 minutes est un format répandu, surtout pour les films historiques. Le diptyque peut se recouper en minisérie suivant les chaînes qui l’achètent. De toute façon... je suis bien conscient que la production télévisuelle vit un moment charnière. Les spectateurs consomment sur tablette ou téléphone, les médias télévisés sont enlisés dans une lourdeur inhérente à leurs structures. Tout est à réinventer!

Comme ces constructeurs de 1883...

Et nous le montrons. Quand Louis Favre commence, il ne sait pas comment il va boucler sa commande. Ce granit si dur, par exemple. Or, cette époque voit chaque mois surgir une invention nouvelle. Et miracle, Alfred Nobel arrive avec la nitroglycérine pour remplacer la poudre noire. Cette dynamite, comme d’autres innovations, expliquent qu’ils aient à peu près tenu leur budget, au contraire de nos gros chantiers étatiques contemporains, des JO à l’aéroport de Berlin.

Le succès du Gothard a-t-il une particularité inhérente à la Suisse?

Cette histoire du «franc-Favre» quand les caisses sont vides de liquidités. Cette manière d’avoir confiance dans l’avenir et de convaincre des ouvriers d’être payés plus tard, il faut avoir l’idée!

Tunnel du Gothard documentaire, RTS 2, di 11, 21h; Gothard, le film RTS, lu 12, 20h45, suivi du «Making of» à minuit. Egalement en DVD; Passe-moi les jumelles, Les dessus du Gothard RTS, ve 16.

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