Maïtena Biraben, guerrière du PAF

Paroles parolesL’animatrice franco-suisse revient en Suisse le temps d’un été sur la RTS. L’occasion idéale de discuter avec cette femme de poigne.

Image: RTS/Philippe Christin

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Elle arrive le dos en vrac, coincée, incapable de se bouger librement. Stress? Mauvais mouvement? On n’en saura pas plus. La dame n’a pas pour habitude de se plaindre. Entre sourire et serrement de dents, elle se hisse sur une chaise haute. Pas un gémissement. Même percluse de douleur, Maïtena Biraben transpire la force. «La bagarre, c’est mon domaine», glissera-t-elle plus tard. On la croit volontiers. Oui, Maïtena Biraben est une guerrière, une combattante à l’énergie furieusement télégénique, aussi à l’aise dans le coup-de-poing que dans le coup de cœur, le sens de la repartie en bandoulière. Près de vingt ans après Ça colle et c’est piquant, émission emblématique de la TSR, l’ex animatrice de Canal Plus revient à ses premières amours, le temps d’un été, pour une série de huit émissions. Rencontre avec une forte tête.

Votre C.V est éclectique: des chroniques mode, des chroniques cinéma, l’émission Les Maternelles, la Matinale ou encore le Grand Journal de Canal Plus… Quel est le fil rouge?

Le fil rouge, c’est la vie! A mon sens, la télévision sert à raconter ce que les gens se racontaient autrefois sur la place du village. Elle doit parler de nous, des autres, du monde dans lequel on vit, des enfants, de la politique. La vie déborde sur ce que je fais, c’est une question de nature. Je revendique l’élégance de la légèreté, même si pour certains, cela s’apparente à du vide. J’aime pouvoir parler de la piperade et la minute d’après interviewer un président de la république. Ecran total , l’émission que je présente cet été pour la RTS reste dans cette lignée: un grand entretien avec une personnalité qui a impacté notre époque de façon singulière. Le chef étoilé Thierry Marx par exemple, mon premier invité, a eu une vie extraordinaire. C’est un être riche, dense, généreux, complexe, solaire…

Comment êtes-vous revenue à la RTS?

C’est Philippa de Roten, la directrice des programmes Société et Culture de la RTS qui m’a contactée. Elle est venue me voir à Paris, on a déjeuné ensemble et cette conversation a duré quelques mois. J’avais vécu une année difficile et elle a su me laisser du temps. La télévision donne beaucoup, certes, mais elle prend aussi énormément. Je suis une princesse, je ne veux plus m’abîmer, j’ai décidé d’avoir le choix. Ce qui m’a convaincue, c’est la proposition de faire quelque chose de novateur, de créatif. Dans Ecran total, il n’y a pas de décors, juste des images projetées sur les murs, qui interagissent avec l’invité. C’est nouveau, ça m’a plu.

Peut-on imaginer une collaboration à long terme?

Non, cela reste une collaboration temporaire. Le but n’est pas de revenir, ma vie n’est pas ici. Cela dit, longtemps je me suis sentie comme étrangère dans cet endroit qui avait pourtant été chez moi. Du coup, j’apprécie le fait de retravailler en Suisse, de ne plus être une passagère clandestine, de renouer avec l’esprit des lieux. C’est une reconnexion et c’est particulièrement agréable.

Justement, quelle relation entretenez-vous désormais avec ce pays?

Il y a deux façons d’arriver en Suisse: travailler dans la finance ou épouser un Suisse. J’ai pris la seconde option. Aujourd’hui, je reste très attachée à ce pays que je connais très bien. Je suis Suissesse et mes enfants sont Suisses, je fête l’Escalade chaque année avec une marmite, mes références sont la Migros et la Coop… Je revendique pleinement cette nationalité, mais désormais ma vie est ailleurs.

Vous avez quitté Canal Plus dans des circonstances particulières (ndlr: Maïtena a été licenciée pour «faute grave», ce qu’elle conteste aux Prud’hommes). Le monde de la télévision est-il donc si dur qu'on le dit?

On me dit tout le temps que mon milieu est violent. Tout au long de ma carrière, j’ai été intermittente du spectacle, par choix. Je n’ai signé que tardivement un «vrai» contrat car je trouvais confortable à ce moment-là de savoir enfin ce que j’allais faire l’année suivante. Mais le métier que j’exerce dépend du désir de l’autre, qu’il s’agisse du producteur ou du téléspectateur. Or, lorsque l’on vit du désir de l’autre, ne plus susciter de désir peut s’avérer très violent. Ce n’est pas ce qui s’est passé chez Canal. Je conteste ce licenciement car il est illégal. A mon sens, lorsque l’on prend des engagements, on les tient et ce n’est pas ce qu’a fait Vincent Bolloré (ndlr: le PDG du groupe Canal Plus) . La loi est de mon côté alors je me défends. J’ai rendez-vous aux Prud’hommes le 1er mars 2018, et je suis impatiente de pouvoir enfin raconter ce qui s’est passé.

Pourquoi ne pas l’avoir fait avant?

Parce que j’estime qu’il y a un espace pour parler de ça, en l’occurrence les Prud’hommes, et parce que je trouve plus élégant et plus respectueux de raconter mon histoire dans ce cadre-là. Je me mets au même niveau que tous les gens qui, comme moi, se retrouvent licenciés pour ce qu’ils estiment être de mauvaises raisons mais qui, contrairement à moi, n’ont pas les colonnes des journaux pour se répandre. Un licenciement, ce n’est pas anodin, c’est d’une violence extrême, ça secoue beaucoup de choses, ça questionne. La majorité des gens qui vivent cela a beaucoup moins de chance que moi. Je n’ai pas peur, je suis sereine. Et puis la bagarre, c’est mon domaine. C’est plutôt la douceur qui m’impressionne et on ne peut pas dire que Vincent Bolloré en ait beaucoup.

Comment a réagi le monde de la télévision?

Mes confrères et consœurs étaient plutôt effarés. Le fait de se faire virer n’est pas nouveau, mais cette violence est assez inédite. Mais la brutalité, c’est la marque de Vincent Bolloré. En tant qu’animateur, on travaille avec ce que nous sommes, notre matériau c’est nous-même. Si les gens ne nous voient plus, ils ne nous aiment plus, d’où la violence. Il faut être sérieusement construite pour y faire face. Par chance, j’ai commencé à la télévision en étant virée, j’ai donc toujours su cette violence. Heureusement pour moi, ma vie n’est pas là, je suis bien entourée, j’ai plein d’amis, je suis solidement construite.

Est-ce cette étape de votre vie qui vous a mené à écrire un livre de cuisine?

Oui, j’avais besoin de faire quelque chose de joli. Cette dernière année m’a effacée, je voulais trouver du lien, un projet qui soit beau, qui rassemble et qui soit accessible. D’où la cuisine. Et cherchant des recettes de courgette, je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de livre sur les légumes de saison. Je me suis dit «OK, je vais l’écrire». Etant donné que je n’ai absolument aucun sens de la hiérarchie, j’ai harcelé une maison d’édition. Le résultat s’appelle «Légumes - Ils vont vous surprendre», écrit en collaboration avec le chef Pierre Etchemaïté. Je suis fière de ce livre, c’est une joie immense pour moi. D’autant que je suis convaincue que nous sommes ce que nous mangeons. Je lutte contre la nourriture vide.

«Ecran total» Dès mardi 20 juin 2017 à 22 h 15 sur RTS Un. «Légumes - Ils vont vous surprendre» Maïtena Biraben, en collaboration avec Pierre Etchemaïté. Editions Marabout. (24 heures)

Créé: 17.06.2017, 13h22

Drôles de questions

Un plat que vous ne mangerez jamais?
Un plat à base de tripes ou de calamars. Je déteste ces consistances.

Un trait de caractère hérité de vos parents?

L’angoisse, l’anxiété. Et la rudesse aussi. Je suis sans filtre et certains me considèrent trop rude.

Ce qui vous endort?
Mon matelas! Il est à mémoire de forme, j’ai l’impression qu’il m’aspire et ça m’endort.

Une personnalité avec qui vous ne partiriez pas en vacances?
Beyoncé! Impossible de se mettre en maillot à côté d’elle…

L’un des sept péchés capitaux?
L’envie. Je suis une indécrottable envieuse et je n’aime pas ce péché-là, je me sens mal lorsque je l’éprouve. Mais Dieu merci, c’est le seul!


Le lieu, les invités et le menu pour un repas idéal?
Dans mon jardin, chez moi. Ce serait une grande tablée de 50 personnes, avec une immense salade de magrets de canard, la piperade blanche de Pierre Etchemaïté, du vin comme s’il en coulait du robinet, du brebis aux truffes, du champagne frappé, une salade carotte-abricot-Etorki, des bougies et de l’opéra. C.D.

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