Avec le meilleur souvenir de Peter Coyote

EcransHanté par les démons dans «Diseappearance», dès dimanche sur la RTS, l’acteur dit avoir trouvé la paix dans le bouddhisme et l’agriculture. Interview d’un excentrique.

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Pour un moine bouddhiste ordonné prêtre, Peter Coyote ne s’enflamme pas moins au brasier des turpitudes humaines. A 77 ans, le New-Yorkais s’encolère volontiers contre les producteurs «aux fesses collées dans leurs bureaux au chaud», les acteurs «plus avides de dollars que d’égalité salariale». Au bout du fil depuis sa ferme au nord de San Francisco, lui qui vient tout juste de réapparaître dans une formidable série policière, promet même d’en avoir fini avec les tournages. «Dans «Disappearance», j’avais de bons partenaires, un bon script etc. Mais ce milieu m’écœure. Depuis «Friends» et ses acteurs millionnaires des années 2000, les règles ont explosé. Pourquoi irais-je m’embêter? J’ai payé mes dettes, les études de mes enfants, je gagne assez avec mes arbres fruitiers, ma pension. Et franchement, ce n’est pas comme si nous jouions Shakespeare ou Tchekhov!»

«Disappearance», bientôt sur la RTS, ne manque pourtant de classe, qui cite Diderot et autre encyclopédistes. La série se noue sur l’évaporation d’un gamin qui en Sherlock Holmes de banlieue canadienne, fouillait les poubelles et photographiait les secrets du voisinage. Peter Coyote joue le grand-père, ancien juge vite rattrapé par les démons du passé. «J’ai adoré le job d’acteur, débuté à la trentaine. Après une décennie incroyablement chanceuse (NDLR. Films de Spielberg, Polanski, Almodóvar etc.), j’ignore pourquoi mais j’ai été catalogué «le connard en costard». Dès qu’il fallait un corrompu, président, sénateur ou businessman, c’était pour ma tronche. A la cinquantaine, je n’en pouvais plus.» Malgré son talent polyglotte, Peter Coyote s’avoue aussi déçu par le cinéma européen. «Jadis, c’était génial. Désormais, je le vois aussi corrompu que le nôtre. Cela a entamé mon courage.» Il faut dire que ses récentes expériences ont alterné flops et nanars, genre «On a marché sur Bangkok». «Et puis j’ai découvert l’écriture.»

En plus d’une centaine de films ou téléfilms, rôles de tous gabarits et même voix souvent associée à des documentaires militants, Peter Coyote reste un label qui clignote dans la pop culture américaine. «La légende est vraie, j’ai adopté ce nom après avoir halluciné au peyotl. Je me suis réveillé hagard, autour de moi, des empreintes d’un loup. Ou d’un coyote. Des traces bizarres en tout cas. Des années plus tard, j’ai raconté mon histoire à un chaman et il m’a interpellé: «Soit tu restes un homme blanc ordinaire et tu te moques de l’univers qui t’a ouvert les bras, soit tu obéis à l’appel de la nature». J’ai choisi de m’appeler Coyote. Et ça m’a libéré de mes antécédents. Je pouvais enfin me réaliser au plus intime de mon identité. Pas d’acteur néanmoins, cette option allait encore me prendre une quinzaine d’années.»

Mais dans ces folles années 1970, alors artiste de combat qui part en grève de la faim contre le gouvernement, l’injustice sociale, raciale, le sexisme etc., Peter Coyote découvre le bouddhisme. «Je suis rentré au monastère grâce à ma première épouse, ça m’a guéri de l’héroïne, des drogues. Il m’a fallu admettre aussi que la vie ne se déroulait pas sur scène. J’ai compris combien je détestais la gloire qui emprisonne et force à vivre derrière des murs, qui tronque toutes vos relations humaines. J’ai pris ma décision.»

Quelques tumultes sentimentaux et trois divorces plus tard, quelques échecs professionnels derrière lui, Peter Coyote a épuré les scories de son âme. «Je garde un fort regret, celui de ne pas avoir étudié le théâtre en Angleterre. J’aurais aussi adoré faire l’acteur en série sur plusieurs saisons. Les miennes n’ont jamais duré qu’un an. Mais quand je vois «Ozark» ou «Occupied», quelle excellence!» A la hauteur, «Disappearance» devrait lui rendre envie. «Oh, bouddhiste depuis plus de 45 ans, désormais élevé à la fonction de prêtre, je préfère aider les gens à vivre plutôt que de les flinguer à l’écran.»

Le sage garde la mordache citoyenne. «Je déteste l’étiquette «activiste», un terme inventé par l’ennemi pour vous couper de l’humanité. Je ne suis pas un cinglé qui veut changer le monde mais il m’importe de rester fidèle à mes convictions. Sinon nos gosses paieront le prix de nos hypocrisies consuméristes, d’un système politique corrompu par l’industrie. J’ai subi Ronald Reagan. Avec Donald Trump, ce clown élu par dépit et colère, c’est pire.»

Drôle de vie que la sienne, agriculteur aux pieds dans la terre nourricière, philosophe à la sérénité revendiquée, écrivain démangé par la marche du monde. «Drôle de vie, ah ça oui! Malgré la rage autour de moi, je ne peux que me féliciter de voir la jeunesse reprendre le flambeau avec les mouvements contre le lobby des armes, ou les femmes se lever contre le harcèlement. Je demeure un adepte de l’optimisme radical: tant que vous êtes debout, vous pouvez faire tourner la roue.»

(24 heures)

Créé: 25.08.2018, 15h49

Peter Coyote en dates

1941
Naît à Manhattan.
1967
Artiste anarchiste de la contre-culture, hippie actif; adopte le nom totémique de Coyote.
1975
Le bouddhisme le sèvre de l’héroïne.
1982
Renonçant à le voir en Indiana Jones, Spielberg lui donne «E.T.».
1992
Polyglotte, tourne «Lunes de fiel» (Polanski), puis «Kika» (Almodóvar).
1995
Devient un narrateur apprécié de docus qui lui permettent de militer; publie des tribunes pour l’écologie avec régularité.
2000
«Erin Brockovich» et plus d’une centaine de seconds rôles le libèrent financièrement.

À voir

«Disappearance»
Avec Peter Coyote
RTS, di 26, 22 h 40, deux épisodes sur 6.

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