Rien n’oblige Laurence Ferrari à choisir entre musique et débat

RencontreLa journaliste, de passage à Gstaad avec Renaud Capuçon, nourrit ses deux passions avec délectation.

Laurence Ferrari a grandi dans une famille de musicien.

Laurence Ferrari a grandi dans une famille de musicien. Image: Stéphane GRANGIER / CNEWS

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Professionnelle comme à l’antenne, Laurence Ferrari est une femme très chaleureuse à la ville. Une mère attentive aussi, en particulier quand son petit garçon la rejoint dans le lobby du palace de Gstaad, un paquet de bonbons à la main. «N’en mange pas trop, tu sais que ça te donne mal au cœur après», lui glisse-t-elle gentiment en l’invitant à s’installer avec nous à condition de rester tranquille. En ce premier jour des Sommets musicaux de Gstaad, la quinquagénaire n’est pas ici la journaliste parisienne, ex-star du Journal de TF1, mais l’épouse de Renaud Capuçon, violoniste et directeur artistique de la manifestation. L’occasion de marier son amour de la musique et des mots dans des lectures musicales destinées aux enfants qu’elle a présentées le 3février.

Vous et votre mari êtes souvent en Suisse. Pourriez-vous imaginer y vivre?
Très sincèrement, oui. C’est un endroit où je me sens chez moi. Ce sentiment est totalement instinctif dès que j’arrive en Suisse. Il faut dire que nous sommes tous les deux originaires de Savoie — j’ai grandi entourée de montagnes, du lac du Bourget; le paysage ici me paraît familier. Mais il y a quelque chose en plus dans la façon de vivre qui me plaît beaucoup. Je me vois bien dans quelques années m’installer au bord du lac.

Vous êtes à Gstaad pour lire des textes accompagnés de musique classique jouée par votre mari. Travailler ensemble, une occasion?
C’est un clin d’œil, pas plus que ça. On en a eu l’idée à la naissance de notre fils. Il existe beaucoup de textes avec récitant et de la musique, comme «L’histoire de Babar» et «Ferdinand le taureau», que je lis ici. On s’est dit qu’on pourrait en faire un disque à lui offrir quand il sera grand. Pour nous, c’est juste un grand bonheur. Renaud est un immense soliste, je suis journaliste, chacun est à sa place. Être récitante est lié à l’oral, cela rejoint mon métier. C’est agréable de mêler nos deux savoir-faire de temps en temps pour des occasions spéciales. On aime beaucoup l’idée de la transmission de la musique aux enfants.

Selon vous, il faut commencer jeune?
C’est important d’écouter de la musique, quelle qu’elle soit: du rock, du rap, de la pop, je ne suis pas sectaire. Les enfants sont baignés dedans. il y en a partout, dans les publicités, à la télé. C’est vrai que si on peut leur faire découvrir de temps en temps Mozart et Bach, on éduque leur oreille et je crois qu’on leur fait du bien. Ça les détend et leur permet d’avoir une autre attitude par rapport aux notes qui est bénéfique.

Vous avez développé votre oreille musicale depuis l’enfance?
Mes grands-parents, originaires de la région de l’Émilie-Romagne, sont arrivés entre les deux guerres en France. C’était une famille de musiciens, à peu près comme toutes les familles italiennes. Chaque repas dominical était en chansons, des airs d’opéra mais aussi des mélodies locales. Mon grand-père était violoncelliste et professeur de guitare. Ses enfants faisaient eux-mêmes de la musique: mon père violoncelliste et mon oncle violoniste. J’ai baigné dedans depuis mon plus jeune âge. J’ai toujours joué du piano à petites doses, je ne suis qu’une pianiste amateur, mais j’adore ça. Quand Renaud n’est pas là et qu’il ne répète pas à côté de moi ses concertos, j’écoute constamment de la musique à la maison, dans la voiture ou même au travail. Comme nous sommes dans un open space, c’est l’enfer pour se concentrer, alors je mets mes écouteurs et Bach.

Vous avez rejoint Radio classique en 2018 avec l’émission «Entrée des artistes». Un besoin de sortir de votre zone de confort?
Complètement. Je ne suis que journaliste, je n’ai pas fait d’études musicales et je suis pianiste amateur. Il y a donc un travail monumental derrière chaque émission. L’idée n’est pas seulement de lancer un disque, mais de parler d’un artiste, d’un orchestre, d’un compositeur, d’une œuvre. Je n’assomme pas les auditeurs avec mes commentaires, mais il faut réussir intelligemment à leur faire savoir ce qu’ils écoutent, faire passer mes émotions, aussi.

Pourquoi ce virage?
Par pur plaisir. Radio classique m’a sollicitée, et j’ai tout de suite dit oui, car j’ai trouvé assez géniale l’idée de faire de la radio mais pas pour de l’info. C’est un vrai pas de côté qui m’apporte un tel bonheur. Il est totalement complémentaire de l’exercice que je fais le soir sur CNews avec «Punchline», qui est du débat, comme un combat de catch. Je dis souvent que mes deux heures de radio classique ressemble à prendre un bain chaud avec des huiles essentielles avant de monter sur le ring.

L’adrénaline de l’info reste-t-elle addictive?
Pour être honnête avec vous, oui. J’adore, et ça correspond à ce que je suis: énergique, impulsive. J’aime le débat, quand ça bouge, quand ça va vite. J’aurais beaucoup de mal à arrêter aujourd’hui, car c’est un exercice dans lequel je m’amuse infiniment. Ça fait trente ans que je suis journaliste, mon expérience et ma connaissance de l’actualité me sont précieuses.

Avec le recul, quel regard portez-vous sur cette période où vous présentiez le téléjournal de TF1?
C’étaient des années excitantes, formidables mais trop exposées, et maintenant pour rien au monde je ne revivrais ça. Le 20heures reste le graal pour les journalistes, quelque chose d’inaccessible; on est très peu nombreux à l’avoir fait et j’en suis très fière. J’ai relevé cet énorme challenge pendant quatre ans, j’ai mené de grandes interviews, le débat de la présidentielle de 2012, interviewé Obama, je suis partie en Afghanistan, en Iran, mais je suis plus heureuse aujourd’hui dans ce que je fais sur CNews en termes d’information.

Vraiment?
Le 20heures est très codifié, et marge de manœuvre en réalité infinitésimale. L’exercice devant plaire au plus grand nombre, il est forcément consensuel. À présent je suis beaucoup plus libre, plus moi-même, j’ai mille fois moins de contraintes, et le débat est la formule journalistique qui me convient le mieux.

Créé: 08.02.2020, 12h55

Sur le vif

Qu’est-ce qui vous endort?
Pas grand-chose, car j’ai beaucoup de mal à m’endormir. Comme tous les insomniaques, il me faut des rituels: donc du calme, aucune lumière bleue et de la lecture. Et pas trop de musique, car elle m’emporte.

Votre livre de chevet?
«Le rivage des Syrthes», de Julien Gracq. C’est un livre de poésie. La mélodie des mots, la façon dont les paysages sont décrits, les couleurs qui jaillissent, les sons, les odeurs qui naissent. La magie de Gracq m’accompagne depuis mon adolescence.

Le plat que vous ne mangeriez jamais?
Un clafoutis aux cerises. (Elle rit.) J’ai la phobie des cerises, je ne peux même pas les voir. Inexplicable, et ça restera ainsi.

De quel personnage réel auriez-vous voulu vivre la vie?
Cela va vous paraître prétentieux, mais je n’ai pas d’autre ambition que de vivre ma vie. Je n’envie pas le sort ni des uns ni des autres. Elle me comble, je m’en contente et j’essaie de l’améliorer tous les jours.

Quel défaut avez-vous hérité de vos parents?
Le perfectionniste un peu à l’extrême. J’aime me dépasser et repousser mes limites. Cela peut être un défaut quand il y a une mise en danger. J’ai créé beaucoup de ruptures dans ma carrière, pour avancer à chaque fois.

La personnalité avec qui vous ne partiriez pas en vacances?
Un homme ou une femme politique, quels qu’ils soient. Je les interviewe trop dans l’année.

Votre compositeur préféré?
Tous mes auditeurs savent que, dès que je passe du Maurice Ravel, j’adore ça. Tout ce qu’il a écrit, que ce soit pour le piano, ses opéras, me transporte.

Quelle est votre ligne de conduite, celle qui dirige vos choix?
J’ai la chance d’avoir un instinct qui m’a toujours bien guidée. Je sentais au plus profond de moi les décisions que je devais prendre. Me faire confiance, c’est tellement important, pour mes choix tant professionnels que personnels.

Bio Express

1966 Naît le 5 juillet. Fille de Gratien Ferrari, ancien député-maire UDF d’Aix-les-Bains.

1985 Commence à travailler pour l’AFP et au «Figaro Magazine» Rhônes-Alpes.

1993 Épouse le journaliste Thomas Hugues. Le couple aura deux enfants. Ils se séparent en 2007.

1997 Se fait remarquer en présentant les journaux du matin sur LCI.

2000 Présente sur TF1 l’émission «Sept à huit», en duo avec Thomas Hugues.

2002 Devient le joker de Claire Chazal pour les journaux du week-end de TF1.

2006 Arrive sur Canal+ pour présenter «Dimanche+» et, en parallèle, «Le journal inattendu» sur RTL.

2008 Remplace Patrick Poivre d’Arvor au journal télévisé de TF1 en semaine jusqu’en 2012.

2009 Épouse le violoniste Renaud Capuçon. Leur fils Eliott naît un an plus tard.

2018 Rejoint Radio Classique, où elle présente «Entrée des artistes». À la télé, sur CNews, elle est aux commandes de l’émission politique «Punchline».R.M

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