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Sherlock renaît de ses cendres

Avant la France, la RTS a décroché la primeur de la saison 4 de «Sherlock», la brillante série de Benedict Cumberbatch et Martin Freeman.

Ces jours, du beau monde se presse au 221 B Baker Street. Stars, réalisateurs, écrivains etc. honorent Sherlock Holmes, ajoutant au monument des briques de séries télés et autres apocryphes. Jusqu’à Jay, fameux dessinateur qui décline le détective en manga (Ed. Kurokawa). Le Japonais lui a donné les traits du comédien Benedict Cumberbatch, noble émanation du détective dans Sherlock, la série produite par la BBC .

Fait remarquable, la RTS diffuse en primeur trois inédits de la 4e saison toujours événementielle, tant cette mouture contemporaine ravit les aficionados par sa fidélité pointue à l’esprit original. Cette fois, dans une sombre et anxiogène paranoïa, le diabolique Moriarty développe un plan posthume qui déroute Scotland Yard et secoue le passé de Mary Watson. Sherlock, la science de la déduction aux aguets et la mémoire photographique prête à cliquer, phosphore. Son bon acolyte, le Dr Watson, en bouscule ses habitudes de vieux garçon - marié un temps, il est vrai. De quoi s’interroger néanmoins sur l’éternel pouvoir de séduction de la liturgie holmésienne en 130 ans de règne. Conan Doyle n’avait pourtant fourni qu’un corpus raisonnable, 4 romans et 56 nouvelles.

Le Français François Rivière, critique et écrivain, lui a voué sa vie, comme à Agatha Christie et autres Maurice Blanc. «Mais l’engouement pour Holmes reste à part. Les créateurs se sentent plus libres de s’en emparer, et le public n’en a jamais perdu le goût. De fait, ce héros, même du vivant de Conan Doyle, provoquait l’hystérie avec une ampleur inégalable. Son auteur d’ailleurs le haïssait! L’icône n’a cessé de donner matière à prolifération et émulation, et le phénomène s’est emballé. Impossible désormais d’ouvrir une télé sans tomber sur Sherlock à toutes les sauces.»

L’expert n’exagère pas. Une 5e saison d’Elementary, suivie d’une 6e, vient de commencer, répliquant le duo du Watson féminin et Sherlock en désintoxication. Cette vogue des héros de jadis déborde ces derniers mois sur une autre idole de la littérature anglaise, Agatha Christie. Ainsi, François Rivière encourage le culte avec une fantaisie policière, Agatha es-tu là? (Ed. du Masque), qui voit Sherlock Holmes enquêter sur la volatilisation de la reine du crime en 1926. Toujours au Masque, la chimiste Kathyrn Harkup répertorie Les poisons d’Agatha Christie, l’écrivain, ancienne apothicaire, ayant appliqué strychnine, cyanure etc. dans quatorze romans. La Britannique M.C. Beaton exporte une version junior de Miss Marple sous la franchise Agatha Raisin (Ed. Albin Michel), bientôt diffusée en série télévisée. Et les petits meurtres de se perpétrer à perpette.

«Sherlock Holmes et Hercule Poirot partagent cette identité anglo-saxonne qui sur le terreau de la pop culture contemporaine, a démontré son potentiel d’ensemencement, observe François Rivière. Leurs auteurs n’ont pas eu la vie facile. Ni Conan Doyle ni Agatha Christie n’ambitionnaient cette carrière, leurs éditeurs les martyrisaient pour qu’ils produisent, ce destin contrarié les a enveloppés de mystère et de surnaturalité.»

Et de noter un autre point commun. Sous la simplification à outrance accomplie par l’inconscient collectif, ces œuvres «en apparence faciles à aimer et ce, depuis un très jeune âge», révèlent avec l’âge une complexité aussi inattendue que jouissive. Très gentleman, Rivière ne cache pas son complexe de Peter Pan. «Ces écrivains de notre enfance, permettent de garder intactes nos fascinations d’alors, d’avoir 14 ans toute sa vie! Ce désir inconscient qui imprègne leurs écrits, flatte nos propres névroses. Tout en se présentant avec des airs ludiques, façon devinettes à la Cluedo.»

Sherlock, s. 4, RTS, 3 X me 15, vers 22h. Elementary, s. 5-6, M6, le ve, vers 21h.

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