Passer au contenu principal

En troisième saison, l’Anglais George Blagden règne sur les derniers jours de «Versailles»

Le Roi-Soleil tétanise dans cette coproduction qui flambe à l’export. Interview de son acteur.

L’acteur George Blagden, alias Louis XIV dans «Versailles», ne se doutait pas d’une telle épopée. Depuis 2015, la série franco-britannique a conquis 135 territoires, dont l’Allemagne et les USA. À 33 millions de francs la saison - 25% plus cher qu’une production française - le pari est gagné. Tant pis si les Anglais ont poussé des «My God!» face à des audaces qui renvoient «The Crown» et consorts à d’aimables devoirs d’école, si les Russes ont coupé les scènes homosexuelles. En troisième saison, la dernière, les parties fines de la cour glam rock se sont banalisées et ne donnent plus de vapeurs qu’aux émissaires du Vatican chez le Roi-Soleil conquérant. Confidences de son interprète.

Fini de faire des galipettes à la cour… en concevez-vous des regrets?

Pas du tournage de ces scènes! C’est toujours embarrassant de filmer ces moments qui dans la vie réelle, sont déjà si intimes. Par contre, les exigences techniques de ces prises de vues, à cause des angles, des cadrages, rendent la chose si complexe que ça en devient une chorégraphie. Pas une gymnastique, disons une danse, c’est plus romantique.

Vos compatriotes se sont émus des frasques sexuelles de «Versailles». La monarchie resterait-elle sacrée?

C’était même drôle… je tournais en France, une République, et dans tous les commentaires, Louis XIV échappait à la critique, quelle que soit sa conduite. Au Royaume-Uni, évidemment… nous vénérons la monarchie. Cela remonte au besoin mythologique d’avoir des héros qui incarnent une nation. Mais nous sommes aussi prompts à déboulonner ces champions de leur piédestal. En fait, nous respectons une «marque» avec ses codes. Mais nous sommes amoureux d’un symbole plus que de ses incarnations.

Amoureux, vous aussi?

Forcément un peu… Ma génération, biberonnée aux princes et princesses des dessins animés de Walt Disney, cultive encore le fantasme de la royauté.

Du Louis balbutiant le pouvoir au roi en place de cette troisième édition, quel «trip» avez-vous vécu avec lui?

Édifiant… pas seulement parce que cela signifiait à chaque saison de vivre six mois à Paris, dans le Marais. Car la période de 24 à 28 ans, est déjà cruciale en soi. Moi qui avais toujours cru pouvoir séparer la vie privée et le job, je n’en suis pas sorti indemne. Pourtant, je m’étais préparé à un gros boulot, je mesurais le contrat. Mais de retour à Londres, j’ai peiné à me «désengager» du rôle, à prendre des distances dans ma tête. Une sensation étrange, surtout que cette troisième saison est la dernière. Je commençais à penser n’en avoir jamais fini avec Louis.

Cette fusion vient-elle du tournage in situ, à Versailles, des costumes?

C’est sûr qu’enfiler des brodequins à talons le matin pour aller bosser, ça vous change l’allure, la démarche. Qu’une perruque sur le crâne vous donne de la prestance. J’aime souligner que l’énergie diffusée par le Roi-Soleil dans «Versailles», ce n’est pas seulement une écriture de scénariste rock’n’roll ou une performance d’acteur. Des centaines d’artisans ont bossé en atelier à générer ce look. Moi il me suffisait d’épouser le mouvement, de ne pas me battre contre les talonnettes.

Descendu du trône, des projets?

J’ai plein d’envies, de théâtre, de music-hall, de postuler pour James Bond, un rêve de gosse. Dans l’immédiat, je vais jouer dans un «Tartuffe bilingue» au Royal Haymarket, une adaptation de Christopher Hampton et Gérard Garutti.

Au fond, que vous a appris Louis?

À me bagarrer avec un concept, déjà. Car je débarquais à Paris, jeune comédien londonien qui avait l’arrogance d’imposer sa version du Roi-Soleil. Au-delà des réticences à tourner en anglais, chacun de l’éclairagiste au jardinier, avait un avis sur la question! À la saison 3, je suis dans sa peau. Comme Louis XIVqui a obtenu ce dont il rêvait, la France et un bon bout de l’Europe, un palais achevé jusque dans la folie de la galerie des Glaces, il a conquis. Pourtant, quel abyme… le retrouver là, après avoir manipulé les foules, usé des gens, c’était tordu. En fait, de Louis, je retiendrai le goût du multiculturalisme. En Grande-Bretagne, prendre l’avion pour Zurich, c’est une expédition. Dans la petite mosaïque européenne, un soir vous allez à Barcelone, un autre à Berlin, ça n’étonne personne. Je hais le Brexit.

«Versailles», saison 3, Canal +, dès 23 avril. Canal +, dès 23 avril et VOD. En DVD dès 22 mai. Saisons 1 et 2, DVD dist. Studiocanal.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.