Un temple de la danse émerge à Renens

ScèneL’ancien danseur du BBL Octavio de la Roza ouvre L’Espace D, un théâtre hors chapelles dédié à l’art chorégraphique.

Installé dans le quartier de Longemalle, à Renens, dans un ancien hangar déjà transformé en studio de danse par le passé, l’Espace D est constitué d’une salle de répétition, d’un foyer et, surtout, d’un grand plateau de 12?m par 13,5 qui sera entièrement dédié à la danse

Installé dans le quartier de Longemalle, à Renens, dans un ancien hangar déjà transformé en studio de danse par le passé, l’Espace D est constitué d’une salle de répétition, d’un foyer et, surtout, d’un grand plateau de 12?m par 13,5 qui sera entièrement dédié à la danse Image: Christian Brun

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L’année 2015 restera gravée dans la mémoire d’Octavio de la Roza. L’ancien danseur du Béjart Ballet Lausanne – repéré tout jeune par le célèbre chorégraphe à Buenos Aires et arrivé en Suisse alors qu’il n’avait que 19 ans – vit une fin d’hiver entre rêves, scie à bois et coups de peinture. Dans deux semaines, l’Argentin aura son passeport à croix blanche. Si tout se déroule comme prévu, le jeune homme finira l’année papa. Mais, pour l’heure, c’est le chantier de l’Espace D qui occupe toute son énergie, du côté de Renens. Avec, entre autres, un généreux soutien de la Loterie Romande (30 000 francs), de la Commune et de sa compagne danseuse, Camilla Colella, le chorégraphe s’offre – à doses de sueur, surtout – le luxe de transformer un ancien studio de danse en véritable théâtre. Un lieu qui pourra accueillir 82 spectateurs, en attendant les 250 autorisés dès la mise à jour des normes de sécurité.

Ce nouvel espace privé, qui a l’allure d’un lieu saint, logé dans un ancien hangar à vol d’oiseau du Kléber-Méleau, Octavio de la Roza l’imagine entièrement dédié à la danse et voué à défendre la création de spectacles professionnels, «tous publics et en dehors de toute… chapelle esthétique». Car, si l’artiste se réjouit enfin de trouver un lieu de répétition pour laisser germer ses spectacles hors de toutes contingences techniques, sa nouvelle aventure est aussi motivée par les difficultés à se trouver une place artistique dans la région. S’il annonce une quarantaine de dates par année à l’étranger ou en Suisse, à Lausanne le chorégraphe a essentiellement joué ses spectacles en louant lui-même (et à grands frais) des salles comme le Métropole ou les Terreaux.

«Quand on ne s’inscrit pas dans un genre de danse contemporaine radicale, il est difficile de démarrer une carrière, confie (désormais sans amertume) le chorégraphe qui a fait ses classes chez le néoclassique Maurice Béjart. La scène locale est très sélective: à Lausanne, l’Arsenic est devenu une institution; de son côté, Sévelin 36 est avant tout le lieu de résidence de la Cie Philippe Saire. Il manque donc un endroit pour la scène émergente, car, sans le soutien de l’un des théâtres institutionnels, il est presque impossible de mener à bien des projets ou de décrocher des tournées. C’est un cercle vicieux qui finit par tuer la créativité et par pousser certains dans le piège d’un positionnement stylistique artificiel choisi pour se garantir des subventions.» Et l’artiste d’ajouter: «Mais ce n’est pas parce qu’on n’a rien que l’on n’est rien! Je préfère toucher le cœur de tout le monde que la tête de quelques-uns.» Dans sa bouche, les mots du maître ne sont jamais loin. Et, à 36 ans, le jeune homme a toujours la tête dure, derrière son doux regard.

Avec l’Espace D, il souhaite donc permettre à des «ambitions artistiques» de se réaliser. Et pas seulement les siennes. «Nous ne ferons pas de production, mais nous essaierons de fédérer les énergies créatives en rationalisant les moyens techniques et en concentrant notre programmation sur deux moments forts en cours d’année. Cela ne pourra que compléter un paysage culturel déjà incroyablement riche et stimulant.» Des collaborations sont d’ail­leurs en développement avec des compagnies romandes. Le week-end suivant l’inauguration, prévue le 30 avril, le grand plateau (13,5 x 12 m) accueillera par exemple Fabienne Berger et les danseurs d’Interface. Une émulation chorégraphique qui ravit la municipale de la Culture Myriam Romano-Malagrifa. Comme de nombreux acteurs du milieu de la danse, l’élue renanaise observe l’Espace D comme une «vraie complémentarité à l’offre culturelle régionale».


Renens, Espace D Chemin du Chêne 17 Rens.: 021 634 81 82 (24 heures)

Créé: 19.03.2015, 09h02

En force, la danse rebondit

Dans le milieu de la danse, ça bouge de tous les côtés. Et c’est le dire sans le moindre jeu de mots! Durant de nombreuses années, le milieu chorégraphique lausannois rythmait son évolution autour de quelques lieux ou manifestations phares (l’Arsenic, le Théâtre Sévelin 36 et ses Printemps, le Festival de la Cité, l’Octogone à Pully…), entraîné par les prestigieuses vitrines que sont le Béjart Ballet Lausanne, l’Ecole Rudra et le Prix de Lausanne ou par l’émulation de compagnies bien installées (Linga, Philippe Saire, Nicole Seiler, etc.).

Aujourd’hui, les frontières de ce paysage longtemps figé sont en train de bouger. Certes, la ville – autoproclamée «Une capitale pour la danse» en 2011 à l’occasion des jubilés de nombre de ses institutions – n’est pas encore sur le point de rafler régulièrement une majorité des Prix fédéraux distribués chaque année aux compagnies, à l’instar de Genève, véritable vivier national. Mais un vent nouveau pourrait bientôt souffler sur la création contemporaine. Depuis cet automne, c’est au rayon «formation» que Lausanne a gagné la tête de gondole. Avec Zurich, elle est devenue l’un des deux pôles suisses d’enseignement supérieur en danse, avec la création au sein de la Haute Ecole La Manufacture, à Sévelin, d’un bachelor d’interprète. Un programme qui devrait être bientôt complété par un master en chorégraphie. En termes de programmation, l’arrivée de Vincent Baudriller à la tête de Vidy secoue aussi des habitudes. En ouvrant clairement ses scènes à l’avant-garde chorégraphique, l’ancien directeur du Festival d’Avignon force toutes les institutions à requestionner leur ligne artistique.

Cette évolution est suivie de près par les autorités. En partenariat avec le Canton, la Commune réfléchit à une consolidation des activités du Théâtre Sévelin 36, lieu de résidence de la Compagnie Philippe Saire. «Entre 2009 et 2012, nous avons augmenté les subventions à certaines manifestations, rappelle le chef du Service de la culture Fabien Ruf. Il s’agit maintenant de réfléchir à l’avenir, en développant aussi bien la diffusion de spectacles que des programmes pour accompagner la relève.» Un projet qui ravit déjà le directeur de La Manufacture, Frédéric Plazy: «Sans soutien aux jeunes chorégraphes, la relève s’en va ailleurs et c’est l’émulation générale qui en pâtit.»

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L'Espace D à Renens

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