La tendresse caustique de Laurence Boissier

Prix des lecteurs 1/6 L’écrivaine genevoise aime autant lire qu’écrire, l’émotion que le détachement. Elle présentera sa «Rentrée des classes» aux lecteurs lausannois samedi prochain

Maintenant qu’elle a trouvé la voie de l’écriture, Laurence Boissier y consacre toute son énergie, à côté de sa famille.

Maintenant qu’elle a trouvé la voie de l’écriture, Laurence Boissier y consacre toute son énergie, à côté de sa famille. Image: Odile Meylan

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Il y a dans la grande et fine silhouette de Laurence Boissier autant d’élégance que de discrétion. Comme dans son écriture où elle raconte le monde qu’elle voit de ses grands yeux curieux, presque enfantins, à la fois tendres et discrets. Après beaucoup de textes courts, elle a sorti cet automne Rentrée des classes, son premier roman qui est en lice pour le Prix des lecteurs de la Ville de Lausanne et qu’elle présentera dans ce cadre samedi 21 octobre au Lausanne-Palace. Elle avait déjà reçu un Prix suisse de littérature pour Inventaire des lieux, recueil de 61 lieux génériques qu’elle évoque poétiquement.

La quinquagénaire genevoise a eu un parcours fait de virages, de hasards et de rencontres avant la publication de son premier livre, Cahier des charges, en 2011, une quinzaine de récits parfois pince-sans-rire, toujours brossés de cette plume délicate et presque évanescente. Mais d’abord, il y a eu des études d’architecture d’intérieur, «parce qu’une copine faisait ça. Mais je n’ai jamais vraiment compris ce que c’était, l’architecture d’intérieur.»

Elle est comme ça, Laurence Boissier, à manier l’ironie pour mieux faire passer l’émotion, à faire de l’autodérision un genre en lui-même pour aborder sans avoir l’air d’y toucher ce qui la passionne et dans lequel elle se lance désormais avec acharnement. Avant, «je me suis longtemps cherchée et j’ai fait des erreurs de casting». Comme ce passage de deux ans au CICR, où travaillait son père. Puis une étape de fonctionnaire au Département de l’énergie, où elle préférait plus que tout «écrire des discours pour les autres».

L’art, toujours

Et, à côté de tout ça, l’art comme une évidence, elle qui dessinait dès qu’elle quittait son travail, qui «bricolait» des vêtements ou des animaux géants en papier mâché. Elle, qui «a passé sa vie à étudier», rejoint ensuite la Haute Ecole d’art et de design de Genève, où elle travaille la performance et la microédition. Un avant-goût de l’aventure Bern ist überall, ce collectif d’artistes suisses qui joint lectures publiques et musique. «J’ai été contactée par Antoine Jaccoud pour un seul texte et j’ai tellement appris au contact de ces gens qui ont du talent et qui sont tous différents.» Elle rentre d’ailleurs d’une tournée au Kosovo qui mêlait Suisses et Balkaniques dans des moments qui l’ont enthousiasmée. «En plus, je vis dans les cafés, j’adore ça. Et au Kosovo on dirait qu’il y en a un par habitant…» L’ironie toujours, élégante, jamais méchante.

Rentrée des classes suit Mathilde, écolière dont le père a disparu en mer, laissant une famille hébétée. La mère, Elise, imagine des activités pour relancer le musée foutraque où elle travaille. La fille se réfugie dans son placard bien aménagé. «C’est vrai qu’il y a un peu de moi dans Elise, elle bricole, elle a des projets un peu débiles. J’aime bien aussi les projets débiles, c’est-à-dire un peu à côté, c’est tellement mieux.» Tous les personnages, touchants, semblent flotter dans un monde auquel ils appartiennent à peine, poussés par un personnage indispensable, le vent qui balaie Genève. «On est tous en visite sur cette terre, comme des molécules qui se rencontrent.» Elle cherche toujours à comprendre, même si «je ne me comprends pas moi-même, avec toutes ces pièces différentes qui sont ce que je suis». Elle lit aussi beaucoup sur les thèmes qui la passionnent, les Alpes – thème de son prochain projet même si elle n’aime pas y aller –, la géologie ou la préhistoire.

Dans son premier roman, Laurence Boissier aborde la mort, sans la dire, parce qu’elle ne voulait pas de corps, pas de cadavre. Andrew a disparu, comme un point d’interrogation qui reste après lui. «Les thèmes graves m’intéressent de plus en plus. Mon travail d’artiste, c’est de les communiquer par la bande plutôt que de les asséner. J’aime qu’il reste quelque chose dans la tête du lecteur, qui se développe lentement ensuite quand il y pense.» Elle compare sa démarche à celle de la danse contemporaine, «où il ne se passe pas grand-chose sur le moment. C’est ensuite que ça prend forme.»

Elle envie l’humour et les connaissances de Bill Bryson, la lenteur d’Elizabeth George, les voyages de Julien Blanc-Gras. Elle voudrait tant que son prochain livre puisse se passer d’histoire pour ne laisser place qu’aux mots.

Lausanne-Palace Présentation publique le samedi 21 octobre dès 11 h. Entrée libre sur inscription à prixdeslecteurs@lausanne.ch www.lausanne.ch/prixdeslecteurs

(24 heures)

Créé: 12.10.2017, 12h59

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Lausanne-Palace Présentation publique le samedi 21 octobre dès 11 h. Entrée libre sur inscription

www.lausanne.ch/prixdeslecteurs



«Rentrée des classes», de Laurence Boissier, Ed. Art & Fiction, 256 p.

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