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Un texte, une voix et une trompette pour percer la nuit à Vidy

Jean-Luc Bideau et Erik Truffaz donnent à entendre «Une nuit avec Hamlet» du Tchèque Vladimir Holan. Rencontre.

Jean-Luc Bideau et Erik Truffaz en fusion poétique par la grâce du texte de Vladimir Holan, «Une nuit avec Hamlet».
Jean-Luc Bideau et Erik Truffaz en fusion poétique par la grâce du texte de Vladimir Holan, «Une nuit avec Hamlet».
Claude Dussex

«Avec un comédien toujours en retard et un trompettiste toujours en avance, qu’est-ce qu’on va faire?» Lundi en fin de journée, la répétition d’«Une nuit avec Hamlet», tiré du poème du même nom du poète tchèque Vladimir Holan (1905-1980), arrive à son terme. Jean-Luc Bideau commence à donner des signes de fatigue. Sa voix ne le trahit pourtant pas, pas plus que sa propension éruptive à la vanne. «Bon, il nous reste deux jours… Avant le four!» assène-t-il devant son compagnon de plateau, Erik Truffaz, qui signe l’accompagnement musical, et Marcela Salivarova-Bideau, en charge de la mise en scène.

À l’heure du répit, la femme de l’acteur donne la mesure du projet: «Par rapport au théâtre d’aujourd’hui où le texte est toujours soutenu par des images, des effets, c’est un défi de proposer une soirée où la poésie ne s’exprime que par le texte et la musique. Une revanche du texte sur l’image. Y a-t-il encore un public pour ça?»

Texte et alcool dans la nuit

Le texte hors-norme de Holan avait trouvé le sien à Prague, déclamé d’innombrables fois depuis sa publication en 1964 – ses traits sombres, pour ne pas dire opaques, croisant une époque troublée. «Ce texte exprime l’angoisse face au vide existentiel ouvert par la perte de la foi et que rien ne vient combler, poursuit la metteuse en scène. Holan noyait sa terreur dans l’alcool, écrivait la nuit, à coups de quelques vers, sans jamais être satisfait. De plus, ce texte, qui lui a pris 14 ans, n’offre pas de continuité. Il commence de façon surréaliste pour devenir plus clair… C’est un pari.»

Jean-Luc Bideau s’emploie, lui, à déployer les ailes de ces vers qui s’élancent parfois au-dessus de plusieurs siècles. «Certaines envolées, seul le poète les comprend, mais il y a à dire dans ce texte extrêmement poétique. Ce n’est pas «Les Fables» de La Fontaine! Il faut suivre sa folie, créer des climats et, à ce jeu-là, notre trompettiste se donne beaucoup de peine. Entre la parole et la musique, ce sera un combat sans jalousie, mais un combat tout de même!» Le musicien, responsable d’alternances sonores qui ouvrent surtout des respirations, ne semble pas inquiété par ce duel à venir. «Le poétique est porté à l’abstraction, mais Jean-Luc illumine cette parole et Marcela lui a trouvé le bon ton. On ne peut pas tout comprendre, d’autant plus qu’un poème ouvre l’âme de Dieu.»

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