Le 2.21 invite ses «vieux briscards» sur scène pour célébrer ses 25 ans

ThéâtreLa salle lausannoise s’affranchit de la dénomination de «théâtre» pour mieux affirmer la diversité de sa programmation.

Niché à la rue de l’Industrie, à Lausanne, le 2.21 dispose de deux salles de spectacle. La seconde a été aménagée en 2003.

Niché à la rue de l’Industrie, à Lausanne, le 2.21 dispose de deux salles de spectacle. La seconde a été aménagée en 2003. Image: FLORIAN CELLA

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Niché au No 10 de la rue de l’Industrie, à Lausanne, le 2.21 en a vu défiler, des artistes, ces vingt-cinq dernières années. À l’heure de célébrer son quart de siècle, la salle conviera les vieux briscards qui ont marqué les lieux à fêter la belle longévité d’une association qui perdure malgré les difficultés surgies de tous bords et, surtout, les éternels tracas financiers. Le capitaine Michel Sauser et son équipe nous reçoivent sur la terrasse de la cuisine, là où les artistes et techniciens se sustentent ou sirotent un café entre deux séances de montage ou de répète.

Le credo du 2.21? Offrir un lieu convivial, multiplier les genres et les styles, cultiver un côté artisanal, qui carbure aux coups de cœur. D’ailleurs la salle vient de s’affranchir de la dénomination de «théâtre» pour mieux affirmer sa diversité. À bas les carcans, sus aux étiquettes! Le 2.21 est avant tout un espace de liberté. «Nous devons à tout prix préserver cette identité, souligne Michel Sauser. Ça fonctionne depuis vingt-cinq ans, ça tourne, c’est acquis. Mais nous sommes dans un combat perpétuel. Chaque année, nous demandons davantage d’argent, mais nous restons dans le statu quo.»

Prise de risque

Le 2.21 doit aussi composer avec les velléités politiques. En février dernier, le syndic Grégoire Junod annonçait dans nos colonnes son intention: «Créer, au Vallon, un centre d’art scénique avec plusieurs plateaux mutualisés. Cela ferait sens du point de vue des équilibres esthétiques, afin de gagner en cohérence et de proposer une offre qui accompagne la très belle dynamique du TKM.» L’équipe marche sur des œufs, les relations avec son voisin, le Pulloff, n’étant pas au beau fixe. Dans un registre plus terre à terre mais tout aussi épineux, l’entretien du bâtiment représente un enjeu de taille.

«Prendre soin de ces murs, qui sont protégés, représente une grande partie de notre travail», assure Michel Sauser. Rappelons qu’un incendie avait partiellement détruit la salle en 2003. L’espace aménagé pendant les travaux de reconstruction est resté sous la forme de café-théâtre fort apprécié des artistes et du public.

Malgré les écueils, la passion perdure. «L’un de nos critères de sélection, c’est l’envie des artistes de créer ici», reprend Michel Sauser. Le lieu le leur rend bien, comme le souligne Julien Barroche, administrateur: «On va contre le mouvement de ne programmer une pièce que quatre soirs. On part de l’idée qu’un spectacle se développe. Les créations, c’est quinze dates. Pour les accueils, dès six dates. Bien sûr, les jauges restent petites, mais on prend tout de même un risque.»

Le menu de cette saison jubilé sera à l’image du 2.21: bigarré, culotté, marqué par une tendresse pour le texte. Alors, qui sont ces vieux briscards (pas forcément âgés!) invités à souffler les bougies? Impossible d’être exhaustif! On citera la Cie Pied de Biche, qui ouvre les feux avec sa nouvelle création, «Abasia – périple en pays chagrin». Arthur Besson, lui, présentera un poème sonore, «Le dernier rempart» (15-27 janv. 2019), tandis que Fabrice Gorgerat («aussi follo qu’intello», selon Michel Sauser) tissera une pièce inspirée du massacre d’Orlando (12-24 fév.). Autre lascar du 2.21, Benjamin Knobill parrainera Giulia Belet, jeune pousse issue des Teintureries, dans sa relecture de «La maison de Bernarda Alba» de Federico Garcia Lorca (30 nov.-16 déc.).

La philosophie du 2.21 dépasse ses murs. Le théâtre s’inscrit dans un quartier vivant, polymorphe, sémillant. «Le festival Ô Vallon est la manifestation la plus visible de ce que nous faisons en souterrain depuis vingt-cinq ans, rappelle Michel Sauser, mais la manifestation ne dure que trois semaines. Notre rêve serait de créer un Ô Vallon perpétuel!»

Programme complet sur www.theatre221.ch

Créé: 25.09.2018, 19h56

Le chiffre

7'500


Le nombre de spectateurs de la saison 2017-2018, soit une fréquentation de 70%.

Périple au cœur de la dépression

Critique


(Photo Pierre-Benoît Querton)

Difficile d’aborder le thème délicat de la dépression sans s’enliser dans une fresque sombre et pétrie de torpeur. La Cie Pied de Biche s’y risque dans «Abasia – périple en pays chagrin», fraîchement créé au Casino-Théâtre de Rolle et à l’affiche du 2.21 jusqu’à dimanche. Émaillé de moments de grâce, tendres, drôles ou simplement touchants, le spectacle ne parvient pas à s’arracher tout à fait au marasme arrimé à la maladie. À l’inverse, le risque aurait été de frôler le potache en voulant badiner pour exorciser. Subtil équilibre à trouver…

Imaginé par Nicolas Yazgi, ce conte pour adultes nous entraîne dans l’esprit élégiaque d’Aegon (Philippe Chosson, vibrant). Avatar de son inconscient, la marionnette habilement manipulée par Frédéric Ozier invective d’un «Ducon» le psy qui gave son patient de médocs. Las, Aegon décide de les avaler d’un coup, ces fichues pilules. De son lit d’hôpital, il sera aspiré dans un entre-deux mondes peuplé d’autres cabossés de la vie. Ensemble, ils «inspirent, expirent, expriment» en séance de thérapie, réinventent des rituels de guérison, se confrontent ou se réconfortent. Reste que l’ensemble souffre de lourdeurs et peine à dépasser certains poncifs de la dépression. Au final, même si Aegon choisit de vivre, l’espoir reste infime: «On y va, on essaie?»

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