Bertolt Brecht et la Suisse, une histoire inachevée

AnniversaireLe 14 août, on célèbrera les 60 ans de la mort du dramaturge allemand. Brecht n'aimait pas la façon dont ses pièces étaient montées à Zurich.

Trois pièces de l'auteur allemand sont représentées  au «Schauspielhaus» de Zurich: «Mère Courage et ses enfants» en 1941, «La Bonne âme du Se-Tchouan» et «La Vie de Galilée» en 1943.

Trois pièces de l'auteur allemand sont représentées au «Schauspielhaus» de Zurich: «Mère Courage et ses enfants» en 1941, «La Bonne âme du Se-Tchouan» et «La Vie de Galilée» en 1943. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Zurich était une ville trop chère pour Bertolt Brecht. Il n'aimait pas la façon dont ses pièces y étaient montées. La critique le lui rendit bien. Et le Tessin lui semblait trop isolé. Malgré tout, le dramaturge allemand Bertolt Brecht, dont on fête le 14 août les 60 ans de la mort, se serait bien vu rester un peu plus longtemps en Suisse.

Bertolt Brecht arrive une première fois en Suisse en 1933 avec sa famille, suite à l'accession au pouvoir d'Adolf Hitler et de l'incendie du Reichstag. Mais il laisse vite tomber: les appartements sont beaucoup trop chers pour ses moyens.

Après le Tessin, cap sur Paris

Il se rend alors au Tessin, à Carona, à l'invitation du couple d'auteurs Kurt Kläber et Lisa Tetzner. C'est alors l'environnement culturel germanophone qui lui manque.

Les Brecht quittent ensuite la Suisse pour Paris, puis le Danemark, la Finlande, et enfin l'Union soviétique, d'où ils embarquent pour les États-Unis en 1941.

Une pièce sur le nazisme et la guerre

Durant la guerre, trois pièces de l'auteur allemand sont représentées en Suisse, au «Schauspielhaus» de Zurich: «Mère Courage et ses enfants» en 1941, «La Bonne âme du Se-Tchouan» et «La Vie de Galilée» en 1943.

La première, sur le nazisme et la guerre, ne convainc ni la critique ni le public zurichois. On lui reproche ses faiblesses dramaturgiques. Elle n'a droit qu'à dix représentations. Les deux autres ont connu un accueil un peu plus bienveillant.

«Crypto-communisme»

Bertolt Brecht revient en Suisse en novembre 1947, fuyant la chasse aux sorcières du comité anticommuniste du sénateur McCarthy. De retour à Zurich, c'est la future réalisatrice Reni Mertens qui accueille la famille Brecht.

L'auteur y fréquente notamment Max Frisch, qui lui fera visiter les bains de Freibad Letzigraben, conçus par ses soins, et une cité ouvrière idéale. En Suisse, on veut étouffer le socialisme dans le confort, réagit Brecht.

Le dramaturge met alors en scène lui-même la quatrième de ses pièces jouées à Zurich, «Maître Puntila et son valet Matti». Mais faute d'autorisation de travail, son nom n'apparaît pas officiellement. Dans une critique, la NZZ lui reproche son «crypto-communisme artistique.»

Mis sur écoute

Malgré cela, le dramaturge serait bien resté. Mais la Suisse lui refuse par deux fois une autorisation de séjour permanente. La raison n'en a été dévoilée qu'en 2002, suite à la découverte de nouveaux documents apparus dans l'héritage de Reni Mertens.

Un rapport resté secret du Ministère public de la Confédération révèle que Bertolt Brecht a été espionné et mis sur écoute lors de son séjour zurichois. Il est soupçonné de communisme.

Retour à Berlin

La famille Brecht reste finalement en Suisse jusqu'en octobre 1948. Mettant fin à son exil, elle rentre alors à Berlin-Est. L'auteur travaille surtout pour le Berliner Ensemble qui devient l'un des théâtres les plus expérimentaux de l'après-guerre.

La toute nouvelle RDA, assoiffée de reconnaissance internationale, s'empare de lui comme ambassadeur. Bertolt Brecht meurt terrassé par un infarctus le 14 août 1956, à 58 ans.

48 pièces de théâtre

Bertolt Brecht est un des dramaturges les plus influents du 20e siècle. L'auteur allemand a signé 48 pièces de théâtre, au ton souvent férocement antibourgeois, 2334 poèmes et maintes œuvres en prose.

Sur une musique de Kurt Weill, «L'Opéra de quat'sous» (1928) est une de ses oeuvres majeures. Adaptée d'un opéra anglais, avec des emprunts au poète français François Villon, elle réunit tous les ingrédients du théâtre brechtien avec sa galerie de portraits de gangsters, de vagabonds et de marginaux. (ats/nxp)

Créé: 10.08.2016, 12h59

Bertolt Brecht en 1948 (Image: fr.wikipedia.org)

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.