Cédric Dorier réussit une tragédie charnelle et animale

ThéâtreAvec «Frères ennemis», le metteur en scène lausannois plonge son public dans la passion familiale. Critique.

Raphaël Vachoux et Carmen Furlan, charnels et sensuels.

Raphaël Vachoux et Carmen Furlan, charnels et sensuels. Image: Alan Humerose

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Dès les premières minutes, la tragédie s’embrase. La passion sera charnelle, la distribution de haut vol et le ver racinien exalté. Le metteur en scène Cédric Dorier transforme Frères ennemis (aussi appelée La Thébaïde) en une mise à mort rythmée et implacable de la cellule familiale, sur fond de conflits générationnels, de luttes de pouvoir, de haine fraternelle.

Encore jouée au Théâtre Oriental-Vevey avant La Grange de Dorigny, cette pièce – écrite par Racine quand il n’avait que 24 ans – empile les rebondissements funestes qui conduiront à la mort la quasi-totalité de ses personnages. Thèbes est ravagée par la rivalité d’Etéocle (Raphaël Vachoux) et de Polynice (Richard Vogelsberger), les deux fils nés de l’inceste d’Œdipe et de Jocaste (Carmen Ferlan).

Selon la volonté de leur père défunt, ils doivent régner à tour de rôle, chacun un an. Mais Etéocle, encouragé par son oncle Créon (Denis Lavalou), refuse de transmettre le trône à son frère. Jocaste et sa fille Antigone (Claire Nicolas) implorent la réconciliation des jumeaux. La division sera insurmontable. La tragédie se chargera de faire table rase.

Le propos est politique. Mais plutôt que d’en proposer une illustration «actualisante», Cédric Dorier a préféré l’embourgeoiser, concentrant son attention sur les mécanismes qui entourent la haine. Sur la petite histoire dans la grande histoire. Sur la passion qui déchire des êtres de chair et de cœur. Grâce au talent de ses comédiens, brillants, il réussit à dépeindre, avec rigueur, l’implosion d’une mico-société animale. Et c’est là que le Lausannois tire le drame classique vers la modernité. Grâce à la physicalité – plus que la scénographie ou les costumes contemporains – dans laquelle baigne de bout en bout le texte racinien. Dans la bouche et, surtout, le corps des comédiens. (24 heures)

Créé: 01.11.2015, 16h06

«Frères ennemis»

Vevey
Théâtre Oriental, me 4, je 5 et ve 6 (20h), sa 7 (19h) et di 8 (17h30) novembre.
Rés.: 021 925 35 90

Lausanne
Grange de Dorigny, du 12 au 15 novembre.
Rés.: 021 692 21 24

www.lescelebrants.ch

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