«Chaque commune rêve de sa propre salle»

ScèneDirectrice du Reflet à Vevey, qui fête ses 150 ans, Brigitte Romanens livre son regard sur le paysage théâtral vaudois.

Ancienne directrice de l’Échandole à Yverdon, Brigitte Romanens est à la tête du Reflet depuis six ans.

Ancienne directrice de l’Échandole à Yverdon, Brigitte Romanens est à la tête du Reflet depuis six ans. Image: PATRICK MARTIN

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Six ans à la tête du Théâtre du Reflet, à Vevey, et pas une trace de lassitude dans son regard. Brigitte Romanens vibre dans ce lieu et le fait vibrer. Cette année un peu plus encore puisqu’il célèbre son 150e anniversaire. Vivant, éclectique, chaleureux, comment cette salle de 700 places s’inscrit-elle dans le paysage des théâtres d’accueil vaudois? Sachant que l’Octogone, à Pully, met l’accent sur la danse, Beausobre, à Morges, sur les productions parisiennes ou la variété, le Crochetan, à Monthey, sur les arts du cirque, quel est l’ADN du Reflet? On saisit l’occasion d’interviewer l’une des figures des arts scéniques romands, ancienne directrice de L’Échandole à Yverdon, qui se plaît aussi à butiner dans les associations et institutions théâtrales. Histoire de garder un œil sur le foisonnement culturel.

150 ans après sa création, comment Le Reflet s’inscrit-il dans le paysage culturel vaudois?
Quand j’ai repris la direction, j’ai tout de suite senti l’importance de définir le positionnement de ce lieu. C’est fondamental pour pouvoir le démarquer des autres théâtres d’accueil. Il m’a paru essentiel de rester dans le sillage de mon prédécesseur, et de maintenir une offre prépondérante de théâtre dans la saison, soit environ les deux tiers de la programmation. Je tiens aussi à maintenir une grande offre de spectacles suisses. Ils représentent plus de la moitié du programme, toutes disciplines confondues.

Dans cette diversité de disciplines, quelle est la ligne artistique que vous défendez?
La notion de qualité est fondamentale, bien qu’elle reste subjective. Je recherche la qualité dans les différentes esthétiques, dans chacune des tendances. Soucieuse d’offrir une diversité dans les propositions, je défends un contenu, je souhaite que le public ressorte enrichi par un propos, le point de vue d’un metteur en scène ou une forme particulière.

Comment composez-vous entre cette exigence et vos moyens financiers limités?
Cela reste très compliqué. Les organes de subventions, les partenaires, les sponsors sont terriblement sollicités. Je commence à créer des partenariats avec le privé depuis trois ans, mais cela demande énormément d’énergie pour peu de retour. Nous sommes tenus à une grande rigueur en termes de gestion financière avec un budget de 2,6 millions. Nous sommes très dépendants des pouvoirs publics.

Justement, les politiques culturelles sont-elles adaptées à ces besoins?
Le paysage théâtral vaudois a beaucoup évolué ces dernières années, en particulier à Lausanne où l’investissement sur la création contemporaine est manifeste. Il s’agit aujourd’hui d’avoir une vision globale et de travailler ensemble pour une offre complémentaire en matière d’esthétiques.

Vous êtes une observatrice privilégiée du microcosme de la scène vaudoise. Comment a-t-elle évolué?
Le constat principal est qu’il y a eu une très forte augmentation du nombre de compagnies indépendantes ces vingt dernières années. En parallèle, on assiste à une multiplication du nombre de scènes, mais pas autant que les compagnies. Ce constat est à la fois réjouissant pour la création artistique, et à la fois inquiétant compte tenu de la limite du public et de celle des moyens financiers. Il y a clairement un engorgement. En tant que directeurs et directrices de théâtre, on est énormément sollicités et les artistes sont très souvent frustrés, voire fâchés du manque de suivi de notre part. Je n’arrive pas à aller voir tout ce qui se fait en Suisse romande.

Est-ce à dire qu’y a-t-il trop de théâtres dans le canton de Vaud?
En Suisse, le principe de subsidiarité implique que chaque Commune rêve d’avoir sa propre salle de spectacle. De nombreuses scènes ont vu le jour ces dernières années avec des collègues qui font un excellent travail et cherchent à se développer, et donc à obtenir plus de subventions. Y en aura-t-il assez pour tous? Réussira-t-on à remplir encore nos salles? Il y a trois ans, quand on parlait de Beaulieu, du Métropole, et de leurs nouveaux gestionnaires (ndlr: Opus One et Live Music Production se sont vu respectivement confier la gestion des deux salles par la Ville de Lausanne), je ne m’inquiétais pas. Je disais: «On ne fait pas le même métier, ces lieux proposent des grosses productions à grande audience.» Mais aujourd’hui, il y a beaucoup de petites communes qui veulent accueillir des spectacles et je crains une sélection naturelle. Et pourtant le public suisse aime les arts vivants!

Vous évoquiez votre volonté d’appuyer les projets suisses. Comment conciliez-vous cette mission avec votre vocation de théâtre d’accueil?
À mon sens, un théâtre subventionné par une Ville et par le Canton doit avoir un regard sur la création locale. Notre soutien s’articule autour de plusieurs axes. À de rares occasions, notre salle de 700 places sert d’écrin. Il est en effet compliqué de multiplier les représentations, ce qui est nécessaire dans un processus de création. On leur propose donc de créer dans le «miroir de poche», petite scène montée sur le plateau avec un gradin de 90 places. Le concept «Midi, Théâtre!» permet aussi d’accueillir de petites formes que les artistes jouent dans l’espace du bar. Je cherche dans ce cadre à programmer des compagnies veveysannes. Enfin, nous impliquons les artistes de la région dans nos projets de médiation culturelle comme les lectures de lettres d’amour à la Saint-Valentin.

Les spectateurs répondent-ils présent? Comment le public a-t-il évolué ces dernières années?
Quand je suis arrivée au Reflet, j’ai découvert des spectateurs cultivés, curieux, intéressés par le théâtre. Mais il avait cette étiquette élitaire qui éloignait un certain public. J’ai cherché à casser cette image et à démocratiser ce lieu. Aujourd’hui, je dirais que le public est un peu plus jeune, plus mixte mais aussi moins local. On a gagné des spectateurs lausannois, en partie en raison de la nouvelle ligne de Vidy.

Vevey, Théâtre du Reflet Rens. 021 925 94 94 www.lereflet.ch (24 heures)

Créé: 07.06.2018, 22h26

Un 150e anniversaire panaché

Les 150 ans du Reflet ne pouvaient pas tomber plus à pic. Fête des Vignerons oblige, la saison théâtrale s’achèvera début mai 2019. Le menu n’en sera pas moins étoffé, mais davantage concentré à la rentrée. L’occasion de fêter cet anniversaire avec panache. En guise d’apéritif bucolique, Vincent Bonillo nous plongera dans «Le songe d’une nuit d’été» au cœur de la forêt des Pléiades (21-30 juin). Les festivités se poursuivront dès la fin d’août avec «Il faut le boire», spectacle en vadrouille dans les caveaux de la Riviera (29 août- 9 sept.), «Cinérama», fantaisie en terrasse (28 sept. - 1er oct.) ou encore la réalisation d’une sculpture éphémère en carton (6-7 oct.). La saison prendra son rythme de croisière avec une kyrielle de propositions aussi alléchantes qu’éclectiques. Parmi les spectacles suisses, on citera «Donka», féerie circassienne signée Daniele Finzi Pasca, metteur en scène de la Fête des Vignerons (2-4 oct.), «Sous silence», de Manon Pulver, mis en scène par Julien Georges (14 nov.) ou «Les tactiques du tic-tac», spectacle jeune public concocté par la Cie La Bocca della Luna (19-20 janv. 2019). Le Reflet accueillera aussi son lot de têtes d’affiche avec, entre autres, Jacques Gamblin dans «Je parle à un homme qui ne tient pas en place» (29 janv.) et Charles Berling dans «Art» (19 mars). Sans oublier la musique, dont Loïc Lantoine & Le Very Big Experimental Toubifri Orchestra (4 avr.) ou l’opéra «Madame Butterfly» (7 avr.), la danse (hip-hop notamment, avec «Triple Bill #1», 31 oct.) ou encore l’humour avec «Ainsi sont-ils», écrit par François Silvant et monté par les indéboulonnables Cuche et Barbezat (11 oct) et «Les Amis», créé par le binôme complice formé par Brigitte Rosset et Frédéric Recrosio (5-6 fév.).

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