Dans «La Marina», ça patauge autant que ça jubile

ScèneA Lausanne, la pièce d’Anne-Frédérique Rochat, créée par la Cie Interlope, plonge le public dans les méandres d’une famille fêlée. Critique.

La pièce est jouée au 2.21 jusqu'au 5 février.

La pièce est jouée au 2.21 jusqu'au 5 février. Image: DR

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Mais qui est donc cette Marina qui n’apparaît jamais? Une intruse en chair et en os qui prend le pouvoir au sein d’une famille bien tordue? Une entité abstraite et étrange, venue réveiller non-dits, bas instincts et rapports viciés? Ou, tout simplement, un port de (dé)plaisance dans lequel pataugent tous ceux qui la rencontrent?

La Marina est un peu tout ça, bien que la deuxième pièce de la romancière, comédienne et dramaturge vaudoise Anne-Frédérique Rochat ne donne jamais de réponse claire à cette question qui déclenche et traverse le spectacle créé par la Cie Interlope. Seule certitude pour le spectaeur qui passe d’ici dimanche au Théâtre 2.21 à Lausanne, La Marina est un curieux objet scénique. Qui fascine grâce à la qualité de son interprétation, à son univers décapant et à son esthétique travaillée. Qui effarouche par ses excès d’insaisissable et sa propension exagérée à surligner, côté mise en scène (signée Olivier Périat), tout ce qui peut déstabiliser le public, déjouer les codes du théâtre, complexifier la quête de sens.

Ce huis clos où règnent le loufoque et l’hystérie nous plonge au cœur d’une smala de frappadingues. Il y a Pater, qui brille de toute sa passivité et Maman, à la libido débridée. Ce sont eux qui ont introduit la Marina dans le foyer. Il y a, aussi, Frérot, tiraillé par sa puberté et Sœurette, seul personnage lucide, qui rêve de préserver un peu d’unité dans la cellule familiale. Car face à la Marina – baignant dans une bassine où macèrent tous les complexes psychanalytiques susceptibles de secouer une petite tribu –, tout le monde se déchire.

Qui aime la finesse et l’humour avec lesquels Anne-Frédérique Rochat triture les relations humaines et les questions identitaires se plongera avec délectation dans sa Marina. Qui se régale du talent des comédiens Carine Barbey, Pierre Spuhler et Joël Maillard ne doit pas manquer leur performance. Mais qui garde en lui le trouble provoqué par l’ange du Théorème de Pasolini ou a apprécié l’immersion borderline et réussie réalisée, la saison dernière, par la Cie Un air de rien autour de l’incommunicabilité des personnages de Sallinger , risquera de rester sur sa fin. Mais, au final, le pouvoir d’attraction de La Marina reste plus fort que tout.


Lausanne, Théâtre 2.21 Mercrei, je 2 fév. et sa 4 (19 h), ve 3 (20h30), di 5 (18h). Rés.: 021 311 65 14 www.theatre221.ch (24 heures)

Créé: 31.01.2017, 18h55

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