«J’aime les hommes mais je n’ai pas peur de leur déplaire»

ScèneYvette Théraulaz conte sa relation à la gent masculine dans «Histoires d’Ils», à Yverdon.

Dans «Histoires d’Ils», Yvette Théraulaz interprète des chansons d’hommes, dont «Les Don Juan» de Nougaro.

Dans «Histoires d’Ils», Yvette Théraulaz interprète des chansons d’hommes, dont «Les Don Juan» de Nougaro. Image: ODILE MEYLAN

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Sur la scène du Théâtre Benno Besson se dresse une forêt de colonnes brisées. Métaphore d’un monde fissuré, à rebâtir sur de nouveaux socles. Un monde post-#MeToo. Au centre, Yvette Théraulaz raconte et chante les hommes de sa vie, tantôt doux, tantôt violents, accompagnée au piano par Lee Maddeford. Une décennie après «Histoires d’Elles», la chanteuse et comédienne, féministe engagée, dévoile son pendant masculin, «Histoires d’Ils», mardi soir à Yverdon puis en tournée romande.

Qui sont ces «Ils» qui habitent cette nouvelle création?
Je ne parle pas des hommes en général mais de mon vécu. J’avais envie depuis longtemps de créer un spectacle sur les hommes de ma vie, sur le regard que je porte sur eux. J’ai d’abord pensé à mon père – le premier qui m’ait prise dans ses bras – puis à mes amours et à mon fils. Petit à petit, ces premières esquisses m’ont guidée vers d’autres idées. «Histoire d’Ils» brosse le portrait des hommes magnifiques que j’ai côtoyés, mais aussi du revers de la médaille.

Vous évoquez donc le harcèlement que vous-même avez subi?
Oui, et j’en parle très simplement. Je pense que c’est en relatant un vécu individuel que l’on peut l’élargir à l’universel. Je l’évoque plutôt dans le cadre de mon métier, de ce qui s’est passé dans mes relations avec des metteurs en scène, des professeurs de théâtre. Cela dit, ce n’est pas si facile que cela de dévoiler son intimité, en partie parce que les femmes ne sont pas toutes solidaires. J’ai entendu pas mal de femmes affirmer qu’elles n’avaient jamais vécu de harcèlement, qu’elles étaient fortes et que les hommes n’osaient pas s’attaquer à elles. C’est terrible d’entendre ça, c’est comme si le harcèlement découlait de notre attitude. En tant que féministe, je me considère comme une personne forte, mais cela n’a pas empêché des hommes de dépasser les limites.

Ce spectacle est-il militant?
Il y a un côté militant et un côté doux. C’est un mélange de joie, d’émerveillement, de tristesse et de violence. Ce n’est pas un spectacle de tout repos et j’ignore comment il sera accueilli. D’ailleurs, des hommes m’ont dit: «De quoi tu vas encore nous accuser?» Mais bon, depuis le temps, quoi que je dise, il y en a toujours qui se sentent accusés d’une manière ou d’une autre dans mes spectacles. J’aime les hommes mais je n’ai pas peur de leur déplaire. Tant pis si je me fais détester!

Donnez-vous directement la parole aux hommes?
Oui, je lis par exemple la lettre d’un homme qui raconte sa réaction, son ressenti face à #MeToo. Il explique que les personnes mises en cause sont pitoyables voire dégueulasses, mais, en même temps, il a senti que sa propre virilité lui avait été jetée en plein visage. Je trouvais important de relayer des paroles masculines, car si c’est un homme qui prend en charge ce discours, cela aura plus de poids que si c’est moi.

Les chansons que vous interprétez dans le spectacle sont d’ailleurs écrites par des hommes.
Depuis longtemps, j’avais envie de chanter des chansons d’hommes, des morceaux connus qui forment la bande-son de notre vie, comme «Les Don Juan» de Nougaro. Il n’y a qu’une exception, une magnifique chanson d’Anne Sylvestre, «La maison douce». Je parle aussi des chansons dans le spectacle, notamment des textes misogynes, violents à l’égard des femmes, de rappeurs qu’écoutent des millions de jeunes personnes et qui pénètrent notre ADN social.

Que souhaitez-vous dire aux hommes à travers ces «Histoires d’Ils»?
J’ai envie de leur dire: «Venez, nous sommes si proches, nous pouvons nous émerveiller ensemble face à nos ressemblances et à nos différences.» Qu’une victoire pour les femmes ne représente pas une défaite pour les hommes. Mais aussi qu’en aucun cas les trottoirs, les bureaux ou mon corps ne leur appartiennent. On répète cela depuis longtemps, bien sûr, mais on assiste à un dégel de la parole grâce au phénomène #MeToo.

Quel regard portez-vous sur le mouvement #MeToo?
Je le vis comme un vrai renouveau. Les choses bougent dans tous les domaines, dans le cinéma, en littérature, en politique. Mais il faudra du temps pour changer de paradigme. Aujourd’hui, les hommes ont l’occasion de redéfinir leur virilité. Mais c’est compliqué, car ce n’est pas si simple de faire face à des siècles de patriarcat et d’accepter de partager ses privilèges… Je ne peux qu’espérer qu’un spectacle comme «Histoires d’Ils» rende les hommes plus solidaires.

Créé: 16.01.2020, 16h47

En dates

1947 Naissance à Lausanne.

1965 Prend part à l’aventure du Théâtre populaire romand puis de la compagnie T’Act.

1977 Commence à créer ses propres spectacles avec ses «Chansons femmes». Son premier album, «Fais attention!», paraît un an plus tard.

1979 Interprète le rôle de la pompiste dans «Les petites fugues», d’Yves Yersin.

1992 Grand prix de la Fondation vaudoise pour la promotion et la création artistique.

2008 Création d’«Histoire d’Elles».

2013 Reçoit l’Anneau Hans Reinhart.

2015 Création de «Ma Barbara», spectacle suivi d’un double album live.

2018 Reçoit le Prix culturel Leenards.

Infos pratiques

Théâtre Benno Besson
Yverdon
Mardi 21 janvier
Puis tournée romande
www.theatrebennobesson.ch

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